Les populations du Kasaï Oriental consomment aujourd’hui du maïs à bas prix, cultivé localement. C’est le résultat de mesures prises par l’autorité provinciale pour inciter les citadins à retourner à la terre.
Les populations du Kasaï-Oriental consomment aujourd’hui du maïs à bas prix, cultivé localement. C’est le résultat de mesures prises par l’autorité provinciale pour inciter les citadins à retourner à la terre. Dans la province du Kasaï-Oriental, au centre du Congo, le prix du maïs a été divisé par 4 en près de quatre mois.
Le prix d’une meka, unité de mesure traditionnelle valant environ 3 kilos, varie, en février 2009, entre 550 et 600 Fc (moins d’un dollar), alors qu’en 2008, il fallait débourser 2500 Fc (plus de quatre dollars) pour la même quantité. C’est l’importance de la production de maïs dans la région qui a fait chuter le prix ; un succès qui résulte de mesures prises par les autorités provinciales en vue d’inciter les habitants des villes à retourner à la campagne, et à se consacrer à l’agriculture. Pour convaincre les populations, le gouverneur a d’abord encouragé son entourage, ministres, députés provinciaux et membres de son cabinet à donner l’exemple.
Dans ses différentes interventions, il ne cesse de les inciter à posséder chacun un champ. Un arrêté a été pris dans ce sens. Cette interpellation donne des résultats. A Tshiala, à 35 km de Mbuji-Mayi, Léon Lukusa, responsable des plantations d’un député, explique qu’il « travaille pour le compte d’un député provincial qui a obtenu 15 ha et y a planté le maïs, le soja et les arachides. A l’heure actuelle, nous sommes en pleine récolte sur 7 ha de terre ». Et d’ajouter : «le gouverneur a lui-même 600 ha et chaque membre du gouvernement provincial a un champ. Moi aussi, d’ailleurs» conclut-il.
Les nouveaux agriculteurs bénéficient du soutien matériel du Presar, un projet de réhabilitation du secteur agricole et rural financé par le Gouvernement congolais et la Banque africaine de développement. C’est ce projet qui est chargé de la mise en oeuvre de l’arrêté du gouverneur. Quatre sites ont été choisis pour le lancement de cette initiative, explique le Dr Christian Kamuziku Seya, coordonnateur provincial du Presar : Tshiala, Kalenda Kashila, Tshitolo et Mabaya.
Alternative au diamant
Les agriculteurs reçoivent des terres et des semences et bénéficient en outre de l’encadrement et de l’accompagnement des agronomes. D’autres reçoivent des animaux en guise d’appui au lancement d’une activité agricole. « Le Presar nous a dotés de 20 paires de bœufs qui ont été distribuées dans différents sites. Ici, nous en avons reçu 3 », témoigne Didier Marcel Mpina Kabanga, représentant de la coopérative Copromat, à Tshiala.
La population et les Eglises ne sont pas restées indifférentes à cet engouement. José Kalala, agriculteur à Tshiala, raconte que « nous avons tenté d’abord avec un hectare, afin de répondre au mot d’ordre du gouverneur », avant d’élargir. Même en dehors des sites retenus, l’initiative est accueillie avec enthousiasme. A Ngandajika, à plus de 90 km à l’est de Mbuji-Mayi, c’est la ruée vers la terre. Certains abandonnent leurs parcelles et maisons en ville pour aller dans les villages, comme Charles Kalonji, habitant un quartier périphérique : « Dans mon quartier, plusieurs maisons sont vides, leurs propriétaires sont allés cultiver. Certains enlèvent même les tôles des toits avant de partir ». Jean-Pierre Tshimanga, 57ans, rencontré à Tshiala, confirme : « Je vivais à Mbuji-Mayi ; maintenant je me suis installé ici. J’étais commerçant et les affaires n’étaient plus florissantes. J’ai donc opté pour le champ ».
Durable ?
Le retour à la terre s’explique aussi par le repli du diamant comme source de revenu. «Dans un passé récent, les villageois pouvaient gagner de l’argent très rapidement en vendant du diamant, au lieu d’attendre trois mois pour une récolte, explique Herman Kabangu, néo-agriculteur. Ils venaient faire leurs provisions en ville. Maintenant que le diamant n’est plus exploité, la population recommence à se tourner vers les travaux des champs. Le résultat est là, le prix du maïs a fortement baissé, étant donné l’offre sur le marché.» Denrée de première nécessité, le maïs est en effet à nouveau à la portée des consommateurs, qui s’en réjouissent.
Une question reste cependant posée : ce retour à la terre sera-t-il durable? Car pour cultiver un champ, il faut disposer de moyens financiers conséquents, comme l’explique José Kalala : «Pour un hectare, il faut investir au moins 750 dollars, dont près de 200 pour le labour et 400 pour quatre sacs d’engrais chimiques». Qui va financer, lorsque le projet s’arrêtera ? Faute de réponse certaine, le conseiller Masala se veut optimiste : «Je ne pense pas que les gens vont de nouveau abandonner l’agriculture. Des stratégies sont mises en place pour éviter le retour en arrière. L’agriculture sera mécanisée, le gouvernement provincial va se procurer des tracteurs afin de les mettre à la disposition de la population, à un prix dérisoire. Nous souhaitons également diminuer le prix des intrants agricoles pour les rendre accessibles aux populations.» L’intention est louable. Reste à la concrétiser…
Kasaï Occidental : la culture maraîchère en pleine croissance à Kananga
Avec le développement de l’horticulture urbaine et périurbaine, les Kanangais ne connaissent plus la pénurie de légumes. Même en saison sèche, les marchés sont inondés de produits maraîchers variés. L’horticulture a changé la vie des producteurs et des consommateurs. Personne ne s’en plaint. Tous les matins, Kananga, chef-lieu du Kasaï-Occidental, au centre du Congo, vit au rythme des vendeuses de légumes qui prennent d’assaut les grandes artères de la ville ou les marchés du centre. Sur leur tête, des paniers de légumes de toutes sortes : amarantes, choux de Chine, choux pommés, feuilles de patate douce, haricots (niébés), manioc, gombo, oseille. En saison sèche comme en saison des pluies, la production est abondante. A la grande satisfaction des producteurs et des consommateurs, la culture maraîchère connaît un succès retentissant.
La province s’est lancée depuis quelques années dans un vaste projet de développement de l’horticulture urbaine et périurbaine, avec l’appui technique d’organismes comme l’Inades-Formation, le Presar (Projet de Réhabilitation du Secteur Agricole Rural), la FAO… «Avant, les légumes nous parvenaient des villages lointains, mais aujourd’hui, nous produisons nous-mêmes dans les vallées qui entourent la ville. Les récoltes sont satisfaisantes, quelle que soit la saison. Les quantités produites permettent de maintenir un prix stable sur le marché. Et même les personnes les plus démunies sont assurées d’avoir de quoi manger», raconte Arlette Kapinga, vendeuse d’amarantes au marché Salongo, à Kananga II.
(CL/Milor/GW/Yes)
Syfia Grands lacs/Forum des As