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Le ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire et recherche scientifique conclut sa première ronde de prise de contact des établissements du secteur par l’amer constat de déclin de cet enseignement par la faute des professeurs et des politiciens congolais

Le professeur Mashako Mamba N.L., ministre de l’enseignement supérieur et universitaire (ESU), à peine nommé  à ce poste, fait face à des critiques diverses, provenant es­sentiellement de certains milieux politiques et de quelques professeurs membres des comités de gestion des institutions universitaires du pays. Les uns et les autres ne sont pas enthousiastes d’abandonner les systè­mes de privilèges qu’ils ont patiemment construits au sein des institutions universitaires et stigma­tisent la réforme amorcée par le patron de l’Esu. Ils se sentent insécurisés par le nouvel élan de dy­namisme de gestion qui se fonde essentiellement sur la bonne gouvernan­ce, l’éthique profession­nelle et le respect des textes fondateurs des institutions universitaires en Rd Congo.

Pour aider l’opinion à mieux comprendre les mo­tivations de cette réforme, le Réseau des journalistes d’investigations (R.J.I.) a abordé le Professeur Mas­hako Mamba et lui a posé des questions précises sur son action qui a déjà déca­pité plusieurs comités de gestion des établissements de l’Esu. Ce dernier a bien voulu répondre, d’une ma­nière précise à toutes les questions en s’appuyant- lorsqu’il le faut - sur des textes officiels, les seuls, précise-t-il à même de met­tre tout le monde d’accord. Cette franchise l’endroit de ses hôtes a pour fond la tristesse de constater que le secteur de l’Esu est en agonie depuis longtemps tout le monde le voit et tout le monde se tait. Les ges­tionnaires et les formateurs de ce secteur sont devenus ses propres prédateurs. La réforme devient alors un impératif.

Plus de 1.000 établis­sements de l’ESU pour quelle formation ?

De prime abord, Mashako Mamba pose une question à ses interlocuteurs sur le nombre des universités et instituts supérieurs publi­ques et privées dans notre pays. Plus de 1.000 note­ t-il. Pour donner une idée de grandeur, il poursuit en précisant que La Chine possède 500 universités et instituts supérieurs réunis elle qui envoie déjà des fu­sés habités dans l’espace l’Inde qui est environs huit fois plus grand en superficie que nous n’a que 400; l’Al­lemagne est dans les 300 ; la France en dessous de 200 et la Belgique 32. No­tre chère Rd Congo, elle, a plus de 1.000 institutions d’enseignement supérieurs et universitaires avec un budget de moins 2%. Mais qui est à la base de cette inflation d’institutions d’en­seignement de l’Esu ? Des professeurs, avec en toile de fond des politiciens.

Le ministre de l’Esu remarque qu’en 1960, notre pays n’avait que trois éta­blissements de l’Esu avec 30% du budget de l’Etat. Ce qui fait rire ou qui fait plutôt très mal est qu’au mois de mai de l’année passée, la Rdc avait à peu près 250 établissements, mais on a atteint rapidement le chif­fre de 800 dans trois mois. Cette prolifération touche toutes les provinces. Uni­quement dans la capitale, les équipes de contrôle ont déniché l’existence de plus de 50 établissements de l’Esu, publics et privés, qui fonctionnent sans autorisa­tion du ministère et donc qui sont inconnus de la tutelle et dont les frais payés restent dans les poches des ges­tionnaires au détriment de l’Etat. A tel point qu’actuelle­ment le ministre ou son pré­décesseur ne connaît pas le nombre exact d’étudiants dans nos universités.

Il regrette qu’aujourd’hui, chaque député, sénateur ou professeur d’université veuille montrer qu’il amène l’université dans son village. La conséquence est que le pays est submergé d’éta­blissement d’enseignement supérieur et universitaire non viables. C’est la jeu­nesse que l’on assassine, notre pays qu’on dessert et qu’on tue. Il faut qu’on mette un terme à cette si­tuation. Le ministère de l’Esu a le devoir de former les cadres pour l’ensem­ble des secteurs, public et privé, et quels que soient les domaines. Les missions de l’université en Rd Congo sont fixées par l’ordonnan­ce loi qui crée ce ministère, elle doit donner un ensei­gnement de qualité ; faire des recherches et être au service de la communauté. Les conditions pour créer un établissement de l’Esu sont aussi connues la 1ère condition exige avant toute chose qu’on ait un person­nel académique propre ; 2° des bâtiments propres avec bibliothèques, laboratoires, etc. et 3° enfin des étudiants. Mais le ministre s’étonne qu’actuellement tout mar­che à l’envers.

En effet, en Rdc, 2/3 ou mieux ¾ d’établissements de l’Esu n’ont ni bâtiments ni professeurs propres. Tout le monde est locataire. Ici à Kinshasa, il y a des instituts qui n’ont pas des documents pour fonctionner, n’ont pas d’auditoires. Le cas de « l’Université américaine de création des richesses » ou de l’Institut supérieur de criminologie ». D’autres établissements ressortent au budget de l’Etat, mais n’ont pas d’adresse physi­que où l’on peut les visiter. Et pourtant l’argent du Trésor public sort. Il arrive même, chose grave, qu’on donne des diplômes à des étu­diants qui n’ont jamais mis les pieds dans un auditoire. Tout simplement parce qu’ils ont corrompu ; ils sont pro­ches d’une autorité ou qu’ils font partie d’une milice d’un recteur ou d’un directeur général. Quel service un tel diplômé peut rendre à la République?

Tout cela se passe ici dans la capitale, là où se trouve le ministre, l’admi­nistration ; là où il y a tou­tes les autorités. Le ministre constate qu’il a affaire à un « cancer » qui a déjà produit plusieurs métastases dont l’objectif rejoint celui des sectes et des boutiques : faire gagner l’argent que les individus mettent dans leurs poches. Tous le voit, mais ferme les yeux. Il se demande à qui on va laisser le pays à ce rythme là ? A des « diplômés » qui n’ont rien dans la tête? Est-ce qu’on pense encore à l’avenir de ce pays?

La promiscuité se porte bien sur les campus

Dans les auditoires, aussi bien à Kinshasa que dans les provinces, les étu­diants et les professeurs étouffent. Ces tares, pour le ministre, font qu’on ne forme plus au niveau de l’Esu à cause de la recherche effrénée du gain. Mais s’il soulève cette question pour assainir le secteur, les pre­miers qui vont résister sont les professeurs ; suivi im­médiatement par les honorables députés. Ils viennent dire qu’on peut fermer les établissements non viables partout ailleurs sauf chez eux, car ils ont été ouvert à la demande de telle ou telle autorité. Par ailleurs il a constaté que ce sont les professeurs qui sont partout les dirigeants de ces établissements de l’Esu à travers le pays. L’Unikin a la moitié du corps professo­ral du pays.
Ils sont recteur, directeur général et secré­taire général académique tout en restant ici à Kins­hasa. Ils sont partout sauf là où ils doivent se trouver. Ils vont se déplacer seule­ment pour aller demander l’encaisse de leur compte et rentrer dans la capitale. Si le ministère ose s’intéres­ser et poser des questions sur ce comportement, sur­tout s’il dit que cela ne doit pas perdurer, il provoque un problème. Or l’Esu est un secteur bien réglementé et l’ordonnance-loi qui crée le ministère et ses compo­santes : le ministère, les conseils d’administration et les établissements.

Cette ordonnance n’a pas encore changé. Il y a une ordonnance qui crée les services spé­cialisés du ministère. Le premier de ces services est le Cidep qui est aujourd’hui transformé en une université ouverte avec environ 38 options diplômantes. Cela par un arrêté du ministre alors que l’Ordonnance-loi n’a pas changé. La mission qui lui est assigné est, non de diplômer les étudiants, mais d’assurer la formation en cours du soir pour ceux qui travaillent par une mise à niveau. Mais actuellement il existe environ 150 univer­sités Cidep qui donnent des diplômes de graduat, de Licence et donnent même des doctorats, tout cela sans bâtiments propres, professeurs, sans laboratoi­res. Tout le monde voit, mais préfère se taire.

Des conseils d’adminis­tration des coquilles vides

Le ministre en est arrivé à parler des conseils d’administration (C.A.) des universités, des instituts techniques et pédagogi­ques. Ils regrettent que les membres de ces divers CA aient vécu dans une léthar­gie totale alors que dans leurs fonctions ils devaient veiller sur le bon fonction­nement de l’Esu. Certains membres sont là depuis l’Unaza. Toute La pourriture qu’on déplore actuelle­ment s’est produite devant eux sans qu’ils n’élèvent le moindre petit doigt. Ils ne se réunissent pas.

Les ISTM et les facultés de médecine sont au nombre de 200, dont la majorité est non via­ble. Où était le. C.A. des ins­tituts supérieurs techniques ? En outre I.P.N. s’est trans­formé malheureusement en U.P.N.. OU était le C.A. des instituts pédagogiques ? C’est eux qui devaient don­ner leur avis, mais ne l’ont pas fait. Des promotions des chefs de travaux et des assistants traînent parce qu’ils ne se réunissent pas pour statuer sur des dossiers qui leurs sont déposés. Le premier responsa­ble de l’Esu constate qu’à l’Unikin, trois années aca­démiques sont en retard sans émouvoir le C.A. (2006-2007 ; 2007-2008 et 2008-2009). Alors que ses membres sont tous des anciens de cet établissement.

Le ministre a eu à vivre une scène où des professeurs étudiantes et étudiants prennent de l’al­cool pendant les heures de cours dans l’enceinte de l’Ifasic. La moralité est très bas : on engrosse, on fait avorter et on déplore même les décès. Tout cela au vu et au su des autorités aca­démiques qui ne cherchent que de l’argent auprès des étudiants. L’assainissement de ce secteur, sur base des audits d’ailleurs établis bien avant l’arrivée du gouverne­ment Muzito - in tempore non suspecto - et des con­trôles actuels demeure une nécessité pour un début de thérapie de ce secteur.

(DN/Th/GW/Yes)

Sakaz/Le Phare



Last edited: 18/02/2009 16:53:18

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