Démenti formel du président français Nicolas Sarkozy qui avait annoncé un projet d’exploitation des richesses minières congolaises en connivence avec le Rwanda. En réponse à un questionnaire lui adressé par la presse congolaise, M. Sarkozy a déclaré qu’il « n’existe pas un plan de démembrement de la RDC ».
A un mois de sa visite en Afrique au cours de laquelle il sera aussi l’hôte de la RDC, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a bien voulu accorder une interview exclusive à quatre quotidiens congolais. Soucieux de réussir sa visite en Afrique, et particulièrement en RDC, le chef de l’Etat - français a voulu éclairer l’opinion sur un certain nombre de questions de brûlante actualité. Des questions en rapport avec la RDC, la région des Grands Lacs et tout ce qui est lié à la Francophonie.
Ci-dessous, l’intégralité de l’interview accordée à l’Observateur par le président Nicolas Sarkozy.
Le Président, certains passages du discours que vous avez prononcé le 16 janvier, à l’occasion de la présentation des vœux au Corps diplomatique, ont soulevé une vive polémique à Kinshasa. L’élite et la population congolaises souhaitent connaître le sens que vous donnez aux trois expressions suivantes : « Cela met en cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la question de la République démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières » ; « Il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, qu’il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel, mais un dialogue structurel ; « Comment, dans cette région du monde, on partage l’espace, on partage les richesses ».
La France a toujours été, et elle restera toujours un allié fidèle de la RDC. Elle l’a été au long des années de la transition, elle a été chaque fois que l’unité du Congo a été menacée. Elle cherche à aider le Congo à sortir de l’instabilité, à retrouver la paix et la stabilité. Je constate une chose aujourd’hui, en dépit de tous les efforts accomplis, la paix ne s’est pas encore imposée au Congo et dans la région.
Et les victimes, ce sont toujours les civils innocents des provinces orientales du Congo. Ces souffrances doivent cesser. Tous les Congolais ont droit à la paix et à la stabilité. La RDC a besoin de se développer - dans l’Est comme dans toutes les provinces du pays -, de faire fructifier les richesses qui lui appartiennent, de prendre son avenir en main plutôt que de subir des guerres injustes et injustifiables. Le temps est venu de tourner la page de ces quinze dernières années. Alors je m’interroge : faut-il faire plus ? Faut-il faire mieux ? Faut-il faire autrement ?
Les polémiques n’ont pas lieu d’être et les procès qui nous sont faits sont sans fondement. Je voudrais souligner quelques idées simples. Il y a des principes sacrés : la souveraineté de la RDC, le respect de son intégrité territoriale, l’intangibilité de ses frontières. La France s’est toujours battue pour ces principes. Ce n’est pas avec moi que cela changera. Il y a aussi une évidence : la RDC, c’est le cœur même de l’Afrique, autour duquel le continent s’articule. Ses richesses potentielles sont immenses et pourtant, les Congolais n’en profitent pas, ou pas assez. Je suis désolé de vous le dire, mais quelque chose ne tourne pas rond!
Ma conviction, c’est que le retour de la paix doit s’accompagner d’un dialogue de fond. Regardez ce que nous avons fait en Europe nous avons surmonté nos déchirures et nos divisions, cicatrisé les blessures si profondes de trois guerres entre la France et l’Allemagne en particulier, pour construire, à partir des projets concrets et dans le strict respect des Nations qui la composent, une Europe de paix et de prospérité. Bien sûr cela nous a pris du temps. Mais cela nous a permis la reconstruction ; cela nous a apporté une prospérité sans égal et l’essor de nos économies ; cela nous a apporté aussi la stabilité et la paix. Alors, au nom de quoi les pays autour des Grands Lacs seraient-ils condamnés à la répétition des guerres et au malheur ? Ne peuvent-ils pas surmonter cette fatalité que, pour ma part, je refuse ? Je veux croire en l’avenir.
L’intérêt des Congolais et des pays de la région, c’est de susciter des projets qui fédèrent plutôt que subir des appétits qui divisent, de couper à leurs racines les causes de la rivalité, de la désunion et du malheur. Des institutions existent déjà, comme la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs. Alors il faudrait la revivifier, et peut-être même aller plus loin.
C’est dans cet esprit que je voudrais lancer quelques idées : les pays de la région, de l’Angola au Burundi, et pourquoi pas à la Tanzanie aussi, pourraient travailler ensemble, comme nous l’avons fait en Europe, pour structurer leurs marches, organiser des filières agricoles, commerciales et industrielles, introduire davantage de transparence et de régies, développer les ressources énergétiques y compris par des micro-projets, assurer la sécurité alimentaire et sanitaire, faciliter l’accès à l’eau potable, protéger le patrimoine naturel, bâtir des infrastructures régionales pour créer de nouvelles opportunités et multiplier les débouchés.
Il y a tant de richesses à créer ou à mettre en valeur. Cela suppose de la confiance et ce dialogue structure auquel j’ai fait référence. Cela suppose aussi la coopération qui interdit la prédation ou l’exploitation. Et je souhaite insister sur ce point. Le Président Kabila a dit que les décisions doivent être prises à Kinshasa, et nulle part ailleurs. Il a raison. C’est aux Congolais eux-mêmes de trouver des solutions. C’est vrai aussi à l’échelle de toute la région : c’est aux Etats et aux populations de discuter, et disons-le, de coopérer pour régler les problèmes et retrouver de la confiance. La confiance, c’est fondamental. La paix ne peut jamais être imposée de l’extérieur.
Les Congolais ont l’impression que vous cherchez à vous rapprocher du Rwanda, sur le dos de la RDC, tout en prenant des distances avec vos prédécesseurs qui ont décidé l’opération Turquoise en 1994. Qu’y répondez-vous ?
Dois-je vous rappeler que vous êtes le premier pays francophone du monde ? La France sera toujours aux côtés des Congolais. La RDC tient une place toute particulière dans le cœur des Français. Mais je ne peux pas encourager la RDC à dialoguer avec ses voisins sans que la France le fasse aussi. Vous avez tout de même noté que je me suis d’abord rapproché du Président Dos Santos et que j’ai noué un partenariat stratégique avec l’Angola sur les questions africaines. Et comment pourrais-je aider les Congolais si je m’abstiens de parler au Président du Rwanda ? Ces polémiques n’ont aucun sens. La France restera toujours fidèle en amitié. Et la France choisira toujours la voie du dialogue pour faire progresser la cause de la paix.
Principale victime de l’opération Turquoise, la RDC n’est-elle pas en droit d’espérer un dédommagement de Paris ?
Il faut regarder la vérité en face. Il faut reconnaître que les événements innommables de 1994 ont eu de lourdes conséquences pour la RDC. La crise qui frappe l’Est du Congo depuis des années a des racines historiques. C’est évident. Mais il faut dire aussi que ni la France, ni la communauté internationale n’ont été les instigateurs de l’arrivée des réfugiés hutus rwandais sur le sol congolais. Ces réfugiés ont fui leur pays et traversé la frontière de leur propre initiative. La France a pris le risque d’intervenir quand personne ne bougeait. L’opération Turquoise, je le rappelle, a été conduite sous mandat des Nations-Unies. La France dans cette affaire n’a pas agi seule. Elle a agi au nom de la communauté internationale tout entière. Elle a sauvé des vies humaines en 1994, comme elle l’a fait à Bunia plus tard avec l’opération Artémis dont tant de Congolais se souviennent. La France n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait. Mais, s’il vous plait, tournons-nous vers l’avenir.
(DN/Milor/GW/Yes)
L’Observateur
Last edited: 16/02/2009 17:35:01