Il appartient désormais au chef de l’Etat rwandais déjà satisfait des premiers résultats de l’opération militaire conjointe de désarmement des rebelles rwandais réfugiés en RDC de prouver qu’il peut mériter de la confiance des Congolais et de leur président
Entre Kigali et Kinshasa, c’est incontestablement l’heure de la vérité. Nkunda, le rebelle du CNDP qui déstabilisait les provinces du Kivu, à l’Est de la RD-Congo, cueilli le 24 janvier par l’armée rwandaise à Bunagana est détenu à Gisenyi, au Rwanda ville voisine de Goma. Les RD-Congolais n’ont désormais qu’une demande son extradition ou sa livraison entre les mains des autorités de Kinshasa. C’est tout ce que les RD-Congolais attendent du président rwandais, Paul Kagame.
Ce n’est pas rien. Mais de l’avis des juristes, les choses sont plus compliquées. Entre les deux Etats, il n’existe aucun accord ni aucune coopération judiciaire. Kinshasa n’a jamais formulé, du moins pour l’instant, une demande formelle dans ce sens. Le ministère de la Justice a indiqué qu’une telle demande est du ressort de la Police nationale, donc du ministère de l’Intérieur et Sécurité. Mais, les observateurs sont unanimes: Kigali et Kinshasa ayant multiplié les signaux de normalisation, il appartient à Kagame de démontrer qu’il peut désormais jouir de la confiance de Kabila qui a accepté la présence rwandaise sur le sol RDcongolais. Jusqu’à présent, le Rwandais est resté muet à ce sujet.
La révolution a mangé son fils. Le CNDP a implosé et une aile, celle conduite par Bosco Ntaganda, s’est rendue au gouvernement RD-congolais. Nkunda a été arrêté le 24 janvier alors qu’il se rendait au Rwanda pour discuter avec les autorités, a affirmé dimanche à l’AFP Bertrand Bisimwa, le porte-parole de la rébellion.
« Il allait à Gisenyi -ville rwandaise frontalière- pour parler des actions à mener contre les FDLR -rebelles hutu, rwandais- et il a été arrêté là-bas. Il n’a pas été arrêté au Congo ». Bisimwa a crié à la trahison. « Les Rwandais nous ont trompé », a-t-il ajouté, disant ignorer si Nkunda se trouvait toujours détenu à Gisenyi, au Rwanda. Affaibli début janvier par une opposition interne, Nkunda a été sacrifié à l’autel de la Real politik.
Le ralliement de Ntaganda, le chef d’état-major du CNDP, devant Célestin Mbuyu, ministre RDcongolais de l’Intérieur et de la Sécurité, et James Kabarebe, le chef d’état-major de l’armée rwandaise, a scellé son sort. Nkunda maîtrisé, l’état-major de l’opération conjointe des armées RD-congolaise et rwandaise a remercié le 25 janvier tous les combattants du CNDP qui ont fait défection et précipité son arrestation.
Entre Kigali et Kinshasa, c’est incontestablement l’heure de la vérité. Les RD-Congolais n’ont désormais qu’une demande: son extradition ou sa livraison entre les mains des autorités de Kinshasa. C’est tout ce que les RD-Congolais attendent du président rwandais, Paul Kagame. Ce n’est pas rien.
Mais de l’avis des juristes, les choses sont plus compliquées. Entre les deux Etats, il n’existe aucun accord ni aucune coopération judiciaire. Il existe même un précédent, l’affaire Jules Mutebusi, ex-compagnon de Nkunda, donné pour détenu à Cyangungu voisine de Bukavu mais jamais extradé. Mais Kinshasa semble déjà avoir beaucoup donné à Kigali: l’ouverture de l’ambassade et l’entrée des milliers des soldats rwandais en RD-Congo pour s’occuper personnellement des FDLR. Mais que dit l’accord signé par les autorités de deux pays? Que cache-t-il? Questions cornéliennes.
Kagame, le test
Pour sa part, Kinshasa n’a jamais formulé du moins pour l’instant, une demande formelle dans ce sens. Lambert Mende, le ministre de la Communication et des Médias, a affirmé le 22 janvier que des discussions de haut niveau ont lieu entre les autorités rwandaises et RDcongolaises, pour régler au plus vite le transfert de Nkunda en RD-Congo. Le ministère de la Justice, par la bouche du directeur de cabinet du ministre, a indiqué qu’une telle demande est du ressort de la Police nationale, donc du ministère de l’Intérieur et Sécurité.
Mais, les observateurs sont unanimes: Kigali et Kinshasa ayant multiplié les signaux de normalisation, il appartient à Kagame de démontrer qu’il peut désormais jouir de la confiance de Kabila qui a accepté la présence rwandaise sur le sol RD-congolais.
Un véritable test pour l’homme fort de Kigali jusqu’à présent muet resté muet à ce sujet. Kagame s’est tout simplement félicité des bons résultats de l’opération conjointe de désarmement. Jamais il n’a été plus confiant. Mais, les populations RDcongolaises qui avaient applaudi la nouvelle de la capture de Nkunda et espèrent son jugement public se mettent à douter en dépit de la confirmation faite par des médias internationaux crédibles.
Elles exigent un geste concret de Kagame. Le Rwandais ira-t-il loin cette fois-ci? Nul ne sait l’affirmer. Mais une chose est sûre, le Rwanda s’est affaibli du fait que la Suède et la Hollande ont mis un terme à leurs aides. L’Allemagne et la Grande Bretagne étaient sur le point de faire autant. S’il tient à l’image de son pays, Kagame fera davantage la Real politik, estime l’honorable député AMP Tryphon Kin-Kiey Mulumba.
On attend voir. Ancien enseignant dans une école secondaire à Rutshuru. Nkunda rejoint les rangs du Front patriotique rwandais -FPR- au début des années 90. Peu après l’avènement des Forces armées rwandaises -FPR- au pouvoir à Kigali, Nkunda reprend les armes, cette fois-ci au sein de l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo/Zaïre -AFDL. Il fait donc partie des Kadogo qui mettent fin au règne du Léopard en mai 1997.
Ayant pris goût à la lutte armée, Nkunda s’affiche en 1998 parmi les combattants du RCD, mouvement d’opposition au pouvoir de M’Zee Kabila. Commandant des opérations à Kisangani, son nom est cité dans le massacre d’environ 200 personnes. A l’issue du Dialogue intercongolais consacrant la participation du RCD à la gestion de la transition et à la réunification de l’armée, Nkunda, lui, refuse de se rendre à Kinshasa et d’intégrer le processus.
Kinshasa le déchoit de son rang de général et le met à la disposition de la Justice. Dopé, il s’empare de Bukavu en juin 2004 prétextant protéger la minorité tutsie. Déguerpi par la MONUC, il installe ses pénates à Masisi, au Nord-Kivu, d’où il crée le CNDP. Jusqu’avant son arrestation, Kinshasa l’avait toujours fiché valet de Kigali.
(DN/Th/GW/Yes)
AKM/Africa News