Dans un communiqué rendu public le samedi dernier, la Monuc annonce qu’elle ne participera à aucune opération à l’Est du pays dans la quelle Bosco Ntaganda serait associé. Or, celui-ci vient d’être désigné par Kinshasa commandant second des opérations militaires déclenchées au Nord-Kivu contre les Fdlr
Entre la paix et la justice, la Rdc vient d’opérer son choix. renoncant à une démarche expéditive guidée plus par le juridisme que la realpolitic, le pays veut la paix et la stabilité à l’Est tout de suite. Finie donc, pour le moment et tant que cet objectif vital ne sera pas pleinement atteint, la coopération docile avec la CPI. La Rdc est un pays indépendant et souverain, a insisté le Chef de l’Etat au cours du point de presse tenu le samedi 31 janvier dernier. Pour lui, l’option lévée écarte toute action qui peut mettre en cause la stabilité à l’Est, la CPI doit ainsi s’exercer oublier pour l’instant son mandat d’arrêt international lancé contre Bosco Ntaganda.
Le Chef de l’Etat vient d’effectuer un choix qui ne saurait ne pas rappeler Albert Camus qui, entre la justice et sa mère, avait souverainement penché pour cette dernière. Malheureusement, la Monuc reste catégoriquement opposée au choix vital du gouvernement congolais. Dans un communiqué rendu public le même samedi, elle a annoncé qu’elle ne participera à aucune opération à l’Est du pays dans laquelle Bosco Ntaganda serait associé. Or, celui-ci vient d’être désigné par Kinshasa comme commandant second des opérations militaires déclenchées au Nord-Kivu contre les Fdlr.
Cette situation coince la Rdc dans cette alternative très étriquée: ou le pays se débarrasse de Bosco et obtient les faveurs de la mission onusienne, ou il s’allène la sympathie de cette dernière. A lire la détermination du numéro un congolais au cours de son adresse à la presse, la dernière option reste évidente. Désormais, le Congo fera cavalier seul dans le processus de pacification du Kivu. Alan Doss et toutes les forces à sa disposition vont se limiter au simple rôle de spectateur. Tant pis si les choses dégénèrent ou si au terme fixé les troupes rwandaises rechignent à quitter le sol congolais.
Pour sûr, la Monuc va s’entêter à jouer aux abonnés absents. Même si pour l’heure la situation sur le terrain des opérations invite à plus d’optimisme. Même si pour la première fois, depuis plus d’une décennie maintenant, l’horizon tend à s’éclaircir dans la région des Grands Lac africains.
Les masques tombent
Au delà de tout ce qu’on peut en penser, l’attitude de la Monuc est caractéristique de toute la félonie qui a entouré et nourri les tragédies de l’Est. L’absence totale de paix dans cette partie du territoire national garantissait le business pour tout le monde. Une sorte de Gomorrhe, cette logique implacable de la maffia sicilienne, présidait tout engagement au Kivu.
En imposant la paix tout de suite et sans délai, le Chef de l’Etat a signé l’arrêt de mort pour tous les marchands du crime organisé. D’où la levée de boucliers observée en ce jour. Comment comprendre cela autrement dès lors que la mission onusienne avait en son temps applaudi et soutenu à bras le corps les pourparlers entre Kinshasa et le CNDP ? Que l’on sache, Bosco Ntaganda était chef d’état-major de ce mouvement politico-militaire. Il aurait alors été plus honnête de refuser tout contact avec ce mouvement ou son leader à l’époque. La mission onusienne aurait été comprise aujourd’hui si elle avait refusé de participer à tout processus impliquant le CNDP tant que Bosco tenait une partie de ses rennes. Il n’en a malheureusement pas été le cas.
Partant, la comédie que nous joue Alan Doss aujourd’hui est tout aussi insipide que dégoûtante que celle d’un farceur qui déclare aimer la mort la soupe, mais haïr les morceaux de viande noyés dedans. Cette démarche qui consiste à dénoncer le mal en aval pendant que l’on a flirté avec lui en amont jusqu’à l’accompagner dans son développement, sonne très faux. Elle ne saurait en tout cas convaincre tout homme sérieux. D’autant plus qu’elle a tout l’air d’un odieux chantage…
A propos du chantage, le président Kabila s’est montré on ne peut plus explicite le 31 janvier face à la presse. Sans ambages, il a affirmé que “presque chaque tribu du Nord et du Sud-Kivu dispose d’une milice dont les tireurs de ficelle se trouvent soit sur place, soit à Kinshasa”. Mais vu le concert de protestations animé depuis la capitale autour de la question, il ne serait guère hasardeux de confirmer que les taupes se trouvent plus à Kinshasa qu’ailleurs. Le crime du Raïs aura été celui d’avoir dévoilé qu’il était en face d’une pieuvre dont il entreprend hardiment de couper toutes les tentacules. Quand vous giflez un garnement sur la rue, attendez de voir qui va surgir de l’ombre pour savoir qui l’a envoyé. La leçon vient de porter en Rdc.
Il est maintenant clair que c’est moins pour la justice que la Monuc entre en rébellion que pour sa propre survie. Qui avait déclaré No Nkunda no job ? Il ne sait pas combien il avait raison. Les preuves nous pressent de toutes parts.
Il le fallait
Il était vraiment indiqué que le Chef de l’Etat affranchisse l’opinion publique sur les questions brûlantes de l’heure. La spéculation et la mauvaise foi faisant bon ménage, beaucoup ne savaient plus que croire. Heureusement que ce samedi 31 janvier, Joseph Kabila a décidé de layer plus blanc que neige. Sans tabou ni fioritures, il a abordé toutes les questions qui fâchent.
A propos des operations militaires avec le Rwanda, il a assuré l’opinion que celles-ci n’iront pas au-delà du mois de février. A tous ceux qui craignaient un refus des troupes rwandaises de quitter le territoire national au moment convenu il a opposé son engagement à faire respecter l’accord conclu entre les deux pays.
De l’extradition de Nkunda, Joseph Kabila a dit que les démarches sont en cours tant sur le plan politique que diplomatique. De toutes les façons, l’arrestation du général déchu reste le résultat d’un accord régulier entre les deux pays, a-t-il révélé.
Les 5 chantiers, le numéro un Congolais a refusé d’en dresser un bilan pour l’heure. Il donne rendez-vous en mars ou avril à tous ceux qui veulent en savoir plus.
L’occasion lui a ainsi été offerte pour annoncer que le gouvernement prend des mesures adaptées pour faire face à la crise internationale. Il y aura une diversification de l’économie nationale. Celle-ci va glisser vers une mécanisation de l’agriculture, en vue d’atteindre une autosuffisance alimentaire. C’est donc sur de nouvelles bases tapissées de compréhension mutuelle et de confiance restaurée que le Chef de l’Etat a pris l’engagement de partir avec son peuple ce samedi.
La tempête est-elle finie ? Les premières impressions le laissent en tout cas supposer. Surtout que la sortie médiatique du Raïs a coïncidé avec la mise en place d’un nouveau cabinet présidentiel qui sent le souci de la rédynamisation de la vie publique. Le fait mérite d’être souligné.
(CL/Ern./GW/Yes)
Le Palmarès
Last edited: 02/02/2009 16:12:41