Plus qu’une partie touristique, la délégation d’exilés cabindais qui viennent de visiter ce territoire à l’invitation des autorités provinciales ont eu l’occasion de toucher le fond du problème de leur patelin aujourd’hui à la croisée des chemins de son destin sous administration angolaise
Le gouverneur de la province angolaise de Cabinda, M. José Hannibal Rocha, a offert une précieuse occasion au groupe d’exilés cabindais invités à visiter ce territoire de découvrir les réalités du patelin qu’ils avaient abandonné à cause la longue guerre de libération. Après que le chef de l’administration de Cabinda ait reçu et expliqué à ses hôtes l’intérêt qu’il y avait à oublier le passé et ses frustrations, pour s’adapter à la nouvelle situation du décollage de la reconstruction, les concernés ont entamé la ronde des coins et recoins de ce territoire.
Hormis le vétéran leader politique Antonio Sozinho à la tête de la délégation, ainsi que deux ou trois autres compagnons de voyage qui avaient passé leur enfance au Cabinda avant la fuite en exil en République démocratique il y a trois décennies ou plus, la grande majorité des membres du groupe ne connaissent rien de leur patelin. C’est pourquoi ils étaient tous émerveillés non seulement pour l’accueil chaleureux qui leur était réservé, alors qu’on leur avait continuellement rabattu les oreilles sur les méfaits et autres mauvais traitements imputés aux cadres administratifs angolais sur les natifs cabindais, mais aussi par les réalités tout autres qu’ils découvraient.
Effusions mystiques !
Une grande émotion étreignait chaque fois les personnes qui avaient quitté le Cabinda en revoyant les membres de famille et l’environnement totalement transformé qu’ils avaient abandonné. Un ancien combattant de la cause indépendantiste en la personne de M. Pedro Tshyanga, par exemple s’est jeté à terre à plusieurs reprises pour embrasser le sol en signe de renouement de liens sacrés de contact des traces des ancêtres. Il le fit aussitôt après avoir franchi la frontière au poste de Yema entre la RDCet le Cabinda, de même que plus tard à l’étape de visite du centre de Necuto, son ancienne cité.
Pedro Tshyanga vivra un troisième moment pathétique quand il retrouva sa vieille mère nageant aujourd’hui dans la quatre-vingtaine d’âge, alors qu’il s’en était séparé il y a plus de 35 ans. Toujours à cause de la guerre ! Entendre, dans ces retrouvailles entre la vieille mère et le fils vieillissant déjà lui aussi, la première clamer toute en pleurs la joie de revoir son enfant avant de s’en retourner dans le royaume des ancêtres, et le second jurer de rester aux côtés de celle qui le porta dans son sein afin de lui adoucir les derniers jours de sa vie, il n’y a pas de spectacle aussi saisissant à interloquer et fendre le cœur des témoins.
M. Pedro Tshyanga n’était pas seul à céder à cette effusion mystique. Lui a emboîté le pas un autre compagnon, M. Damiao, exilé aussi ayant passé, lui, le clair de sa vie dans des activités commerciales anéanties à Kinshasa, avant de se lancer depuis peu dans l’action politique en visant de se faire prévaloir dans le Cabinda de demain. M. Damiao s’est aussi prosterné à terre à l’étape de la cité de Belize, l’ancien centre proche de son village natal où il passa son enfance avant de fuir également en RDC il y a une trentaine d’années.
La douzaine d’autres compagnons membres de la délégation sont nés en exil et ne connaissent pas grand’ chose de leur Cabinda. Ceux qui ont pu contacter des proches parents ont sans doute appris un peu d’histoire de famille, mais le contact de la visite leur a ouvert les yeux sur les réalités qu’on leur rapportait.
Ronde exploratoire plus que touristique
La délégation a entamé le programme de visite proprement dite du Cabida profond sous la conduite du Vice-gouverneur de province Macario Ramâo Lembe en personne. Le premier jour le cortège s’est dirigé vers Belize, Buco-Zau et Miconje. Le premier constat que le groupe a unanimement établi est la fraîche réhabilitation du tronçon routier au sortir de la « Cidado » de Cabinda et pénétrant dans la forêt dite du Mayombe côté Cabinda. Un des officiels en la personne de M. André Kuango, membre du FCD et de la Commission conjointe gouvernorat –FCD tout en assumant la coordination de ce Forum cabindais pour le dialogue au Cabinda, indiquera à la délégation que la réhabilitation de ces tronçons n’a pu être rendu possible que depuis deux ans à la faveur du climat de confiance rétabli avec la signature de l’accord reconnaissant le statut spécial du Cabinda par le gouvernement angolais.
Encore une fois le groupe d’exilés cabindais venus de Kinshasa avec à sa tête le vétéran leader politique de première heure Antonio Sozinho se rendait à l’évidence que les choses évoluaient très positivement dans leur province. Le long du parcours défilaient des villages paisibles où les populations vaquaient le plus tranquillement du monde à leurs occupations, sans qu’on puisse remarquer dans leurs visages des traumatismes des séquelles de guerre.
De temps en temps se remarquaient aussi de rustiques campements militaires sans grande présence de soldats. Il s’agit, expliquait-on le plus naturellement du monde, de postes militaires pour veiller au maintien de la sécurité. Parce que plus on s’enfonçait dans les profondeurs du territoire de la province, on pouvait avoir affaire aux dernières bandes des donnés pour extrémistes de l’insurrection indépendantiste qui prenaient parfois le risque de se livrer à de téméraires attaques. Des actions de pure banditisme que l’on relaye parfois à l’extérieur avec grossissements en attaques du mouvement FLEC-FAC (Front de libération de l’enclave du cabinda – Forces armées de Cabinda) dont le leader Nzita poursuit son exil en France où il séjourne depuis plus de vingt ans maintenant.
A chaque village se remarquait un bâtiment scolaire de l’enseignement du premier degré. Finalement le style uniforme de ces bâtisses ne prêtait plus de confusion pour les reconnaître au premier coup d’œil. C’est dire, expliquait-on encore, que le gouvernement provincial avait engagé un vaste programme de construction d’écoles pour vite réorganiser l’enseignement qui était pratiquement délaissée pendant toutes les années de guerre, avec pour conséquence un indéniable désastre de la scolarisation de la population. Surtout dans les zones jadis infestés par les indépendantistes multipliant les attaques des positions militaires et de l’administration.
Comme l’année scolaire n’avait pas encore débuté au moment du passage de la délégation des exilés venus de Kinshasa, il était difficile de remarquer l’afflux d’élèves dans les établissements. On ne pouvait toutefois pas renier l’effort déployé dans ce secteur au vu de la multitude d’écoles érigées un peu partout alors que la population qu’on remarquait dans les localités parcourues n’accusait pas de surnombre à même de faire douter de la fiabilité d’une nette intensification de la scolarisation pour rattraper le temps perdu.
A côté de l’enseignement, l’autre secteur dont on remarquait aussi le gros effort de mise en valeur est celui de la santé à travers les constructions tout aussi importantes d’hôpitaux pratiquement dans tous les grands centres. A Buco-Zau, Belize et Necuto notamment, le gouvernement provincial a soit retapé et relevé les hôpitaux existants, soit construit carrément de véritables complexes médicaux dotés d’équipements modernes, même si le personnel traitant ne correspond pas encore à l’ampleur de l’activité médicale à mener. Cette face à carence de médecins que le gouvernement provincial a été amené à faire appel à des médecins coréens logés dans des maisons bien équipées. Comme les soins médicaux sont gratuits, la population est bien servie pour ses soins même dans les profondeurs du territoire de la province.
Un secteur non oublié est celui des loisirs et du tourisme. Grande a été l’heureuse surprise pour la délégation de découvrir qu’un site aussi éloigné de la « Cidado » que le centre de Buco-Zau ait été doté d’un moderne complexe sportif comprenant un stade de football avec gazon synthétique et terrain de hand-ball et basket-ball digne de servir à des compétitions internationales. Ce stadium a été inauguré par le gouverneur de province José Hannibal Rocha en personne à la fête anniversaire de l’indépendance de l’Angola le 11 novembre 2008.
A Necuto, un site touristique est en voie d’aménagement en pleine forêt dans un cadre paradisiaque. On imagine cette future station touristique pleine d’attraction à la simple vue du choix de son emplacement. Il est promis le finissage dans deux ans déjà des travaux de construction en cours depuis peu de l’hôtel de luxe de la place avec extension de bungalows pour séjours intimes.
La détermination du gouvernement provincial de Cabinda à changer la situation apparaît indéniable à travers toutes ces actions. Mais l’action la plus éclatante menée est assurément la volonté remarquée des responsables administratives de faire réellement décoller la province. Cela a été constaté chez les administrateurs des territoires de Belize et de Buco-Zau qui ont accueilli la délégation avec beaucoup de marques d’attention.
Toute une cérémonie d’accueil était effectivement organisée à chacune de ces deux étapes. A Belize, une séance de travail a eu lieu entre l’administrateur et les hôtes conduits auprès de lui par le vice-gouverneur et sa suite. L’échange a tourné autour de l’explication des développements de la situation sur le territoire, occasion pour les deux parties d’aboutir au constat de la nécessité pour tous les Cabindais de s’impliquer dans le processus en cours de pacification et de reconstruction du territoire.
Expansive dame Dona Marta !
L’administrateur du territoire tout comme le chef de la délégation venue de Kinshasa, en l’occurrence M. Antonio Sozinho, ont conclu que le temps est réellement venu d’oublier le temps passé de l’opposition armée contre le pouvoir central à Luanda, parce qu’il est devenu impossible de gagner une guerre de libération contre l’Angola devenue une puissance régionale indéniable et qui n’a aucun intérêt immédiat à accéder aux velléités de revendications indépendantistes des Cabindais totalement isolés et non soutenus dans cette voie par quelque état ce soit dans le monde.
Ce discours a prévalu particulièrement aux étapes de Buco-Zau et de Necuto où une dame forte en la personne de l’administrateur Dona Martha a ébloui ses hôtes par l’accueil exceptionnel qu’elle organisé à leur passage chez elle. Dona Marta était toute expansive pour exprimer sa joie de recevoir la délégation à qui elle a transmis un chaud appel au retour au pays. Elle s’est adressée en toute sollicitude presque maternelle pour inviter tous les frères et sœurs cabindais de la diaspora à s’impliquer dans le processus actuel évitant de s’en tenir aux frustrations passées, parce qu’il y a risque de rater le train du développement déjà en marche. Les transformations déjà en cours et que chaque membre de la délégation ne pouvait dénier de constater en disent long. C’est presque par une supplication de prière que la dame insistera sur la nécessité de cette implication.
Sensibilité féminine oblige, Dona Marta est allé jusqu’à des gestes traduisant l’affection appelée de tous les vœux entre tous les cabindais. Une cérémonie de réception presque intime a été organisée à cet effet autour d’un chaleureux cocktail servi affectueusement. On a trinqué ensemble les verres de vin à la grande satisfaction de tout le monde à l’inoubliable soirée de ces retrouvailles. Dona Marta a même remis un cadeau à tous les membres de la délégation et les responsables gouvernementaux qui les accompagnaient. Il s’est agi d’un merveilleux sachet contenant des tee-shirts et képis avec motif du totem local, l’éléphant dont la statue constitue l’emblème décoratif du stadium de football érigé à Buco-Zau. Il semble, révèlera Dona Marta, que la luxuriante forêt de la contrée serait encore peuplé d’éléphants dont Buco-Zau tirerait une légitime fierté.
Les surprises de la visite du Cabinda profond n’étaient pas limitées à Belize et Buco-Zau, mais aussi et surtout à Necuto, l’ancien véritable bastion des farouches indépendantistes du Flec-Fac qui avaient longtemps érigé la base de leur maquis dans les parages de cet ancien centre commercial que raffolaient les colonisateurs portugais. Accéder à ce repaire du Flec-Fac attisait à la fois espoir et crainte. On redoutait encore sous peu les attaques sporadiques des derniers coriaces combattants du Flec-Fac que l’armée angolaise a eu à déloger, en les contraignant à se retrancher en territoire congolais non loin de la frontière du Cabinda.
La délégation a découvert Necuto toute transformée aussi. Les constructions les plus spectaculaires érigées à ce centre et qui en changent tout l’aspect sont le complexe de l’hôpital moderne qui vient d’y être construit, de même que son centre de formation professionnelle qui assure le rattrapage scolaire d’une bonne frange des couches de populations totalement arriérées sur le plan scolaire.
Plaidoirie pour le FCD
Une autre cérémonie d’accueil avec un grand moment d’échange politique a été organisée à Necuto. L’administrateur Dona Marta visiblement soucieuse d’accompagner l’édification de la diaspora cabindaise sur les nouvelles réalités de la province avait tenu à être présente à cet accueil. Les notabilités de l’administration locale dont la plupart sont des anciens combattants indépendantistes ont partagé les conseils aussi bien du vice-gouverneur Macario Ramâo Lembe, de Dona Marta et du vétéran leader Sozinho sur la décisive option à prendre de s’impliquer dans le processus de pacification et reconstruction en cours.
Tous les trois intervenants à la cérémonie introduits par le responsable politico-administratif local ont prodigué de sages conseils pour révoquer la vanité de la lutte armée sans issue pour changer de stratégie et sauver le Cabinda de la perdition. M. Sozinho développa le plus grand discours et fut le plus écouté dans un silence presque religieux, surtout quand il évoquait les premières heures de la lutte de libération menée avec Nzita considéré comme le leader charismatique du coin.
Le vétéran Sozinho démontra à l’assistance au regard de l’expérience vécue de la lutte qui n’avait pas abouti à l’objectif visé de la libération du Cabinda, que le temps était venu de réunir désormais sans complexe tous les Cabindais pour tirer profit de l’opportunité de l’attention actuelle du gouvernement angolais acceptant de consentir un statut spécial à leur province. Il n’y avait pas meilleur plaidoirie de la démarche des initiateurs et continuateurs du forum des cabindais pour le dialogue (FCD). Le jour suivant, un entretien capital sera organisé entre la délégation et le principal pilote du FCD, M. Bento.
C’est dans cette ambiance qui a laissé une impression indicible de profonde intériorisation de l’enjeu de l’émancipation du Cabinda que la délégation repartira de Necuto. Le silence entre les membres de cette délégation et leurs guides, d’un côté, et les hôtes de l’ancien bastion du Flec-Fac de l’autre était lourd e signification sans doute de la profonde compréhension des uns et des autres. La visite à cette étape sera bouclée par un tour rapide à une autre extrémité du territoire de Cabinda, le centre de Massabi à la frontière avec le Congo-Brazzaville où l’on découvrira d’abord l’excellente route d’accès y aménagée et sa cité beaucoup plus détendue que Necuto, ce qui se remarque par la florissante activité économique qui se déploie à ce poste frontalier par lequel sont importés d’importants produits du Cabinda passant par Pointe-Noire. (A suivre)
(DN/Yes)
Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 09/02/2009 21:10:44