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Le reniement dans les rangs politiques est un phénomène malheureux qu’on ne finira pas de déplorer dans les sociétés humaines, raison de ne point s’en délecter et de tout mettre en œuvre pour l’éviter comme dans le cas de l’actuelle et indéniable affaire Kamerhe

Quelle est cette fatalité congolaise qui fait que le pays des Kasa-Vubu, Lumumba, Tshombé, Bolikango, Sendwe, Mobutu, Mulele, Tshisekedi, Mzee Laurent-Désiré, Joseph Kabila et consorts, soit toujours livré dans un cycle infernal de chocs frontaux de ses dirigeants, jusqu’à les vouer successivement à leur propre perte, et par effet d’entraînement, au fourvoiement continuel du décollage tout le temps hypothéqué de cette Nation ?

L’histoire semble tenir à se répéter inexorablement en RDC sans qu’elle instruise ses filles et fils continuellement distraits à tirer les leçons des expériences du passé pour en révoquer à tout jamais les démons déstabilisateurs. Ailleurs la répétition de l’histoire édifie les peuples qui se déterminent alors à éviter les regrettables erreurs commises auparavant. Cela ne semble pas le cas pour la RDC avec ses leaders on eût dit limités à se complaire à récidiver les néfastes conduites de leurs prédécesseurs comme des chœurs exécutant fidèlement des partitions de musique apprises, à la manière des perroquets rabâchent les sons écoutés.

L’histoire des chocs au sommet de l’Etat est devenue une sorte de légende congolaise. Qui eût cru au tout début de l’ère de l’indépendance, par exemple, que les deux principaux leaders en vue de l’époque pouvaient en arriver à se brouiller jusqu’à leur perte ? Le tout premier président de la République et le tout premier Premier ministre n’avaient-ils pas été des solidaires patriotes de la lutte de l’indépendance, en dépit de leurs opinions politiques pas toujours concordantes ? Quel succès n’avaient-ils pas emporté dans la cohésion ? Et alors quel échec n’ont-ils pas subi dans le désaccord ?

Espace d’un matin !

Les observateurs avisés de cette époque rapportent que pour tenir la Table-ronde de Bruxelles, Kasa-Vubu avait pesé de son poids sur le cartel des politiciens partis négocier à la métropole de l’administration coloniale le transfert de pouvoir aux autochtones congolais, en exigeant la présence préalable parmi eux de leur compagnon Lumumba, alors que celui-ci était emprisonné par l’administration coloniale. Le pouvoir colonial céda et Lumumba prendra sa place à ces décisives assises où il brilla d’un tel éclat que son auréole détermina le processus du cheminement vers l’indépendance.

Les circonstances ont par la suite fait que le duo Kasa-Vubu et Lumumba trôna au sommet à la proclamation de l’indépendance. Il était, semble-t-il, remarqué que chacun d’eux deux sentait le besoin de la doublure de l’autre. Et cela malgré leurs caractères différents. Leur lune de miel ne dura hélas, comme le dit le poète, que le temps que durent les roses, « l’espace d’un matin ». Les deux personnalités ne surent pas maîtriser leurs élans émotionnels, et une brouille vite attisée par leurs redoutables adversaires eut rapidement raison de leur rapprochement.

Plusieurs témoins de leurs fougueux rapports ont indiqué qu’au fond d’eux-mêmes, ni Kasa-Vubu ni Lumumba ne croyait que l’autre pouvait le trahir. Même à la veille de la redoutée discorde qui les éloigna définitivement l’un de l’autre, des proches de Lumumba révèlent que ce dernier était resté convaincu que Kasa-Vubu ne pouvait jamais lui vouloir du mal, jusqu’à ourdir sa mort. Il y a un fait significatif qui pouvait l’attester. Il semble que Kasa-Vubu n’avait cherché qu’à épargner Lumumba de ses redoutables ennemis quand il avait accepté de le faire emprisonner à Thysville d’alors, aujourd’hui Mbanza-Ngungu.

C’était sans compter avec ceux qui avaient signé la perte du Premier ministre Lumumba et qui en vinrent à extraire le précieux prisonnier en usant des plus malicieux subterfuges pour l’engager dans les folles tribulations du fatal chemin de croix de l’atroce mort que Lumumba avait subie. Et le Congo bascula dans la crise dont les séquelles n’ont pas totalement disparu de nos jours encore.

Cafouillage

La suite de cette histoire démontra que le survivant du duo s’était aussitôt compliqué la vie, de même que le destin du pays aussi. Une deuxième chance lui sera offerte trois années plus tard avec une nouvelle et providentielle cohabitation en duo cette fois avec l’autre figure de proue de l’époque : Moïse Tshombé. Encore une fois le temps des cerises certes plus long que celui des roses esquissa une accalmie qui pouvait servir un deuxième élan au pays. Mais les mêmes causes engendrant les mêmes effets, les coriaces et récidivistes tireurs des ficelles embrouillèrent à nouveau les cartes, et le duo Kasa-Vubu -Tshombé vola lui aussi en éclat ! Le Congo s’enfonça de plus belle dans sa perte.

Le cafouillage servit au sursaut de Mobutu qui réduisit progressivement au silence les protagonistes perdus à jamais. Il sera alors laissé le loisir au nouvel homme fort de mettra le terme à l’expérience de l’alternance jamais réussie du reste des duos au sommet de l’Etat. Comme c’est la légende nationale qui semble en en prédestiner le cours, même Mobutu avait tout de même suivi un moment donné l’inévitable dualisme au sommet de l’Etat. Au départ comme à la fin de son règne, en effet, Mobutu avait, sinon à ses côtés, du moins dans son ombre, un deuxième larron avéré respectivement dans les personnalités du Premier ministre Léonard Mulamba et loin plus tard de son pair Etienne Tshisekedi.

Mobutu très fin politique s’est débarrassé tour à tour de chacun de ses alter ego qui pouvaient constituer avec lui des duos providentiels et bénéfiques pour le pays. Qu’est-ce que Mobutu n’a-t-il pas réussi avec Mulamba au moment de leur entente ? De même qu’avec Tshisekedi – on peut s’en souvenir – quand ils créèrent ensemble le parti MPR ? Mais dès que le démon de la discorde les envoûta, quel désastre n’est-il pas survenu entre eux et pour le pays ?

Mobutu règnera par la suite avec le sceptre de fer en faisant croire à l’efficacité de la fausse légende de « l’homme seul » détenant toutes les rennes du pouvoir. Le contexte international de l’époque lui fut sans doute d’un concours favorable, mais c’était sans compter avec les revers de l’histoire. Subitement l’ordre des affaires du monde chavira et proscrivit les dictatures. C’est ce vent avait fini par emporter Mobutu. Le survivant Tshisekedi déplorera la chance perdue de son duo raté avec Mobutu. Même quand il forcera trop tard de renouer les liens d’antan en accommoder en dernière minute d’un Mobutu malade et visiblement fini. C’était trop tard : une face de la monnaie ne disparaît pas sans entraîner l’autre.

Coup de maître de conduite d’une transition orageuse

Le cas de l’avènement de feu Mzee Laurent-Désiré Kabila est exceptionnel puisque ce dernier n’eût que le temps de poser les jalons d’une nouvelle expérience de normalisation de l’Etat. Même dans son cas, le terrible temps de l’espace d’un matin lui fut appliqué sans lui permettre d’entamer vraiment le changement qu’il a paru apporter.

Et voici qu’est venu le temps du président Joseph Kabila qui réussira le coup de maître de conduire une transition orageuse, certes, mais que, grâce à sa dextérité, il avait fini par bien maîtriser pour réussir de remettre le pays dans l’ornière d’un décisif décollage. Personne ne reniera le rôle capital qu’a joué à ses côtés son collaborateur Vital Kamerhe dans cette nouvelle marche du pays. Personne aussi n’a cru que les deux hommes qui ont réussi de remarquables exploits ensemble pouvaient ne plus s’entendre. Tout au moins bon nombre de Congolais demeurent convaincus de l’efficacité de leur duo. Il n’y a pas que le succès des élections qui l’atteste, mais beaucoup d’autres faits sans doute fort peu connus du grand public.

Il n’était même pas mal perçu de ce public la propulsion que Kamerhe a connu au sommet des grandes institutions de l’Etat. L’homme qui avait insufflé un rayonnement nouveau au parti initié par le président Joseph Kabila, le PPRD, méritait la récompense de sa désignation dans ces organes du pouvoir, notamment à la présidence de l’Assemblée nationale. Même la perspective de sa propulsion à la tête du gouvernement ne choquait pas le public, bien que cette situation ait créé une chaude controverse au sein de la classe politique.

Ceux que le positionnement de Kamerhe n’arrange pas ne peuvent sans doute pas digérer son succès. Rien d’anormal, dès lors, que l’occasion des maladresses inhérentes à toute vie et à toute personne humaine ait été exploitées dans le contexte des rivalités politiques, pour torpiller le rapprochement Kabila-Kamerhe qui n’a pourtant jamais nui à personne, encore moins au pays.

Les causes de brouille ont vite été relevées. Des propos équivoques de Kamerhe sur des sujets délicats lui valent de rapides critiques du sérail sécrétant la méfiance entre lui et le président de la République. Après les propos mal perçus au journal Jeune Afrique, l’avis à chaud émis par Kamerhe, ci-devant président de l’Assemblée nationale, sur la nouvelle donne de la crise à l’Est du pays, fit rebondir les suspicions à son endroit.

L’institution Assemblée nationale s’en est mêlée avec la drôle de fronde qui y sourd. Tout est si subtil que serait bien malin qui peut démontrer que cette manœuvre parlementaire est commanditée par, pour ou contre Kamerhe. Cela doit embarrasser tout le monde. Ceux qui lui en veulent comme ceux qui le soutiennent sans savoir comment s’y prendre face à tant de subtilités à ménager.

Fatidique histoire éternelle répétition !

Il y a à constater cette indéniable délicate situation qui ne peut qu’amener à éloigner Kamerhe de l’homme qu’il a certainement le mieux servi dans sa carrière et en qui celle-ci s’est collée pour le meilleur et pour le pire. Si leur duo n’a pas été pareil à ceux des personnalités congolaises des sommités de l’Etat dans le passé, il n’empêche qu’il a mêmement éclaté au grand jour. De sorte que le public n’est pas contredit dans sa conviction que le duo Kabila-Kamerhe, s’il vient à s’effriter comme peau de chagrin, cela les desservirait l’un et l’autre. D’où la crainte déplorée par bon nombre de proches des deux hommes que le pays rate encore la chance d’être servi par deux leaders que le destin semble avoir condamnés à s’entendre.

Faut-il rappeler les méfaits du genre de rupture qui s’esquisse à nouveau au sommet de l’Etat à travers la menace de choc frontal entre les meilleurs serviteurs de la Nation de l’heure ? Est-ce que les cas des duo Kasa-Vubu et Lumumba, Kasa-Vubu et Tshombé, Mobutu et Mulamba, Mobutu et Tshisekedi n’ont pas suffisamment édifié les Congolais pour qu’ils sentent la nécessité de con jurer les pièges du genre de fatal reniement que certains chatouillent de faire répéter ? N’est-ce pas par prévention que la sagesse du dicton « L’histoire est une éternelle répétition » est ressassée pour l’édification des peuples ?

(DN/Yes)

Daniel Nzuzi/MMC



Last edited: 13/02/2009 12:53:15

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