Le tête-à-tête du week-end entre le président Joseph Kabila et le S.G. de l’Onu Ban Ki-Moon a permis aux deux personnalités de viser ensemble les points de blocage de l’évolution de la situation en RDC, en l’occurrence le manque de sanction qui couvrent beaucoup de crimes et violences perpétrés dans le pays

Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a défendu, samedi dernier, la mission de maintien de la paix en République démocratique du Congo, la Monuc. Cette mission onusienne a été prise à partie pour n’avoir pas su protéger environ 1.500 civils tués depuis six mois par les rebelles ougandais.
Le patron de l’ONU a, à cette occasion, réfuté les accusations formulées récemment par des organisations humanitaires et d’autres acteurs et pris la défense des Casques bleus, affirmant à l’issue de sa rencontre avec le Président Joseph Kabila que la Monuc avait « sauvé des dizaines de milliers de vies ».
Au cours de sa visite en Rd Congo, Ban Ki-moon a déclaré que la situation actuelle en République démocratique du Congo est plus encourageante qu’elle ne l’était il y a une année. Cela, avant la signature des Actes d’engagement par les troupes de l’armée congolaise à Goma.
Cependant, Ban Ki-moon a été très touché par la situation des victimes dans cette partie du pays. Depuis le début de l’année, 360 femmes ont été victimes de viols à Goma. Au cours de son passage dans cette ville du Nord-Kivu samedi en provenance de Kisangani, le Secrétaire général de l’Onu, Ban Kimoon, a visité l’hôpital Heal Africa où ces victimes sont prises en charge et 10 nouveaux cas ont été enregistrés pour la seule journée de lundi dernier il s’est dit personnellement choqué devant l’état de santé détérioré des malades de cet hôpital.
Par ailleurs, le Secrétaire général des Nations : Unies s’est dit inquiété par la situation des milliers de personnes déplacées dans l’Est du pays, et particulièrement celle des femmes et des jeunes filles qui souffrent toujours de violences et d’abus sexuels abominables.
Pour Ban Ki-moon, la persistance de violences sexuelles et de viols des femmes en République démocratique du Congo est à attribuer à l’impunité sous toutes ses formes. Il a ainsi exigé un engagement politique au plus haut niveau pour mettre fin à ce fléau. Le Secrétaire général des Nations Unies a aussi demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour ne plus promouvoir et ne plus intégrer dans l’armée congolaise et dans la police nationale tous ceux qui sont reconnus coupables des viols.
« Les autorités civiles et militaires devraient prendre leurs responsabilités, et à ceux qui sont responsables dans la chaîne de commandement des groupes armés et des forces de sécurité, de prendre des mesures pour prévenir et punir la violence sexuelle commise par leurs personnels. Ceux qui sont accusés de viols dans les groupes armés ou dans les forces de sécurité ne devraient pas être promus ou intégrés dans l’armée nationale ou la police nationale », a-t-il expliqué.
Ban Ki-moon a émis le vœu de voir se multiplier en République démocratique du Congo en particulier, et en Afrique en général, le nombre d’hôpitaux pour la prise en charge des victimes de violences sexuelles.
Selon le Docteur Christophe Kimona Mulondwa, médecin directeur de Heal Africa, 60% des victimes de viols reçues dans son établissement ont des fistules et attendent d’être opérées pendant ce mois de mars. Pour ce qui est de la mission onusienne en Rd Congo, M. Ban a rappelé que le mandat de la Monuc était de soutenir l’action des autorités et institutions congolaises, pas de s’y substituer, et a souhaité une meilleure collaboration entre la force de l’ONU et le gouvernement de Kinshasa.
« La Monuc travaille à étendre l’autorité de l’Etat et à établir l’état de droit, qui sont les seules garanties de la paix et de la stabilité dans la région».
Selon ses détracteurs, la mission de la Monuc et de ses 17.000 Casques bleus est un échec. Cette force est la plus importante et la plus coûteuse de celles engagées par l’ONU à travers le monde et dispose du mandat le plus fort jamais accordé à des troupes de l’ONU pour faire usage de la force en vue de protéger les civils.
Malgré ces dispositions, la Monuc n’a pas été en mesure d’empêcher le massacre de plus de 1.500 civils depuis septembre par les rebelles ougandais présents en RDC.
Ban Ki-Moon conforte la position de Joseph Kabila !
C'est du chef-lieu de la Province Orientale que Ba Ki-Moon est descendu à Goma en fin de journée de vendredi dernier avant de visiter, le lendemain, le centre d'accueil des déplacés de guerre à Kibati, à une douzaine de km de la capitale provinciale. Au cours du point de presse qu’il a tenu à Goma juste après son arrivée, le Secrétaire général des Nations Unies s'est évidemment prononcé sur les échanges qu'il a eus avec le chef de l'Etat autour notamment des opérations militaires combinées Fardc/Updf et Fardc/Rdf. Le chef de l’exécutif onusien a déclaré à ce propos ce qui suit : « Le président Kabila et moi-même avons évalué la situation actuelle ; nous pensons que c'est une opportunité que la situation actuelle est bien meilleure que ce qu'on a vu. Nous avons essayé de réfléchir sur comment maintenir et améliorer les Fardc ».
Ayant exprimé au président Kabila sa satisfaction à la suite des progrès constatés sur le terrain des opérations militaires, Ba Ki-Moon s'est réjouit également « de l'amélioration des relations avec le président Kagame du Rwanda ». Il croit que les deux chefs d'Etat « pourront travailler ensemble afin d'avancer le rapprochement » enclenché au travers de l'opération « Umoja Wetu ». Se prononçant à ce sujet, il a estimé que « L'opération conjointe congolo-rwandaise (…) de ces deux dernières semaines a eu un aboutissement positif ».
S'agissant particulièrement des Fdlr, sa position est claire : « Nous devons nous assurer que les Fdlr ne se réorganisent pas et qu'elles ne reviennent pas au niveau auquel elles étaient », a-t-il dit en se voulant convaincant pour préciser que « Dans le contexte du mandat qui lui a été attribué par le Conseil de sécurité, la Monuc est en train de faire tout son possible pour assister les autorités congolaises, et en particulier l'armée nationale congolaise, avec l'appui logistique, l'appui technique et (…) également un appui d'entraînement, et nous allons continuer de travailler dans cette direction >>.
Ba Ki-moon a, certes, relevé « les limites en capacités et en ressources » de la Monuc, mais il a aussi fait observer que celle-ci « déploie des efforts pour soutenir l'armée congolaise et protéger les civils ». Il a saisi l'opportunité pour dire combien il était heureux de cette occasion lui ayant permis « de discuter avec le président Kabila de la nécessité d'une coopération étroite entre le gouvernement et la population de RDC et l'Onu », considérant au passage qu' « Une étroite collaboration entre le gouvernement et la Monuc est particulièrement importante pour stabiliser l'Est et protéger la population ».
Exclusion, puis inclusion !
Quel enseignement peut-on tirer de la rencontre Kabila-Ba Ki-moon de Kisangani au lendemain de la fin de l'opération « Umoja Wetu ? ». D'abord, la Monuc est aujourd'hui mise devant ses responsabilités. Car, il a été malheureusement constaté que la mission onusienne agit plus sur le terrain politique que sur le terrain militaire. Au demeurant, un expert indépendant, Jason Stearns pour ne pas le citer, est d'avis que « Le problème, c'est que la Monuc a toujours eu plus de succès sur le plan politique que militaire. Alors que son rôle principal est la protection des civils, elle n'a pas très bien rempli cette fonction ».
Mais, la réalité – continuellement escamotée – est que l'Accord de Lusaka (duquel la mission onusienne tient son existence) charge de la Monuc de procéder au rétablissement de la paix en RDC et, parmi les mécanismes prévus, il y a au chapitre 8 le désarmement des groupes armés étrangers au nombre desquels (selon le chapitre 9) la Lra (Ouganda) et les ex-Far/Interahamwe confondus aux Fdlr (Rwanda).
Les observateurs avertis ont le loisir de constater qu'en dix ans bientôt d'opérationnalité, la Monuc n'a jamais réussi à désarmer un seul groupe armé étranger cité dans l'Accord de Lusaka, encore moins traduit en justice auprès du Tribunal pénal international un seul chef rebelle alors que les atrocités attribuées notamment à la Lra et aux Fdlr sont évidentes ! C'est probablement en raison de cette carence que les présidents Kabila, Museveni et Kagame, encouragés par les Américains et les Européens, ont opté pour des opérations militaires combinées n'impliquant pas directement la Monuc.
On se souviendra comment, au lendemain de ces opérations, la mission onusienne s'est empressée de se plaindre de son exclusion avant de proposer ses bons offices. Ce n'est donc pas sans surprise qu'à l'occasion de la parade militaire organisée le 24 février dernier dans le cadre du retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, le « retour » de la Monuc dans lesdites opérations a été mis en exergue par les officiels de la RDC et du Rwanda présents à Goma. Autant que les ministres de la Défense, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont annoncé la poursuite des opérations anti-Fdlr au Sud-Kivu par une action concertée Fardc/Monuc pendant que les Fardc et la Pnc vont entreprendre le ratissage au Nord-Kivu.
Déduction
En rappelant, au cours de sa conférence de presse de samedi dernier à Goma, que « Le mandat de la MONUC est de soutenir l'action des autorités et institutions congolaises, pas de s'y substituer » tout en précisant que « La MONUC travaille à étendre l'autorité de l'Etat et à établir l'état de droit, qui sont les seules garanties de la paix et de la stabilité dans la région », Ba Ki-Moon incite les observateurs à déduire de cette déclaration que cette fois-ci, la mission onusienne entend jouer concrètement et pleinement le rôle militaire pour lequel elle avait été montée ! Kabila, Museveni et Kagame l'y ramènent. C'est en cela que, dans le contexte politique actuel dominé par la crise institutionnelle, Ba Ki-Moon conforte la position du premier cité.
(DN/Milor/GW/Yes)
Le Palmarès