Les activités ont sensible­ment repris dans la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, un mois après l’annonce officielle de la fin des hostilités entre les forces loya­les et le Cndp.

Ainsi, le marché a repris normalement. Le trafic aussi tant au port qu’a l’aéroport.  En­tre-temps, les autres mar­chands, artisans et cambis­tes ont également repris du service.

Sur l’avenue du port, Hi­laire Mubawu Mwalimu et ses collègues sont des ajusteurs qui font tourner l’atelier Beta Force. Une scie en main, son coéqui­pier s’acharne sur une pige en fer qui sera soudée quelques se­condes après l’ossature d’une fenêtre métallique en fabrica­tion.

Cinq cents mètres plus loin, Justin Mukandama Mutambala est derrière le comp­toir de la papeterie « Dieu merci ».

L’heure est suffisamment avancée dans l’après-midi alors que Justin Mukandama n’a encore reçu de clients. Il s’accro­che cependant à son poste de travail et espère qu’à la fin de la journée, il aura quand même vendu un article. Des ramettes de papier, des piles de cahiers pour écoliers et autres fournitures de bureau sont rangés dans un agencement impeccable, des rayons dans son dos.

Laudaline Muhingo Mukamulirwa, elle, est coutu­rière. Elle pratique la couture mixte dans un petit local où il y a deux machines à coudre et un étalage qui vantent son œuvre. Des chemises, des bou­bous et autres blouses cousus de ses mains pour ses clients attestent la technicité de cette femme dont l’âge avoisine la trentaine. Quant elle appuie son pied sur la pédale, le bruit de sa machine est vite noyé par le vrombissement des innombrables taxi-motos qui sillonnent les rues et avenues des Goma, si ce n’est le bruit assourdissant des avions qui atterrissent et décollent de l’aéroport qui n’est pas en chômage. Partout, l’ambiance est totale.

Un rêve devenu réalité

L’activité a réellement re­pris dans cette ville qui sort pratiquement d’un cauchemar. La paix faisait défaut dans cette partie du pays assiégé par les troupes rebelles du Cndp de Laurent Nkundabatware. « Ils n’étaient pas loin d’ici et chaque jour nous dormions sans savoir ce que sera demain », déplore Justin Mukandina. Aujourd’hui, la paix semble revenir, avoue-t-­il, avec un brin de pessimisme dans la voix. Une réaction com­parable à celle d’un chat échaudé.

Tous les Gomatraciens avaient la peur dans le ventre. Car le rebelle Laurent Nkundabatware avait sérieuse­ment mis à mal la quiétude de toute la province du Nord-Kivu en général et de la ville de Goma en particulier. C’est du moins ce que confesse Laudaline.

« Pour le moment, nous avons de l’espoir. La paix est revenue (...) », reprend-elle. De son âme de femme, elle dénonce les violences sexuelles commises par les belligérants dans les zones de conflit. Et même ici à Goma, dit-elle, nous n’étions pas totalement à l’abri de ces sévices.

Le plus important, recon­naît toute la population de Goma, est que la paix revienne dans la province. Chacun peut alors vaquer à ses occupations sans se faire plus de souci au sujet de la guerre.

Le ralliement des ancien­nes troupes rebelles du Cndp à l’armée loyale au début du mois de janvier a été naturellement bien accueilli. Grâce à ce geste, l’activité tourne de nouveau dans cette ville, mais pas encore à plein régime. Cela se comprend. Il y a à peine un mois, rien de pareil n’était imaginable. « Pourvu que la paix soit définitivement restaurée », s’hasarde à dire certains. Et dans l’ensem­ble, « plus jamais ce que nous avons vécu ». Ce sont les pro­pos qui reviennent fréquemment sur toutes les bouches des ha­bitants de Goma.

S’investir dans le dévelop­pement économique

La paix est l’élément es­sentiel pour que soit préservé le développement d’un pays.

Ici à Goma, on est d’avis que les efforts qui ont abouti au résultat que les uns et les autres sont en train de savourer présentement ne doivent pas être relâchés.

Pour cette population, les autoroutes doivent s’investir davantage dans la logique de la paix et que l’on attaque résolu­ment la reconstruction du pays.

Plus de distraction. Il faut que les routes à construire soient construites. Le réseau actuel de la ville est sérieuse­ment délabré; il va falloir qu’il soit réparé. L’approvisionnement en eau et électricité est souvent déficitaire à Goma, il faut qu’il devienne stable et efficient.

Cette population qui a tant souffert mérite en petit le ­confort. Quand elle verra que le réseau de distribution en eau et en électricité est amélioré, son moral gonflera en bloc.

(Ern/GW/PKF)

PML/L’Avenir