Rebelles rwandais affaiblis, soldats de Kigali sur le chemin du retour, "préaccord" avec l'ex-principale rébellion du pays : le président Joseph Kabila engranger d’incontestables succès qui restent toutefois soumis à de sérieuses difficultés dans la région des Grands Lacs. Un « préaccord » a été conclu dimanche entre le gouvernement et l'ex-rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) après l’éviction de son chef historique Laurent Nkunda qui opposait une farouche résistance aux Forces armées de la république démocratique du Congo (Fardc). L’ex-chef rebelle a fini par être lâché par la plupart de ses commandants et a été arrêté le 22 janvier au Rwanda.

Quant au préaccord, document qui attend d'être validé cette semaine par les médiateurs de l'ONU à Nairobi, il est censé ramener la paix dans la très stratégique province du Nord-Kivu demeurée depuis des années au cœur des conflits régionaux. Il s'ajoute au "désengagement" - avant un départ à compter de mercredi - des soldats rwandais du Nord-Kivu, à l'issue d'une opération sans précédent menée avec la RDC contre les rebelles hutu rwandais.

Progrès

Le président Joseph Kabila "est dès lors en passe de réussir (son) pari", ainsi qu’en a jugé lundi le quotidien de Kinshasa L'Observateur, alors que l'entrée le 20 janvier de troupes de Kigali avait créé côté congolais des surprises et parfois de la colère, jusque
dans le camp présidentiel.

L’évolution de la situation marque « des progrès », suivant une déclaration à l'AFP d’une source onusienne relevant que « les gros bastions des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, rebelles hutu rwandais) ont été démantelés ». Les événements de ces dernières semaines ont produit « une petite révolution dans les Grands lacs », a renchéri une source diplomatique pointant le « retournement d'alliance » qui a conduit au rapprochement de Joseph Kabila avec son homologue rwandais Paul Kagame.

La RDC et le Rwanda se sont affrontés à deux reprises (1996-1997 et 1998-2003) et s'accusaient de longue date de déstabilisation par rébellions interposées. Toutefois, souligne la même source, « on ne connaît pas les tenants et les aboutissants de la négociation entre Kinshasa et Kigali ». Les progrès en cours sont encore « fragiles », et frappés de très nombreuses incertitudes, insiste la source onusienne.

Les soldats rwandais dont le retrait progressif était confirmé lundi de source onusienne, ne devraient pas avoir tous repassé la frontière en fin de semaine, selon plusieurs sources occidentales. D'autres vont plus loin, se demandant si le Rwanda n'a pas décidé de laisser une large part de ses hommes - estimés couramment à plusieurs milliers, en l'absence de chiffre officiel - en profondeur dans le Nord-Kivu. La cérémonie prévue mercredi à Goma, chef-lieu de la province, serait alors "un simulacre", prévient une autre source onusienne. En outre, selon cette source, le problème FDLR n'est en rien réglé. « Les rebelles sont en train de se réorganiser: la menace va être omniprésente ».

Quant au CNDP, il connaîtrait une crise de « leadership » depuis la chute de Laurent Nkunda, ce qui pourrait fragiliser l'intégration en cours des ex-rebelles à l'armée congolaise, selon plusieurs observateurs. Après une « belle semaine diplomatique et médiatique » couronnée par l'arrivée attendue samedi du Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-Moon, tout ou presque resterait donc à faire. « On ne règle pas des problèmes aussi inextricables en quelques semaines », laisse entendre un diplomate.
 
(DN/Yes)

Analyse de Thomas Morfin/AFP-MMC