Sixième mois désormais de la grève des infirmiers, techniciens et administratifs du secteur de santé en RDC, à cause du retard que prend la réponse à donner par les pouvoirs publics aux revendications de meilleures conditions sociales de cet important corps.
Le centre hospitalier Roi Baudouin 1er de Masina a pour le visiteur de passage un air endormi d’hospice de vieillard mal fréquentée avec sa cour envahie d’herbes, les chambres de malades à peine occupées, les toilettes bouchées et les poubelles non évacuées où viennent s’approvisionner des rats dont la taille avoisine celle de chats adultes. Cette situation d’une depuis cinq mois, exactement depuis le 12 septembre 2008, au moment du déclenchement de la grève des infirmières, techniciens et administratifs de santé de la République démocratique du Congo.
Historique
Ces trois corps médicaux avaient débrayé pour réclamer la revalorisation de leur prime de risque qui est, même selon les canons congolais, totalement dérisoire au regard de la crise économique mondiale. Cette prime s’élève à 4.500 Fc pour le dernier employé de ces trois catégories d’agents, alors qu’à titre comparatif, celle des médecins atteint 180.000 Fc, soit près de 300 dollars. Une différence de traitement aussi abyssale ne peut s’expliquer autrement que par la mauvaise foi des responsables politiques qui ont la santé publique dans leurs attributions, car si chacun a suivi un cursus de formation distinct de l’autre, dans la pratique cependant, les risques encourus par tout le personnel travaillant dans les hôpitaux est le même.
Ils avaient aussi demandé une augmentation de leur salaire, toujours dans le but de faire face au coût de la vie; en général, le salaire des fonctionnaires congolais est un sujet permanent de préoccupation: il est misérable mais en plus, il n’est jamais perçu régulièrement. Pour toutes les promesses faites par les autorités, le salaire des infirmiers, techniciens de laboratoire et administratifs d’hôpitaux accuse des arriérés de l’ordre de 26 à 36 mois, et tous les efforts pour diminuer ce chiffre de cauchemar se sont toujours révélés vains. C’est pourquoi, le mot d’ordre de grève lancé par le Synapetas, le Syncass et la Solsico en septembre 2008 a été suivi à la lettre jusqu’au jour où...
La brisure
Les infirmiers qui ont aidé à l’accouchement de la première dame de la République, Madame Olive Lembe Kabila aux cliniques Ngaliema avaient profité de la présence du directeur de la Maison Civile du chef de l’Etat sur les lieux pour lui remettre un mémorandum reprenant leurs revendications salariales, en vue de solliciter l’intervention du président Joseph Kabila pour mettre fin à la grève. Il ne faut pas oublier que la santé est un des chantiers importants de l’agenda présidentiel dans le cadre de son premier mandat à la tête de l’Etat..
Mais au lieu de prendre le temps de se concerter avec les autres parties au conflit, Ie syndicat des infirmiers a préféré faire cavalier seul. C’était manifestement un acte unilatéral qui cachait mat des intentions égoïstes destinées à saper la cohésion du mouvement de grève. L’Ambassadeur Mugalu l’a si bien compris, et il a demandé aux délegués de la Solsico de prendre langue avec les autres pour formuler ensemble les revendications qu’ils jugent opportunes pour obtenir gain de cause.
Mais les délégués des infirmiers ont fait valoir la loi de la majorité là où il était question de consensus et de solidarité. Plus nombreux que les techniciens et les administratifs, les infirmiers ont signé le document qui mettait fin à la grève, manipulés par leurs chefs qui leur faisaient miroiter un avenir rose au moyen des ”avancées significatives “. Depuis lors, ces avancées significatives se sont révélées n’être qu’une arnaque de mauvais goût pour la plupart des signataires, mais une occasion d’enrichissement facile pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux pour induire les autorités en erreur. Les infirmiers ainsi fourvoyés sont entrain de ruminer leur déception au regard de l’évolution du dossier.
Appel à la conscience
C’est pourquoi ils se sont joints à leurs collègues des autres syndicats pour un appel ultime à la conscience. “ Camarades Infirmiers,’techniciens et administratifs de santé, Réveillez-vous, évitez de vous confier aux mensonges qui font le bonheur de quelques personnes. Les avancées significatives annoncées depuis le mois d’octobre ne se concrétisent toujours pas.
Unissons-nous avec tous ceux qui revendiquent légalement nos droits, car nous avons le privilège de protéger notre carrière jusqu’à la retraite. Les petits avantages de terrain sont éphémères. Saisissons l’opportunité en nous mettant ensemble dans les actions que mènent le Synapetas, le Syncass et la Solsico Comité de crise peut-on lire dans le communiqué rédige par les grévistes revenus de leur frustration.
Loin de briser la solidarité du groupe par le débauchage des infirmiers, les responsables syndicaux des infirmiers de la République démocratique du Congo sont désormais inquiets de la tournure des évènements. Quelques mois plus tôt, les techniciens et les administratifs avaient scellé les bureaux des médecins directeurs de leurs formations médicales respectives, ceux de l’administration, du nursing et des chefs de staff. Mardi, toutes les femmes des trois syndicats qui ont été à l’origine de la grève avaient décidé de marcher jusqu’à la présidence de la République pour faire entendre leurs revendications et éveiller ainsi l’attention du chef de l’Etat à propos de cette grève illimitée.
Réponse politique
De mémoire de Congolais, la grève entamée par le corps médical à la fin de l’année 2008 et qui paralyse encore aujourd’hui le fonctionnement normal des établissements publics de santé, est la plus longue de l’histoire du domaine de la santé publique en RDC. Les dégâts subis par la population depuis ce laps de temps, sont innombrables en terme de pertes en vies humaines à cause de l’absence de soins médicaux, d’infirmité, d’impuissance et de traumatisme en face du cruel destin qui frappe les familles.
Quant aux hôpitaux, ils sont devenus des mouroirs; on peut y entrer avec une maladie bénigne et en ressortir avec un mal incurable à cause des conditions hygiéniques déficitaires et des soins reçus approximatifs.
Alarmées par la situation qui prévaut par exemple à l’hôpital général de référence de Kinshasa, certaines ONG ont pris l’initiative d’enlever à leurs frais les immondices qui ont rendu cet établissement totalement inhospitalier aux malades. Du côté des autorités du ministère de la santé, c’est un silence coupable double d’une gène difficile à surmonter qui donne à tous, un profil bas. On laisse entendre que le budget n’a pas prévu un cas de figure aussi embarrassant.
Devant l’impasse de la situation, le premier ministre qui a étudié à fond le dossier, a répondu aux grévistes qu’il ne reste que la solution politique comme ultime arme pour vaincre la grève. Traduit du langage politique, cela veut dire que la balle est du côté de l’institution “ Présidence de la République “. Il n’en faut pas plus pour que le président Joseph Kabila entende le cri de détresse du corps médical congolais.
(DN/Th/GW/Yes)
Bomela tondo Bo-Lisoma Malko/L’Avenir