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Bonjour | 20/03/2010 22:51 | English Make DC Home page | RSS feed

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Démenti formel du président français Nicolas Sarkozy qui avait annoncé un projet d’exploitation des richesses minières congolaises en connivence avec le Rwanda. En réponse à un questionnaire lui adressé par la presse congolaise, M. Sarkozy a déclaré qu’il « n’existe pas un plan de démembrement de la RDC ».

Nicolas SarkozyA un mois de sa visite en Afrique au cours de laquelle il sera aussi l’hôte de la RDC, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a bien voulu accorder une interview exclu­sive à quatre quotidiens congolais. Soucieux de réussir sa visite en Afrique, et particulièrement en RDC, le chef de l’Etat - français a voulu éclairer l’opinion sur un certain nombre de questions de brûlante actualité. Des questions en rapport avec la RDC, la région des Grands Lacs et tout ce qui est lié à la Francophonie.

Ci-dessous, l’intégralité de l’interview accordée à l’Observateur par le président Nicolas Sarkozy.

Le Président, certains passages du discours que vous avez prononcé le 16 janvier, à l’occasion de la présentation des vœux au Corps diplomati­que, ont soulevé une vive polémique à Kinshasa. L’élite et la population congolaises sou­haitent connaître le sens que vous donnez aux trois expres­sions suivantes : «  Cela met en cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialo­gue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la question de la République démocratique du Congo, pays à la super­ficie immense et à l’organisa­tion étrange des richesses fron­talières » ; « Il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, qu’il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue con­joncturel, mais un dialogue structurel ; « Comment, dans cette région du monde, on par­tage l’espace, on partage les richesses ».

La France a toujours été, et elle  restera toujours un allié fidèle de la RDC. Elle l’a été au long des années de la transition, elle a été chaque fois que l’unité du Congo a été menacée. Elle cher­che à aider le Congo à sortir de l’instabilité, à retrouver la paix et la stabilité. Je constate une chose aujourd’hui, en dépit de tous les efforts accomplis, la paix ne s’est pas encore imposée au Congo et dans la région.

Et les victimes, ce sont toujours les civils innocents des provinces orientales du Congo. Ces souffrances doivent cesser. Tous les Congolais ont droit à la paix et à la stabilité. La RDC a besoin de se développer - dans l’Est comme dans toutes les pro­vinces du pays -, de faire fructifier les richesses qui lui appartiennent, de prendre son avenir en main plu­tôt que de subir des guerres in­justes et injustifiables. Le temps est venu de tourner la page de ces quinze dernières années. Alors je m’interroge : faut-il faire plus ? Faut-il faire mieux ? Faut-il faire autrement ?

Les polémiques n’ont pas lieu d’être et les procès qui nous sont faits sont sans fondement. Je vou­drais souligner quelques idées simples. Il y a des principes sa­crés : la souveraineté de la RDC, le respect de son intégrité territo­riale, l’intangibilité de ses frontiè­res. La France s’est toujours battue pour ces principes. Ce n’est pas avec moi que cela changera. Il y a aussi une évidence : la RDC, c’est le cœur même de l’Afrique, autour duquel le continent s’arti­cule. Ses richesses potentielles sont immenses et pourtant, les Congolais n’en profitent pas, ou pas assez. Je suis désolé de vous le dire, mais quelque chose ne tourne pas rond!

Ma conviction, c’est que le re­tour de la paix doit s’accompagner d’un dialogue de fond. Regardez ce que nous avons fait en Europe nous avons surmonté nos déchi­rures et nos divisions, cicatrisé les blessures si profondes de trois guerres entre la France et l’Alle­magne en particulier, pour cons­truire, à partir des projets concrets et dans le strict respect des Na­tions qui la composent, une Eu­rope de paix et de prospérité. Bien sûr cela nous a pris du temps. Mais cela nous a permis la reconstruc­tion ; cela nous a apporté une prospérité sans égal et l’essor de nos économies ; cela nous a apporté aussi la stabilité et la paix. Alors, au nom de quoi les pays autour des Grands Lacs seraient-ils con­damnés à la répétition des guer­res et au malheur ? Ne peuvent-­ils pas surmonter cette fatalité que, pour ma part, je refuse ? Je veux croire en l’avenir.

L’intérêt des Congolais et des pays de la région, c’est de susci­ter des projets qui fédèrent plutôt que subir des appétits qui divisent, de couper à leurs racines les cau­ses de la rivalité, de la désunion et du malheur. Des institutions existent déjà, comme la Commu­nauté Economique des Pays des Grands Lacs. Alors il faudrait la revivifier, et peut-être même aller plus loin.

C’est dans cet esprit que je voudrais lancer quelques idées : les pays de la région, de l’Angola au Burundi, et pourquoi pas à la Tanzanie aussi, pourraient tra­vailler ensemble, comme nous l’avons fait en Europe, pour struc­turer leurs marches, organiser des filières agricoles, commerciales et industrielles, introduire davantage de transparence et de régies, dé­velopper les ressources énergéti­ques y compris par des micro-projets, assurer la sécurité alimen­taire et sanitaire, faciliter l’accès à l’eau potable, protéger le patri­moine naturel, bâtir des infrastruc­tures régionales pour créer de nou­velles opportunités et multiplier les débouchés.

Il y a tant de richesses à créer ou à mettre en valeur. Cela sup­pose de la confiance et ce dialo­gue structure auquel j’ai fait réfé­rence. Cela suppose aussi la coopération qui interdit la prédation ou l’exploitation. Et je souhaite insis­ter sur ce point. Le Président Kabila a dit que les décisions doi­vent être prises à Kinshasa, et nulle part ailleurs. Il a raison. C’est aux Congolais eux-mêmes de trou­ver des solutions. C’est vrai aussi à l’échelle de toute la région : c’est aux Etats et aux populations de discuter, et disons-le, de coopé­rer pour régler les problèmes et retrouver de la confiance. La con­fiance, c’est fondamental. La paix ne peut jamais être imposée de l’extérieur.

Les Congolais ont l’impres­sion que vous cherchez à vous rapprocher du Rwanda, sur le dos de la RDC, tout en prenant des distances avec vos prédé­cesseurs qui ont décidé l’opé­ration Turquoise en 1994. Qu’y répondez-vous ?

Dois-je vous rappeler que vous êtes le premier pays francophone du monde ? La France sera tou­jours aux côtés des Congolais. La RDC tient une place toute parti­culière dans le cœur des Fran­çais. Mais je ne peux pas encou­rager la RDC à dialoguer avec ses voisins sans que la France le fasse aussi. Vous avez tout de même noté que je me suis d’abord rapproché du Président Dos San­tos et que j’ai noué un partenariat stratégique avec l’Angola sur les questions africaines. Et comment pourrais-je aider les Congolais si je m’abstiens de parler au Prési­dent du Rwanda ? Ces polémi­ques n’ont aucun sens. La France restera toujours fidèle en amitié. Et la France choisira toujours la voie du dialogue pour faire progres­ser la cause de la paix.

Principale victime de l’opération Turquoise, la RDC n’est-­elle pas en droit d’espérer un dédommagement de Paris ?

Il faut regarder la vérité en face. Il faut reconnaître que les événe­ments innommables de 1994 ont eu de lourdes conséquences pour la RDC. La crise qui frappe l’Est du Congo depuis des années a des racines historiques. C’est évi­dent. Mais il faut dire aussi que ni la France, ni la communauté in­ternationale n’ont été les instiga­teurs de l’arrivée des réfugiés hutus rwandais sur le sol congolais. Ces réfugiés ont fui leur pays et tra­versé la frontière de leur propre initiative. La France a pris le ris­que d’intervenir quand personne ne bougeait. L’opération Turquoise, je le rappelle, a été conduite sous mandat des Nations-Unies. La France dans cette affaire n’a pas agi seule. Elle a agi au nom de la communauté internationale tout entière. Elle a sauvé des vies hu­maines en 1994, comme elle l’a fait à Bunia plus tard avec l’opé­ration Artémis dont tant de Congolais se souviennent. La France n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait. Mais, s’il vous plait, tournons-nous vers l’avenir.

(DN/Milor/GW/Yes)

L’Observateur
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Last edited: 16/02/2009 17:35:01

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