Les chevaliers de la plume, tant ceux du secteur national que ceux de la presse étrangère ont été conviés lundi 9 février 2009 par le ministre de la Communication et des Médias Lambert Mende au point de presse qu’il a tenu à leur intention. C’était, en cette occurrence, pour leur faire l’évaluation de la situation découlant du processus des opérations militaires conjointes congolo-rwandaises en cours dans la province du Nord-Kivu.
Homme des médias et communicateur par excellence, l’orateur du jour, qui maîtrise parfaitement son sujet n’a pas cherché à s’embarrasser des circonlocutions pour décrire clairement l’évaluation de la situation telle qu’elle se présente actuellement sur le terrain. A cet effet, il a livré à ses interlocuteurs toutes les précisions entourant ces opérations. Il s’agit, notamment, des acquits importants obtenus par la coalition militaire des deux pays dans la traque des forces négatives hutus rwandais écumant depuis plusieurs années dans les forêts du Nord et du Sud-Kivu.
Ces forces négatives hutus rwandaises sont composés, il n’est pas superfétatoire de le rappeler, des ex miliciens hutus Interahamwe, des ex- Far (Forces armées rwandaises), ainsi que des combattants des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), tous présumés coupables de participation au génocide rwandais en 1994.
Argumentant que l’on assiste présentement à une accélération inattendue au départ de cette opération : celle qui voit de nombreux éléments de ces forces résiduelles déposer volontairement leurs armes et présenter leur volonté de rentrer dans leur pays. Celle qui, à la suite de la cessation de la guerre annoncée par le CNDP de l’ex-général rebelle aux arrêts Laurent Nkunda, a mis toutes leurs positions militaires entre les mains des Forces armées régulières. Ce qui a rendu possible le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur ces portions des territoires de Masisi, de Rutshuru et de Walikale.
Du même coup, la fermeture des camps des réfugiés est intervenue, favorisant le retour dans leurs pénates des dizaines de milliers des personnes déplacées qui reprennent petit à petit leurs activités champêtres. Ainsi qu’a voulu le démontrer le ministre Mende aux hommes de médias, la paix est revenue dans ces contrées en proie depuis belle lurette à une insécurité récurrente grâce à l’obsession irréfragable pour la paix et la stabilité dans toute la région des Grands Lacs dont se nourrit le Président Joseph Kabila et son gouvernement.
Peu importe que ces résultats soient la conjugaison des efforts employés pour les atteindre. La fin ne justifie-t-elle pas les moyens, s’il faut se fier à cet adage populaire qui lui donne amplement raison aujourd’hui, au regard du pouvoir régalien que lui confère la légalité constitutionnelle sur laquelle s’appuie ce pouvoir ?
Les résultats, oui, seuls les résultats entrent en ligne de compte dans l’appréciation de la situation nouvelle créée par les opérations militaires conjointes menées à l’Est de la République, et toute autre considération procède simplement d’un procès d’intention dont il nous faut autopsier les symptômes et dénoncer les conséquences sur l’avenir de ce pays et celui des relations séculaires de bon voisinage qu’il doit entretenir avec tous ses voisins.
Car les députés qui se singularisent curieusement dans une démarche tendant à réunir les signatures nécessaires à la convocation urgente d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale pour débattre expressément de l’opportunité des opérations militaires conjointes en cours menées par les deux armées et pour condamner celles-ci au terme de débats passionnés et inutilement oiseux, doivent savoir que ce faisant, ils se mettent en travers de l’appréciation unanime par de larges couches de la population qui apprécie la justesse de la décision du Chef de l’Etat et de son gouvernement dans cette affaire ultra sensible qui éloigne de la République démocratique du Congo le spectre lancinant de la balkanisation que d’aucuns imputent dans le chef des idées fixes des dirigeants rwandais.
Maintenant que l’on associe ces mêmes dirigeants à participer activement à l’éradication des conditions qui leur ont donné jusqu’alors le prétexte de franchir la frontière pour envahir la Rdc, voici les hérauts de l’anti-patrie monter au créneau et chercher à brouiller les cartes du jeu à un moment où tout indique que la situation tend à se stabiliser sur tous les fronts.
Une démarche inconséquente
Quelle est précisément la donne de la situation ? De quoi retourne-t-il exactement ? A quelle fin logique devrait aboutir la démarche des pétitionnaires qui ont semble-t-il perdu le sommeil du fait des opérations militaires conjointes qui se déroulent actuellement au Nord-Kivu ?
Poser cette question, c’est ni plus ni moins avouer que ceux qui s’illustrent dans cette démarche font fi de l’évaluation de la situation telle que le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende l’a clairement expliquée lundi dans son point de presse.
Leur obstination à obtenir coûte que coûte la convocation d’une session extraordinaire procède de la morbidité de leurs intentions sous-jacentes à cette obstination. Car, à tout considérer, leur démarche insensée tend à ramener la situation présente à la case de départ. Dès lors, ne nous empêchons pas d’ôter la feuille de vigne dont les pétitionnaires recouvrent impudiquement la nudité de la motivation de leur démarche.
Au contraire, il importe que l’on démontre à l’évidence que cette démarche pose le postulat, de prime abord, le retour à la situation ante quo. Et, poursuivant cette logique, on ne peut envisager que le schéma ci-après : relaxation, purement et simplement de Laurent Nkunda en attendant que nos chers députés trouvent sous l’hémicycle la recette de Perlimpinpin qui saura remettre ce dernier à la disposition de la justice. Ainsi envisagée, cette perspective éliminerait ipso facto la problématique qu’aurait posée son extradition auprès des autorités de Kigali. Pure fiction, n’est-ce pas ?
Ensuite, toujours dans la foulée de cette démarche : congédiement des troupes rwandaises occupées dans ces opérations conjointes et, forcément, puisqu’il nous fait pousser jusqu’au bout la logique des députés pétitionnaires, retour des ex Far, Interahamwe et combattants des Fdlr dans les forêts des deux Kivu. Vive donc le retour de l’insécurité, que ressuscitent alors les velléités rwandaises d’appropriation d’une partie du territoire congolais.
Tout le monde sait que beaucoup de personnalités haut placées dans les arcanes du pouvoir à Kinshasa, tant au Parlement que dans les forces de sécurité tirent de prébendes colossales de cette insécurité chronique. En effet, on est maintenant en droit de penser que la présence de ces forces négatives dans ces contrées riches en ressources naturelles n’est pas fortuite. Elle ne peut qu’être encouragée par ceux-là qui tirent largement profit de cette présence, et qui s’agitent pour que l’on revienne au statu quo ante, en attendant qu’on en débatte sous l’hémicycle.
A tout considérer, ainsi décrite, cette logique qui définit la démarche des députés pétitionnaires doit être vouée aux pires gémonies, parce elle est porteuse d’une congruecence qui contraste avec les faits contre lesquels ils s’insurgent et contre lesquels ils vont en guerre, à la manière de don Quichotte, sans réellement être en mesure de redresser les torts que causent les forces négatives hutus en territoire contre les paisibles populations congolaises.
Qui sont-elles ces forces négatives hutus rwandaises, sinon, comme l’a si bien souligné Lambert Mende dans sa prestation radio-télévisée de lundi dernier, des soldats étrangers en divagation et en armes sur le sol congolais qui leur a accordée une hospitalité dont ils devraient plutôt se montrer reconnaissants ? Puis qu’ils ne l’ont pas compris dans ce sens, le gouvernement de la République a entrepris ce processus militaire conjoint dont la finalité est de les désarmer, de gré ou de force, et de les rapatrier dans leur mère-patrie.
Pour revenir aux auteurs de la pétition dont question, il importe de dire qu’au regard des méfaits que ces forces négatives commettent contre nos paisibles et innocentes populations, la démarche en question aide l’opinion à comprendre de quelle manière une frange du monde politique congolais se donne à livrer la part de l’essence mythomanique dont elle est composée. Il n’y a que, pour s’en convaincre, se référer à la projection sur l’écran des réflexions des propriétés d’un type de conduites dont les auteurs de cette pétition font étalage.
La tonalité rageuse, agressive, le raptus émotif dont ils enveloppent leur thèse pour séduire l’opinion sinon pour l’abuser et l’emmener à adhérer à leurs vues suicidaires et anti-patriotiques, l’amplification théâtrale de leurs discours ne sont pas à traiter en faux frais stylistiques, ni en simples résidus biographiques d’un travail de deuil mal imaginé.
Nenni. Ils nous offrent plutôt comme une occasion de déraciner dans leur comportement et dans leur logomachie les résidus de leur mythomanie pour les rendre à leurs racines primitives, qui ne sont pas à chercher - ce serait une erreur d’appréciation de le croire - dans la platitude de la violation de la Constitution qu’ils mettent en évidence de la justification de la motivation de leur démarche, mais plutôt dans le champ calorifère de leur passions, de leur boulimie à chercher noise au pouvoir en place et de leur imaginaire et, en fin de compte, de leur imaginaire.
Ainsi, il est aisé d’affirmer - et tout le laisse percevoir - que l’objectif véridique de cette démarche dissimule mal le syndrome de cette mythomanie dénoncée.
Ils prétendent vouloir ramener la paix et la sécurité dans les deux Kivu sans vouloir prôner en même temps le retour d’une ère de coexistence pacifique dans toute la Région des Grands Lacs. En se réfugiant derrière les prescrits de la Constitution pour décrier le processus de pacification et de stabilisation en cours, ils feignent d’ignorer que ces mêmes prescrits de la loi fondamentale de notre pays confèrent au Président de la République la qualité de garant de la Nation. Et que, à ce titre, l’action en cours d’exécution sous la forme d’opérations militaires conjointes entre les FARDC et des éléments de l’armée rwandaise proviennent d’un des segments des attributions relevant du pouvoir régalien reconnu au Chef de l’Etat.
En tout état de cause, il faut reconnaître aux pétitionnaires d’être devenus oublieux de l’adage qui veut que la fin justifie les moyens, contrairement à Joseph Kabila qui, obsédé par l’idéal de ramener la paix non seulement dans les deux Kivu et dans la Province Orientale insécurisée elle aussi par la présence des milices ougandaises du chef rebelle Joseph Konyi n’entend nullement reculer devant les exigences qu’imposent cette situation. La réussite de la matérialisation de son plan dit des 5 chantiers est illusoire sans une paix durable non seulement à l’intérieur de son pays mais également aux frontières avec ses voisins immédiats que sont le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda en particuliers.
Que nous sachions, Joseph Kabila n’est pas atteint d’un collapsus ni non plus d’une quelconque cécité intellectuelle pour ignorer qu’en son état actuel, son armée - devrions-nous le craindre - ne sera pas en mesure avant longtemps de venir à bout des forces négatives hutus qui écument dans les forêts kivutiennes, violant nos femmes et nos filles, et soumettant les populations locales aux pires avanies. Le temps presse.
Le recours aux troupes rwandaises voisines est, assurément, un moindre mal. Personne de bien sensée qui veut réellement la paix, la sécurité et la stabilité dans ce pays et à ses frontières ne peut, sous peine de souhaiter la permanence et l’institutionnalisation du désordre dans ce pays condamner d’emblée la décision prise par le Chef de l’Etat en ce sens. Le temps passe inexorablement, et le pays a plus que jamais besoin de paix, et rapidement.
Honni soit qui mal en pense.
(CL/Yes/PKF)
MMC