Comment les militaires du Cndp, intégrés dans les Fardc vont-ils être parties aux négociations avec le gouvernement ? Cela est-il conforme au règlement militaire ? Cette politisation des militaires est dangereuse.
L’ancien président nigérian allait-il se contenter de constater que les événements se sont tellement précipités en Rdc au point de vider sa mission de toute sa substance ? Dans certains milieux, on s’attendait à ce que l’émissaire de l’Onu rentre auprès de Ban-Ki Moon pour lui dire que « sans objet », parce que la guerre est finie à l’Est de la Rdc. Cette démarche s’imposait dans la mesure où la mission de Obasanjo en Rdc n’avait pas des sous-entendus. En effet, l’événement qui a bouleversé la donne à l’Est de la Rdc est intervenu au moment où, à Naïrobi où les délégués du gouvernement et du Cndp négociaient, on était loin du bout de tunnel. On négociait les préalables aux négociations. Sur quoi devrait-on négocier ? C’est le hic.
De la façon dont les choses tiraient en longueur face aux exigences du Cndp, on avait l’impression que l’issue de ces négociations n’était pas pour demain. Les deux parties revenaient sur la table des négociations lorsque la décision de la destitution de Laurent Nkundabatware de la tête du Cndp est intervenue.
Un retour étonnant
La nouvelle de la destitution de Laurent Nkundabatware a été suivie par celle de la fin de la guerre annoncée par le chef d’Etat-major du Cndp, Bosco Ntaganda avec le soutien du gros des officiers supérieurs de ce mouvement rebelle. Les anciens combattants du Cndp sont intégrés dans l’armée nationale. Le Rwanda et la Rdc se sont engagés dans l’opération de la traque des Fdlr.
Lorsqu’on apprend que l’émissaire de l’Onu, Olesegun Obasanjo est revenu en Rdc, on se pose beaucoup de questions. Le mercredi, l’ancien président nigérian a lâché le secret de son retour sur le sol congolais et particulièrement à Goma. Pour lui, les négociations de Naïrobi doivent reprendre.
Cette fois, a-t-il précisé, le gouvernement sera en face non seulement du Cndp, mais aussi des autres groupes armés. « Les négociations de Naïrobi vont reprendre pour déterminer ce qui sera fait après et comment le faire », a déclaré l’émissaire de l’Onu devant la presse à Goma.
Quelle opacité ! Qui a pris la décision de cette reprise des négociations ? Qu’est-ce qui doit être fait ? Suivant quel agenda ? Il faut peut-être remonter à l’origine de la médiation de Olesegun Obasanjo pour comprendre l’inopportunité de repartir à Naïrobi avec le même agenda.
En effet, si le secrétaire général de l’Onu était obligé d’envoyer un émissaire en Rdc, et que ce dernier avait obtenu du gouvernement congolais des négociations avec le mouvement rebelle le 8 décembre 2008, c’était pour chercher une solution à la guerre qui avait repris dans cette partie de la Rdc à partir du mois d’août 2008.
Amani et non Nairobi
Sauf si l’émissaire de l’Onu avait une autre idée derrière la tête, la guerre étant finie, les négociations de Naïrobi - à moins qu’elles aient changé d’objet - ne se justifient plus. Il est vrai que cette guerre avait des causes qui méritent d’être combattues afin d’éviter qu’elles produisent demain les mêmes effets. Mais c’est une question d’intérêt national.
C’est pour cette raison que le programme Amani, qui est en plus de la sécurité, un programme de développement à l’Est de la Rdc, a été mis en place. Le retour de Obasanjo peut comporter un danger certain pour la concorde nationale si l’on n’y prend garde.
A ce jour, les éléments du Cndp intégrés dans les Fardc doivent se comporter comme des soldats congolais soumis à la même discipline militaire. Ce serait malvenu d’apprendre qu’en dépit de leur présence au sein de l’armée nationale, il y aurait des négociations pour répondre à leur cahier de charges. La politisation de l’armée a fait trop de torts à ce pays qu’on doit se garder d’y revenir même de façon inconsciente.
Comment Obasanjo va-t-il engager des négociations à Naïrobi avec des groupes armés qui ont déjà décidé leur intégration dans l’armée nationale ? Comment, en tant que militaires, vont-ils y aller, pour défendre quoi ? Cela s’appelle entrer dans les détails. Or, le diable se cache dans les détails.
Négocier avec qui ?
Il n’est même pas question de dire que ce sont les politiques qui vont négocier à Naïrobi. On ne doit pas oublier que dans le cadre des groupes armés, le politique et le militaire se mêlent. La preuve, c’est que Nkundabatware, militaire, était la hiérarchie politique du mouvement.
On ne doit pas perdre de vue que s’il y a dénouement de la situation à l’Est de la Rdc, la décision n’est pas venue des politiques, mais des militaires. Abandonner les militaires pour poursuivre les négociations à Naïrobi avec les politiques, c’est un non sens. Relancer les négociations de Naïrobi, c’est replacer le dossier dans la logique de l’époque des hostilités.
C’est la même erreur qu’avait commise la Monuc, erreur dont la Rdc a beaucoup souffert. Arrivée au Congo à l’époque où les groupes rebelles avaient pour première revendication, la non légitimité du pouvoir en place, la Monuc a continué à évoluer dans cette logique même lorsque le pays s’est doté d’institutions démocratiques. La Monuc traitait le Cndp comme elle avait traité le Mlc, le Rcd et autres. Obasanjo a fait beaucoup pour la Rdc en peu de temps. Sa médiation a permis de mettre le gouvernement en face des rebelles, ce qui était considéré comme un sacrilège. Il a permis de briser la glace entre les deux parties. Cette ouverture a permis que les esprits évoluent.
L’ancien président nigérian n’a donc pas à rougir de la fin de la guerre en Rdc en ayant l’impression qu’on lui aurait enlevé le bifteck de la bouche. Au lieu de nous encombrer, de nous embarrasser avec d’autres négociations aux contours flous, il serait mieux de présenter son rapport à l’Onu et de rentrer à sa retraite.
Négocier jusque quand ?
La Rdc n’a pas que des négociations à faire. Après le sursaut de patriotisme qui a permis de mettre fin aux hostilités à l’Est du pays, la Rdc a beaucoup à faire pour rattraper le temps perdu dans des guerres inutiles. Si la communauté internationale par l’Onu veut l’aider, c’est dans la traque en vue du rapatriement des Fdlr.
Obasanjo n’entend pas s’arrêter à Naïrobi pour préconiser d’autres négociations cette fois sur le territoire congolais. « … nous devons accomplir nos objectifs et terminer notre mission de pacification », a déclaré Obasanjo. C’est tentant, les négociations sont un couteau à double tranchant. La Rdc a des institutions légitimes. Négocier en dehors de ce cadre était une exception. On ne doit pas en faire une tradition.
L’ancien président nigérian semble prendre une fausse route. On a bien l’impression qu’il trouve la motivation de sa volonté de continuer les négociations dans les dernières déclarations du Cndp qui, d’un côté accepte de se muer en parti politique, de l’autre, voudrait continuer à être l’interlocuteur du gouvernement dans la logique de groupe armé.
En effet, le 4 février dernier, les dirigeants du Cndp avaient annoncé la poursuite de leur combat « par des moyens purement politiques (...) dans le respect de la Constitution et des lois de la Rdc ». Quel est ce combat et quels sont les moyens politiques disponibles ? Sans aucun doute, les moyens politiques qui mettent tous les Congolais sur le même pied d’égalité et qui sont conformes à la Constitution, ce sont les élections.
Apparemment, le Cndp veut une chose et son contraire. Obasanjo ferait erreur de le suivre sur cette voie. Car, avait déclaré le Cndp : « La poursuite des négociations à Naïrobi entre le gouvernement et le Cndp constitue une exigence réciproque de bonne foi, exigence sans laquelle la présente déclaration n’aurait pas de sens manifeste ». Sincèrement, ce mouvement n’est pas encore sorti de la logique de mouvement rebelle. Kinshasa ne s’y laissera pas embarquer.
(CL/Ern./GW/Yes/PKF)
Joachim Diana G./L’Avenir