A Bukavu, la profanation des tombes dans les cimetières prend de l’ampleur. Os déterrés et jetés n’importe où carreaux volés et revendus, croix arrachées et transformées en bois de chauffage. Le respect des morts se perd en particulier chez les jeunes.
Mi-janvier, trois adolescents ont été présentés au parquet de Bukavu. Quelques jours avant, ils avaient été arrêtés pour avoir arraché des carreaux sur des tombes du cimetière de la Brasserie, le cimetière bourgeois de Bukavu. Ces dernières années, plusieurs profanations de ce genre ont été enregistrées dans cette ville. Le phénomène semble se banaliser aujourd’hui.
Plusieurs personnes attribuent cette situation à la crise économique et au manque d’encadrement de jeunes. Certains d’entre eux s’organisent ainsi en groupes pour voler la nuit dans les cimetières. « Il faut enseigner et insister sur le respect des morts avec nos enfants », déclare Ernest Kikombe, enseignant dans une école primaire de Bukavu.
« Ecoutez leurs chansons lorsqu’ils partent à l’enterrement et observez leur comportement au deuil, vous comprendrez ou va notre société... C’est scandaleux ! », Conclut le prof en colère. Allusion à certains jeunes qui, aux funérailles, fument du chanvre, boivent des liqueurs en sachets, se bagarrent ou crient des chansons profanes ou injurieuses ou des slogans hostiles au gouvernement, à un groupe social ou à une autorité quelconque...
« On avait peur des morts »
Les jeunes ne sont pas les seuls en cause. Dans le cimetière de la Ruzizi, à la frontière avec le Rwanda, les choses sont encore pires. Des croix en bois y sont arrachées par les riverains qui s’en servent comme bois de chauffe.
Des bergers y conduisent leurs troupeaux. Des os y sont déterrés et jetés n’importe où par des jeunes qui viennent y creuser une nouvelle tombe... L’association des « Rastarnen », un groupe rastafari de Bukavu passe de temps en temps pour enfouir ces os.
« C’est étonnant ce qu’on voit à présent dans nos cimetières, s’exclame Georges Ciruza, dans la soixantaine, notre époque on avait peur des morts, on n’approchait même pas les cimetières. Je suis surpris que des gens y profanent des tombes sans aucune gène ».
Pour une femme, qui cultive aux environs du cimetière de la Ruzizi, les torts sont partagés « C’est l’Etat qui doit mettre des gardiens dans nos cimetières. Pour le moment, il n’y en a presque pas et ils ne restent pas à leur poste parce qu’ils ne sont pas bien pris en charge. Mais cela n’explique pas que les gens viennent détruire les tombes qui sont, selon la culture africaine, sacrées... C’est inhumain ! ».
Dans le cimetière de la Ruzizi, de prestigieux carreaux et croix en métal sont arrachés par certains jeunes cambrioleurs qui ont fait de cette activité leur commerce. “Ces objets sont revendus à des receleurs qui les revendent à leur tour à d’autres personnes après les avoir retravaillés, explique un jeune qui habite près de ce même cimetière. Certains garçons de notre quartier agissent ainsi... J’ai voulu essayer avec mes amis, mais j’ai eu peur. « Il poursuit » : Lorsqu’on enterre quelqu’un dans un prestigieux cercueil, par exemple en bronze, des groupes les déterrent la nuit ». Des actes similaires, mais toutefois moins fréquents, existent aussi au cimetière de Kasha à l’ouest de la ville.
Retour à la terre du village
Désireux de reposer en paix à leur disparition, certains habitants de la ville, prennent des dispositions. « J’ai toujours dit à mon fils d’aller m’enterrer dans mon village natal lorsque je mourrais », explique par exemple Jean Pierre Muronyi. « Il n’y a à présent aucun respect pour les morts à Bukavu », conclut le papa d’un ton froid.
Les familles qui en ont les moyens louent ainsi des véhicules et partent inhumer leurs proches dans leur village d’origine. Certains disent que c’est par respect et honneur, mais plusieurs le font pour ne pas voir les tombes de leurs proches en ville profanées par les hommes ou par les bêtes qui y viennent paître.
Fin 2008, le pouvoir administratif a détruit plusieurs maisons construites dans le cimetière de la Ruzizi. Mais, aucune autre mesure pour lutter contre les autres actes de profanations n’est annoncée pour le moment.
(GM/Milor/Yes)
Yves Polepole/Syfia/Uhuru
Last edited: 16/03/2009 17:07:37