Ayant profité d’un concours de circonstances, les musiciens congolais ont trouvé le moyen de contourner leur irresponsabilité. Chaque fois qu’un musicien tombe malade, cela devient une affaire nationale.


Le cas de l’état de santé Al Patchino ne vient qu’allonger la liste des nécessiteux qui entendent vivre aux mamelles de l’Etat congolais, se confondant avec des officiels sur la liste des ayant- droit. Ce qui ne manque pas de choquer bon nombre d’observateurs où plusieurs autorités congolaises considèrent comme un droit l’assistance à apporter à un musicien malade.

Au nom de quoi les cas des musiciens doivent-ils constituer une priorité pour le Gouvernement central alors que d’autres catégories socio-professionnelles dont les enseignants n’ont pas droit à pareille assistance, s’interroge-t-on.

« Artiste en danger ». Voilà le label sous lequel le musicien congolais Tsaka Kongo, né Edmond à N’Djili, fait la ronde des bureaux de différentes  personnalités de la RDC à travers une cueillette qui est loin d’honorer les musiciens   congolais.

Chaque fois qu’un musicien est malade, Tsaka   Kongo se met en scelle pour récolter des moyens par-ci par-là en vue de venir en aide au malade. Très vite, les autorités se mobilisent (du sommet de  l’Etat au plus bas échelon des institutions) pour faire face à la situation. Cela est tellement devenu une tradition que le commun des mortels trouve normal ce qui est pourtant anormal.

Du joueur « Somo Trop » aux musiciens

Pour rappel donc, cette pratique rétrograde a vu le jour avec le joueur « Somotrop » de l’As V. Club. Par la suite, profitant de la brèche ainsi ouverte, les musiciens ont opéré un test avec le doyen Wendo Kolosoy.

Depuis, le test ayant ainsi apporté des résultats jugés positifs, c’est désormais une filière sure pour tous les musiciens congolais. En cas de maladie, « Artiste en danger » qui ne semble avoir pour seul membre que son président Tsaka Kongo se met en branle en se servant des émissions télévisées en vue d’alerter le plus de monde possible.

En fait, plutôt que de briller, comme tout musicien par des oeuvres, Tsaka Kongo doit son existence à son combat, s’il en a un, pour la survie des musiciens en « danger ».

Le dernier cas en date concerne l’artiste nommé Al Patchino encore malade.  Mais, au nom de quelle logique lorsqu’un musicien congolais est malade, cela doit devenir un problème national ? Paie-t-il des taxes comme des compatriotes dignes de ce nom ?

Quelle est leur contribution au budget du pays pour se donner le luxe de dépendre de l’Etat en cas de maladie ? Pourquoi tous les autres compatriotes n’ont-ils pas le droit de bénéficier d’autant de privilège en cas de maladie ?

A la limite, c’est même, indiquent déjà bon nombre d’observateurs, un fâcheux précédent que les autorités tentent d’inaugurer avec la mendicité du reste très visible des musiciens congolais.

La RDC est-elle réellement, avec cette pratique, sur la voie d’un Etat de droit où les citoyens n’ont pas que des droits, mais aussi des obligations, ou tentons ­nous d’instaurer une jungle au profit du plus fort, c’est-à-dire de celui qui sait faire entendre sa voix ?

Pourquoi ne pas penser à une mutuelle ou à la Sonas ?

Sous d’autres cieux, les musiciens s’impliquent dans l’assurance- santé à travers des mutuelles. Ce n’est donc qu’au Congo que les musiciens, même lorsqu’ils n’apportent rien à l’Etat, ont le privilège de vivre aux mamelles de ce dernier.

Là où ils ont pourtant le loisir de s’organiser en mutuelle ou de souscrire à l’assurance-santé auprès de la Sonas qui a repris ses lettres de noblesse avec le comité Mbonyo qui a déjà réussi à remettre sur orbite cette entreprise longtemps restée en veilleuse faute de trouver des animateurs compétents et sérieux pour rassurer les clients en RDC.

Les musiciens sont capables de s’habiller comme des bourgeois et d’aligner des voitures de rêve. Mais, il suffit que l’un d’entre eux tombe malade pour les découvrir à nu.

C’est à ce moment là qu’on se rend vite compte de leur vulnérabilité manifeste et honteuse. C’est peut-être suite à l’irresponsabilité étalée à travers toute une mendicité cachant mal son nom que l’un d’eux, en l’occurrence King Kester Emeneya, ne s’est pas gêné de traiter ses collègues de « mendiant ».

On peut le condamner sur la forme, mais dans le fond, Kester a certainement raison. Car, on ne peut ne pas s’étonner de voir des gens qui ont rempli des salles mythiques en Europe et ailleurs dans le monde se retrouver comme de petits enfants en cas de maladie.

Faut-il croire que les musiciens ignorent jusqu’à l’épargne lors des périodes de vaches grasses pour ne sen rappeler qu’en cas de période dite de vaches maigres? Même lorsque le chef de l’Etat met des moyens à leur disposition, non seulement qu’ils sont incapables de le partager équitablement, se roulant comme des truands, mais aussi et surtout ils ne pensent même pas à mettre un peu à la caisse pour des jours redoutables.

On peut aussi légitimement se demander pourquoi la sollicitude des pouvoirs publics ne se manifeste que vis-à-vis des artistes­musiciens et des sportifs. Ce, alors que des enseignants, des professeurs d’université, fonctionnaires de l’Etat meurent parfois faute de moyens.

Les autorités doivent aider les musiciens à s’organiser

Il est temps, soutiennent la plupart des observateurs, que les musiciens congolais apprennent à se montrer dignes  de l’image qu’ils se donnent. En mettant sur pied une mutuelle, bien entendu au service de ceux qui contribuent, ils auront fait oeuvre utile en se soignant sans lancer, à longueur de journées, des cris de détresse jugés intempestifs et révoltant la conscience de ceux des compatriotes congolais qui s’organisent pour ne pas recourir à l’Etat au moindre bobo au risque même de discréditer tout un pays.

Le chef de l’Etat, les membres du Gouvernement à commencer par le Premier ministre Adolphe Muzito, le président de l’Assemblée nationale et bien d’autres officiels, ont intérêt à aider les musiciens à s’organiser plutôt que de les maintenir dans une irresponsabilité ou mendicité déconcertante.

Pour cela, ils peuvent se limiter à apporter leur contribution à la mutuelle des musiciens pour que ces derniers sachent comment s’entraider en cas de nécessité.

Il appartient aux musiciens, non seulement de se regrouper au sein d’une mutuelle, mais de savoir aussi contribuer pour alimenter la caisse de la mutuelle.

Lorsque l’un d’eux sera malade, l’Etat, dans son ensemble, sera ainsi épargné d’appels honteux et incéssants de détresse. « Mieux vaut apprendre à quelqu’un à pêcher que de lui offrir à manger tous les jours », renseigne un vieux dicton.

S’il apprend à pêcher, il saura manger tous les jours, mais en lui offrant à marger, on lui apprend la mendicité. Et cela vaut aussi pour les musiciens congolais en cas de maladie.

(Th/BT/PKF)

MM./Forum des As