De plus en plus, des voix se font entendre pour décrier ce qui se passe dans des lieux mortuaires dans la ville province de Kinshasa. Une large opinion le compare à un moment fortuné pour des rencontres heureuses, un cadre propice aux hystéries populaires où les amours, danses obscènes, vols, viols, drogues et autres boissons fortes enluminent les cérémonies  funèbres.

Si autrefois la disparition d’un être cher était perçue comme un coup dur qui venait endeuiller ses proches, amis et connaissances, les choses ont beaucoup changé ces dernières années dans notre ville influencée par environ quatre cent cinquante cultures, chacune des tribus y fortement représentée.

A cela vient s’ajouter une ribambelle des laissés pour compte, qui saisit à bras-le-Corps cette triste occasion pour en faire leur carnaval des cœurs. L’affaire jouit malheureusement de la bénédiction voire la complicité de l’autorité provinciale, dirait-on ; qui ne dit mot consent. Le semblant des mesures qu’elle a naguère prises en rapport avec la pollution sonore et les tapages nocturnes ne sont d’application que vis-à-vis des églises, pauvres églises martyrisées et toujours appréhendées en cas de moindre dérapage, tout en exonérant pour ainsi dire cette catégorie pourtant attentatoire.

Les pompes funèbres, premières bénéficiaires en lucres, jouent un rôle prépondérant au début et à la fin de la cérémonie qui ne devrait être qu’une affaire de prières et méditation au moyen des cantiques inspirés. Actuellement par contre, ce moment devient favorable pour se partager les biens du défunt et des bagarres sont souvent à ce propos enregistrées au sein d’une même famille.

L’assistance devra s’élever et attendre l’installation du cercueil pour s’asseoir une fois à l’église. Les fleurs sont disposées autour de celui-ci et près des piliers de l’église, en signe d’amitié.

A la fin de la célébration, l’assistance est invitée par le maître de cérémonie à bénir le cercueil. Elle est par la suite conduite vers l’entrée de l’église ou des registres à signatures sont disposés sur des tables pour inscrire les noms et adresses (la présence des registres permet à la famille de pouvoir remercier plus tard les amis présents) .En cas de condoléances, la famille est placée, selon l’usage dans la paroisse, sur un côté et reçoit un par un les membres de l’assistance.

Les porteurs chargent les fleurs dans le corbillard et procèdent à la levée du cercueil du chœur de l’église au véhicule devant conduire la dépouille à sa dernière demeure.

Cette participation personnalise la Cérémonie et donne la possibilité d’exprimer quelque chose en un moment où on se sent impuissant devant ce qui arrive. Ce fut un dernier acte d’affection ou d’amitié pour le défunt. Ce fut aussi une étape de deuil qui libère, car on a souvent l’impression de ne pas avoir fait tout ce qu’on pouvait pour celui qui nous a quittés, renseigne un vieux catholique.

Ce n’est plus le cas, hélas! La foule qui vient si nombreuse se recréer au lieu mortuaire à sa vision des choses. De fortes musiques agrémentent la fête, des danses abject gouvernent la procession, des embouteillages s’en suivent et paralysent la circulation sur la voie publique, une tenue laissant entrevoir toutes les parties intimes des uns comme des autres ne blesse pas ici la décence.

Des dépenses incommensurables s’engagent de la morgue au cimetière, en passant par le bain de consolation, les uniformes et diverses locations qui viennent ajouter de la peine à une famille déjà éprouvée. Et même si cette dernière avait assez de moyens, il n’est pas sur d’investir dans cette entreprise sans honnête gain.

L’ordre public en est dangereusement troublé, des rues coupées par des jeunes gens déchaînés au rythme des esprits mortuaires. Qu’adviendrait-il si l’autorité statuait sur la manière de pleurer nos morts, exigeant et veillant à l’application de toutes ces mesures pour la quiétude publique, que les dépouilles ne soient plus exposées à domicile du défunt, sur un terrain public, une avenue ou une salle de fêtes, mais qu’elle passe immédiatement de la morgue au cimetière ?

Qu’en sera-t-il si ceux qui décèdent à Kinshasa y étaient inhumés sans exiger que leurs corps ne soient rapatriés dans leurs villages d’origine, avec tous les risques habituels que cela comporte? Cette mesure serait déjà d’application dans certaines villes de la Rd.Congo et d’ailleurs. Si cela est fort, qui pense mieux.

(Ern/GM/PKF)

L’Avenir