Le Mlc a décidément du mal à assumer le pilotage de l'Opposition politique, car après son message de Nouvel An truffé de faussetés et d'incohérences, il vient de faire de l'analyse de la conférence du chef de l'Etat du 31 janvier 2009 une lecture sidérante, basée sur ces quatre points : situation de l'Est, Crise financière internationale, Cinq Chantiers et Nécessité d'une réconciliation nationale.
Profitant du dernier point de presse du Chef de l’Etat, François Mwamba a trouvé une opportunité pour afficher ses ambitions présidentielles pour 2011. C’était au cours d’une conférence de presse qu’il a animée. En l’absence du président de son part bloqué à la Haye, c’est le numéro deux du parti qui assure la gestion courante de l’organisation. A ce titre, maintes initiatives politiques sont prises par lui, pour positionner le parti, ce qui est tout à fait normal. C’est dans ce cadre que l’homme ne manque pas d’occasions pour s’exprimer. Malheureusement, très souvent, il manque de belles occasions de se taire, du fait qu’il donne souvent l’impression de n’être qu’un parleur.
1. Situation de l'Est
Pour le premier point, le Mlc se penche sur « la nature de l'accord conclu entre la RDC et le Rwanda sur les opérations militaires conjointes dans le Nord-Kivu ». A son avis, « On constate que le chef de l'Etat a installé davantage l'illisibilité et l'opacité sur les accords des opérations combinées entre les FARDC et les RDF contre les FDLR ». Et de citer comme preuves la durée des opérations, l'espace opérationnel, le mode d'intégration des éléments Cndp, Pareco etc. dans l'armée nationale et le sort de Laurent Nkunda. Le Mlc dit redouter « que les opérations ainsi planifiées ne provoquent, une fois de plus, des massacres de nos compatriotes civiles sur notre sol et dont les autorités congolaises seront rendues responsables et coupables ».
Toujours par rapport au premier point, il évoque la question d'intégration d'éléments Cndp dans les Fardc et constate « avec étonnement » que ce processus s'opère « sans l'identification des personnes, sans aucun critère de moralité ni de patriotisme ». Il craint « la création d'autres rébellions ».
Ce parti termine ce point par soutenir avoir « entendu de la bouche du Chef de l'Etat que cette opération vise, entre autres, la décapitation des milices tribales, pour permettre l'intégration du CNDP ; ce qui correspond à un objectif totalement nouveau et contraire au Programme AMANI auquel il semblait, tout récemment encore, fortement attaché ».
Quelle interprétation faire de ce point ? Ces trois prises de position du Mlc sont fondées sur des sous-entendus et non sur des dits.
En effet, personne n'a entendu le Président de la République parler de décapitation des milices tribales pour permettre l'intégration du Cndp. Joseph Kabila a plutôt déclaré qu' « Il faut (…) une solution définitive à la présence des Fdlr, à l'existence du Cndp et à celle des autres groupes armés dans les deux provinces du Sud et du Nord-Kivu ».
Or, quel est l'objectif du Programme AMANI ? L'article 3 de l'Ordonnance n°08/008 du 2 février 2008 instituant ce programme dit de son objectif spécifique qu'il « est d'assurer l'application des résolutions et recommandations de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que des Actes d'engagement signés à Goma en date du 23 janvier 2008 ».
A son article II, l'Acte d'Engagement pour le Nord-Kivu fixe à son 14ème point la « Participation, sans réserve, du CNDP, du PARECO/N-K, des Maї-Maї Kasindien, des Maї-Maї Kifuafua, des Maї-Maї Vurundo, des Maї-Maї Mongol, de l'UJPS, des Maї-Maї Rwenzori et le Simba et conformément à la législation nationale, à la mise en œuvre du plan d'intégration des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et au Programme National de Désengagement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR) ».
C'est ce même article qui met en place la sous-commission militaire mixte en charge du désengagement, du brassage, de la démobilisation et de la réinsertion sociale.
Pour rappel, il existe deux Actes d'Engagement dont l'un pour le Nord-Kivu et l'autre pour le Sud-Kivu, rédigés en des mêmes termes ; la différence se situant seulement au niveau de l'identification des groupes armés congolais.
A moins donc de l'existence d'un 3ème acte connu du Mlc seul, Joseph Kabila n'a pas tenu des propos allant dans le sens d' « un objectif totalement nouveau et contraire au Programme AMANI ».
En plus, c'est paradoxal de voir le Mlc, qui en appelait aux négociations directes entre le Gouvernement et le Cndp (négociations qui devraient aboutir forcement au brassage et à la réinsertion), en vienne à brandir aujourd'hui le critère de moralité et de patriotisme.
Figurons-nous seulement qu'il ait soulevé ce critère à l'époque du Dialogue intercongolais ! Assurément, il n'y aurait ni " 1+4 " avec tous ses objectifs dont la mise sur pied d'une armée intégrée et restructurée (entendez les Fardc), ni les élections avec l'avènement de l'Opposition institutionnelle !
En ce qui concerne les massacres résultant des opérations telles que " planifiées ", c'est tout de même étonnant que le Mlc – qui dit tout ignorer de la durée des opérations, de l'espace opérationnel, du monde d'intégration et du sort de Nkunda – redoute déjà « des massacres de nos compatriotes civils sur notre sol et dont les autorités congolaises seront rendues responsables et coupables dans l'avenir ».
En effet, plus de 10 jours après le déclenchement des opérations, on n'enregistre aucun dérapage notable : de nombreux éléments Fdlr sont en train de rentrer au Rwanda ; le noyau dur se replie mais sans perspective de survie durable. Par contre, on enregistre le passage, sous contrôle Fardc, de bien des localités jusque-là occupées par le Cndp, le retour progressif, chez elles, des populations déplacées et la levée des barrières, bref la fin progressive de la guerre ! C'est-à-dire le genre de situation qui n'attire pas l'attention de la presse internationale prisant tout ce qui s'abreuve de sang !
Devrait-on déduire que cette normalisation en cours de la situation à l'Est dérange le Mlc ?
L'analyste averti découvrira cependant au point 4 ce passage fort significatif. « …les accords secrets passés entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo sans que l'opinion nationale, à travers le Parlement, n'en soit informée divisent les populations, la classe politique et, bien plus grave, les Institutions de la République ».
Le chef de l'Etat a souligné le caractère confidentiel de toute opération militaire, et cela fonctionne ainsi dans tous les pays du monde.
Supposons, tout de même, que l'exception soit congolaise en la matière. Devrions-nous comprendre par là que lorsque, jouissant du statut identique de Pouvoir d'Etat obtenu de l'Accord de Lusaka signé en 1999, le Mlc avait débattu, au sein de son directoire politique, de la planification des expéditions militaires sur Bangui ? Si c'est cela que le Mlc est en train de dire aux Congolais, c'est que Jean-Pierre Bemba ne devrait plus être seul à la Cpi…
2. Crise financière internationale
Pour le deuxième point, le Mlc retient de la réponse du chef de l'Etat les éléments portant sur les tracteurs agricoles. Il les tourne en dérision en ces termes : « Doit-on comprendre que, pour le Chef de l'Etat, pour faire face à la crise financière, à la chute brutale des cours des matières premières, à la fermeture des PME/PMI un peu partout dans le pays, jetant des millions des Congolais au chômage, la réponse est : chaque année vous aurez 700 tracteurs ! ».
Quelle interprétation en faire ? La réponse de Joseph Kabila à la question comprend aussi des éléments consacrés à la politique économique et financière du gouvernement. Le chef de l'Etat a bien dit qu' « Un plan global d'action du gouvernement est en élaboration et sera dévoilé bientôt pour indiquer les voies à suivre… ». Il n'aurait rien coûté au Mlc d'intégrer dans son analyse cette partie.
Et comme pour se moquer de ses militants, le Mlc envisage de présenter « très prochainement aux Congolais son approche de la résolution de la crise économique dans notre pays, étant donné que nous avons pris l'engagement d'offrir à notre peuple la possibilité d'une alternance démocratique et nous tiendrons parole ».
Concrètement, cela revient à dire aux Congolais d'attendre en 2011 ou en 2016 la solution à la crise financière internationale. En attendant, les jeunes chômeurs sans distinction (médecins, pharmaciens, informaticiens, infirmiers) n'ont qu'à crever…
Mais en attendant aussi, quel mal il y a à valoriser l'agriculture ? Est-ce que l'agriculture n'a pas besoin de médecins, de pharmaciens, d'informaticiens, d'infirmiers ? Le Mlc veut-il nous dire que les agriculteurs congolais n'ont pas donné vie à des médecins, des pharmaciens, des informaticiens, des infirmiers ?
Le Mlc ne va tout de même pas inviter ses membres à pratiquer la discrimination entre la production alimentaire réalisée avec les tracteurs Kabila et celle réalisée sans le concours de ces tracteurs. La population n’est que faire de ce débat... alimentaire !
3. Cinq Chantiers
Le troisième point se rapporte aux 5 chantiers. « Tel qu'il ressort des propos du Chef de l'Etat, il y a lieu de craindre que ses 5 Chantiers ne soient un mort-né d'autant plus que la tricherie, par la manipulation et la propagande, ont poussé le Gouvernement à présenter à l'opinion les réalisations financées par des Partenaires traditionnels comme faisant partie des 5 Chantiers », écrit le Mlc qui rappelle qu'il s'agit de l'eau et de l'électricité, de l'éducation et de la santé, de l'emploi et des infrastructures (allusion faite aux voies de communication) !
Quelle interprétation en faire ? La tricherie, la manipulation et la propagande ne peuvent se concevoir que lorsqu'au cours des cérémonies officielles de lancement des travaux ou de réception des infrastructures, le Gouvernement s'octroie la paternité du financement, voire du génie civil. Or, lorsque le Gouvernement déclare clairement que telle chaussée est financée par la Banque mondiale, telle école par le Fonds koweitien, tel hôpital par la Ctb, il n'y a pas tricherie.
Pour avoir cherché à s'approprier le Dscrp pour en faire son programme de gouvernement, Mlc est très mal placé pour critiquer les 5 Chantiers. Car, le Dscrp, financé essentiellement par les partenaires dits traditionnels, vise la réduction de la pauvreté et la croissance en se fondant justement sur la santé, l'éducation, l'eau, l'électricité, les voies de communication et, tout naturellement, l'agriculture.
S'il était au Pouvoir, le Mlc n'aurait vu aucun mal à compter parmi ses réalisations les infrastructures retenues dans ce cadre.
D'ailleurs, c'est un débat de bas étage, que celui du financement par le Gouvernement ou par les partenaires extérieurs des infrastructures de base. Le Mlc ne va tout de même pas indiquer à ses dirigeants ou à ses militants quelles artères prendre parce que financées par l'Union européenne ou la Banque mondiale, quelles artères ne pas prendre parce que financées par la Chine !
Si l'on entre dans ce débat là, certains vont devoir franchir le Bd du 30 juin par hélicoptère, d'autres quitter courageusement le Palais du Peuple.
A voir comment les Occidentaux, eux-mêmes, se bousculent à Beijing pour s'attirer des investissements chinois, on devrait éviter aux Congolais de rentrer dans le contexte de la " Guerre froide ".
4. Nécessité de la Réconciliation nationale
Ce point a de singulier le fait de ramener la réconciliation nationale à la personne de Jean-Pierre Bemba.
Réagissant au cas Bosco Ngatanga, le Mlc déclare ce qui suit : « L'aveu du Chef de l'Etat quant au rôle prépondérant qu'il a joué dans sa collaboration active avec la CPI pour faire des Congolais les premiers et, peut-être, les seuls justiciables de cette juridiction internationale est absolument étrange. Son option à ne point livrer Jean Bosco Ntanganda à la même CPI, démontre à suffisance à quel point le Chef de l'Etat est adepte de la justice, pour n'envoyer à la Cour Pénale Internationale que les adversaires politiques gênants tel le Sénateur Jean Pierre BEMBA et s'accommoder des autres, mêmes si des graves présomptions des charges pèsent sur ces derniers ».
Quelle interprétation faire de cette lecture ? Celle-ci a quelque chose d'injurieux à l'égard des militants intellectuels du parti. En effet, la collaboration active avec la Cpi s'est faite pour Thomas Lubanga, Martin Ngujolo et Germain Katanga, et cela pour des crimes perpétrés sur le sol congolais. On ne peut tout de même pas dire des trois qu'ils sont des adversaires politiques gênants de Kabila ! Donc, par ricochet de Bemba !
Jean-Pierre Bemba, pour rappel, a été arrêté en Belgique, par la police belge et entendu par la justice belge qui, elle, est indépendante. Il a été transféré au Pays-Bas par les autorités belges et conduit à La Haye ou il a été reçu par la police hollandaise et la justice hollandaise (elle aussi indépendante) avant d'être pris en charge par la Justice internationale (également indépendante).
On était loin d'imaginer Joseph Kabila aussi fort et puissant jusqu'à commander aux autorités belges et hollandaises ainsi qu'à celles de la Cpi.
Les questions de fond sont cependant celles-ci, et le Mlc va devoir y répondre s'il en a le courage :
- est-ce Kabila qui avait inspiré à Bemba les expéditions de Bangui ?
- est-ce Kabila qui avait inspiré à Bemba le refus de soumettre ses gardes du corps au recensement ordonné par l'Etat-major général des Fardc en mars 2007 ?
- est-ce Kabila qui avait inspiré à Bemba le défi à l'origine des événements de mars 2007 ?
- est-ce Kabila qui avait inspiré à Bemba son retour au Portugal pour des soins de santé ?
- est-ce Kabila qui inspirait à Bemba tous ses tours et détours dans plusieurs pays de l'Espace Schengen, en Afrique de l'Ouest et aux Etats-Unis ?
Ce n’est, de toutes les façons, pas Joseph Kabila.
Dans la même déclaration, le Mlc met en exergue le refus de la Monuc de participer à toute opération militaire dans laquelle Bosco Ntanganda serait impliqué !
Il y a lieu de retenir que la tâche lui a été facilitée par la RDC et le Rwanda en ne l’associant pas au montage du plan. C’est la Monuc, elle-même, qui a sollicité sa participation. Dans tous les cas, elle a eu toutes les occasions pour arrêter l’homme pendant les visites du facilitateur Obasanjo à Nkunda.
La question préoccupante est de savoir qui administrait l’Ituri lorsque les Hema et les Lendu s’entretuaient et Lubanga, Ngujolo et Ntanganda commettaient des crimes relevant de la Cpi ? La Province Orientale était sous contrôle Mlc !
Conclusions
Au regard de ce qui précède, le Mlc doit arrêter de chercher ailleurs les responsables de son incapacité, de plus en plus manifeste, de piloter l'Opposition politique. Ils sont autour de Bemba même...
Omer Nsongo die Lema