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L’exploitation de l’or dans les mines de Minembwe rassemble autour de cette activité les communautés tribales qui s’opposaient encore tout récemment dans les conflits déplorés jusqu’ici. Désormais ces ex-frères ennemis retrouvent un motif d’unité et de partage.

Des creuseurs artisanaux de toutes les tribus du Sud-Kivu, y compris les Banyamulenge, longtemps montrés du doigt, exploitent ensemble l’or des mines de Minembwe. Leur bonne entente et leur solidarité cimentent la réconciliation de tous dans la région.

En cette journée de fin 2008, il fait très froid sur les hauts plateaux de Minembwe, contrée à près de 400 km au sud de Bukavu. A dix heures du matin, on y grelotte malgré le soleil. Dans les petits sentiers et pistes qui mènent à la rivière Minembwe, les gens qui y exploitent l’or discutent chemin faisant en kiswahili, en kinyamulenge, parfois en kibembe, en mashi, en kirega... Signe de la cohabitation de ces groupes, qui se regardaient jusqu’à présent en chiens de faïence, dans ces plateaux perdus du Sud-Kivu.

Nombre de ces creuseurs artisanaux viennent des autres zones aurifères de la province, attirés par la facilité d’extraction de l’or à Minembwe. « On n’a pas à aller au-delà de 2 mètres pour le trouver », confirme Sosthène, tenancier d’un des deux « hôtels » de la ville. « Nous les logeons et vivons en harmonie sous le même toit en attendant qui se trouvent un peu de moyens pour se construire une case » confie-t-il.

« Nous partageons tout »

« L’arrivée des amis d’autres groupes ethniques dans cette exploitation artisanale cimente davantage les liens entre nous »,    constate, agréablement surpris, Delphin Habarugira, un Munyamulenge (Congolais rwandophone), apprenti mineur. Il s’étonne même que les autres creuseurs partagent leurs connaissances avec les nouveaux comme lui. « Ils nous apprennent aussi à exploiter, car ils ont déjà une expérience dans les mines de Mwenga, Shabunda, Mushinga (d’autres mines du Sud-Kivu, ndlr). « Dans ces mines, nous partageons tout: le manger, le boire et même le gain équitablement », s’émerveille Gakwaya Gahima, un autre Munyamulenge.

Avant les guerres, les Banyamulenge vivaient presque en harmonie avec les autres groupes de la région. « A l’époque, l’enclavement, le climat et l’état des routes ne permettaient pas à beaucoup de s’y rendre. Minembwe était considéré comme un espace invivable, bon seulement pour le bétail », se rappelle Elisée Rusanzura, administrateur de l’hôpital de Minembwe.

Et puis vinrent les conflits. Les Banyamulenge ont été pointés du doigt comme complice des Rwandais lors du déclenchement de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), le 2 août 1998. Cette zone est devenue très politisée et tribalisée ; la division, l’exclusion se sont installées durant ces moments troubles. II a fallu le dialogue inter congolais de Sun City, en Afrique du Sud, en 2003 pour que la cohabitation reprenne. Il y a peu encore, les Banyamulenge pouvaient difficilement aller s’approvisionner dans les centres d’Uvira et de Baraka. Aujourd’hui, ce sont les gens de ces agglomérations qui montent vers eux. Ils vivent ensemble sans problèmes, déclare l’administrateur de l’hôpital. L’or contribue pour beaucoup au retour de la paix et de la bonne entente entre Bembe, Nyindu, Bangu Bangu, Shi, Lega, Fuliro, Banyamulenge... communautés dont les rapports s’étaient détériorés pour des raisons que les uns et les autres ont aujourd’hui du mal à expliquer.

Cohabitation pacifique

Cette cohabitation pacifique se retrouve désormais dans d’autres activités. Les petits commerces sont tenus par les Bashi, arrivés récemment dans la région, de même qu’ils sont nombreux dans l’enseignement. Ils sont aussi bergers, cultivateurs. « Nous ne nous plaignons pas trop parce que nous gagnons notre vie ensemble avec ceux qui nous ont accueillis (les Banyamulenge, ndlr)., reconnaît Patient Murhula, qui habite Minembwe depuis sept ans, marié et père de trois enfants.

La visite des quelques boutiques est révélatrice de cette harmonie, Kiosque hapa njoo kwetu, « C’est ici chez nous », Kariburafikina ndugu, « Bienvenue amis et frères », Ka niene mba kuno ?, « Suis-je seul ici ? Sont des noms qui ne trompent pas. La convivialité est de mise ici, malgré la méfiance de quelques extrémistes qui attisent les haines tribales en ressassant toujours le passé douloureux. Désormais, les barrières sont tombées. « Il faut que le politique y travaille aussi », souhaite Elisée Ruzanzura.

(Milor/CL/GW/PKF)


Baudy Aiuma/Le Palmarès



Last edited: 10/02/2009 15:39:53

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