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Impossible de reposer les morts en paix

Kinshasa, 16/03/2009 / Société
A Bukavu, la profanation des tombes dans les cimetières prend de l’ampleur. Os déterrés et jetés n’importe où carreaux volés et revendus, croix arrachées et transformées en bois de chauffage. Le respect des morts se perd en particulier chez les jeunes.

Mi-janvier, trois adolescents ont été présentés au parquet de Bukavu. Quelques jours avant, ils avaient été arrêtés pour avoir arra­ché des carreaux sur des tombes du cimetière de la Brasserie, le ci­metière bourgeois de Bukavu. Ces dernières années, plusieurs profa­nations de ce genre ont été enre­gistrées dans cette ville. Le phé­nomène semble se banaliser aujourd’hui.

Plusieurs personnes attri­buent cette situation à la crise économique et au manque d’encadre­ment de jeunes. Certains d’en­tre eux s’organisent ainsi en grou­pes pour voler la nuit dans les ci­metières. « Il faut enseigner et insister sur le respect des morts avec nos enfants », déclare Ernest Kikombe, enseignant dans une école primaire de Bukavu.

« Ecou­tez leurs chansons lorsqu’ils partent à l’enterrement et observez leur comportement au deuil, vous comprendrez ou va notre so­ciété... C’est scandaleux ! », Conclut le prof en colère. Allusion à certains jeunes qui, aux funérailles, fument du chanvre, boivent des liqueurs en sachets, se ba­garrent ou crient des chansons profanes ou injurieuses ou des slo­gans hostiles au gouvernement, à un groupe social ou à une autorité quelconque...

« On avait peur des morts »

Les jeunes ne sont pas les seuls en cause. Dans le cimetière de la Ruzizi, à la frontière avec le Rwanda, les choses sont encore pires. Des croix en bois y sont arrachées par les riverains qui s’en servent comme bois de chauffe.

Des bergers y conduisent leurs troupeaux. Des os y sont déter­rés et jetés n’importe où par des jeunes qui viennent y creuser une nouvelle tombe... L’association des « Rastarnen », un groupe rasta­fari de Bukavu passe de temps en temps pour enfouir ces os.

« C’est étonnant ce qu’on voit à présent dans nos cimetières, s’exclame Georges Ciruza, dans la soixantaine,  notre époque on avait peur des morts, on n’approchait même pas les cimetières. Je suis surpris que des gens y profanent des tombes sans aucune gène ».

Pour une femme, qui cultive aux environs du cimetière de la Ruzizi, les torts sont partagés « C’est l’Etat qui doit mettre des gardiens dans nos cimetières. Pour le mo­ment, il n’y en a presque pas et ils ne restent pas à leur poste parce qu’ils ne sont pas bien pris en charge. Mais cela n’explique pas que les gens viennent détruire les tombes qui sont, selon la culture africaine, sacrées... C’est inhu­main ! ».

Dans le cimetière de la Ruzizi, de prestigieux carreaux et croix en métal sont arrachés par certains jeunes cambrioleurs qui ont fait de cette activité leur com­merce. “Ces objets sont revendus à des receleurs qui les revendent à leur tour à d’autres personnes après les avoir retravaillés, expli­que un jeune qui habite près de ce même cimetière. Certains garçons de notre quartier agissent ainsi... J’ai voulu essayer avec mes amis, mais j’ai eu peur.  « Il poursuit » : Lorsqu’on enterre quel­qu’un dans un prestigieux cercueil, par exemple en bronze, des grou­pes les déterrent la nuit ». Des ac­tes similaires, mais toutefois moins fréquents, existent aussi au cimetière de Kasha à l’ouest de la ville.

Retour à la terre du village

Désireux de reposer en paix à leur disparition, certains habitants de la ville, prennent des dis­positions. « J’ai toujours dit à mon fils d’aller m’enterrer dans mon vil­lage natal lorsque je mourrais », explique par exemple Jean Pierre Muronyi. « Il n’y a à présent aucun respect pour les morts à Bukavu », conclut le papa d’un ton froid.

Les familles qui en ont les moyens louent ainsi des véhicules et partent inhumer leurs proches dans leur village d’origine. Certains disent que c’est par respect et hon­neur, mais plusieurs le font pour ne pas voir les tombes de leurs proches en ville profanées par les hommes ou par les bêtes qui y viennent paître.

Fin 2008, le pouvoir adminis­tratif a détruit plusieurs maisons construites dans le cimetière de la Ruzizi. Mais, aucune autre mesure pour lutter contre les autres actes de profanations n’est annon­cée pour le moment.

(GM/Milor/Yes)

Yves Polepole/Syfia/Uhuru



Last edited: 16/03/2009 17:07:37

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