Spectaculaire retournement risqué de la situation de guerre dans la partie Est de la RDC avec l’implication acceptée par les autorités de Kinshasa des soldats de l’armée rwandaise dans l’opération de désarmement des rebelles FDLR et Interahamwe réfugiés dans les forêts du Kivu
Qui a été mordu par un serpent, craint tout ce qui rampe. Pourtant, tout ce qui rampe ne mord pas. Les petits lézards et les geckos qui nous côtoient chaque jour sont là pour nous le rappeler. La volonté de prédation avouée du Rwanda contre la RDC, a mis de même toute l’opinion publique sur le qui vive. Au point qu’à la moindre évocation de ce pays, de ses citoyens et surtout de ses dirigeants, la population gronde.
Elle l’a particulièrement fait à l’annonce du débarquement d’un millier de fantassins rwandais au Nord-Kivu. Ainsi, aveuglés par la peur, beaucoup ont déposé leur démission au portefeuille de la réflexion et de l’évaluation froide de la réalité. Mais jusqu’à quand toute la nation va refuser de briser les cloisons de la peur et tenter, pour une fois, de toiser l’ennemi et d’acheter à vil prix ses revendications ?
On craint le serpent parce qu’il a du venin ? Pareillement, on redoute le Rwanda parce qu’il agite toujours un prétexte pour nous déstabiliser. La responsabilité consiste-t-elle à continuer à fuir le serpent ou à étudier comment finalement neutraliser son venin ? La dernière option demeure sans conteste, la plus conséquente.
N’importe comment, il était irresponsable, voire puéril pour tout un peuple de se contenter à longueur d’années d’une comptabilité victimaire, au lieu d’apprendre à dompter le danger. Garant de la nation et de la Constitution, le Chef de l’Etat en a courageusement levé l’option. Après plusieurs volontés maintes fois exprimées par la représentation nationale, il a décidé de négocier directement avec le Rwanda. Il a pris du temps avant de se résoudre à cette finalité.
Aujourd’hui, des opérations militaires conjointes avec le Rwanda sont en gestation au Kivu. Kinshasa veut donner des FDLR à bouffer à Kigali qui raffole tant du plat, jusqu’à violer l’intimité congolaise et s’inviter par la force à la table. En quelques jours, il y a des avancées. Kibumba, Bunagana, Rutshuru, Rumangabo et bientôt Kiwanja ont été reprises. Les barrières levées sur les principaux axes. Les habitants de la région se disent satisfaits quoiqu’un peu inquiets.
Notes d’espoir
Inquiétude légitime, mais vite démentie par des observateurs pointilleux de la région des Grands Lacs. C’est le cas de Louis Michel qui a donné cette assurance: « C’est le début de la solution aux problèmes de la région des Grands lacs ». L’euro commissaire pense ainsi qu’il s’agit là d’un signe tangible de la coopération qui s’est établie entre les deux pays. Il se félicite d’ores et déjà que cette opération vienne s’ajouter aux déclarations de fin des hostilités du CNDP le week-end dernier.
Réaliste à tout point de vue, l’homme d’Etat européen souligne cependant que cette action ne signifie pas nécessairement la fin de tous les problèmes de la région. Néanmoins, il reste convaincu que la situation durable ne pourra voir le jour que dans le cadre d’une opération au niveau régional en ce qui concerne les crises persistantes à l’Est de la RDC. L’occasion faisant le larron, Louis Michel a enjoint les FDLR à déposer les armes et à s’abstenir de toute action contre les populations civiles. Dans le sillage de son optimisme, l’Union européenne tout entière a salué la nouvelle avancée entre les deux pays ennemis.
Les trompettes du désespoir
La pire des choses que puisse faire une élite face à la menace rwandaise qui nous tient à la gorge, c’est d’animer un concert de larmes. Les différentes récriminations enregistrées depuis le nouvel élan pris par l’exécutif, ne sont rien qu’un deuil basé sur les craintes du passé. Or, au lieu de pleurer ou d’alarmer l’opinion, l’élite ferait mieux de critiquer positivement l’option du gouvernement.
Si cette dernière est un non sens, que proposent les contestataires ? Quoiqu’on en dise, face à une menace collective, les stratégies et les tactiques ne sauraient jamais être consensuelles. Alors, trêve de babillage, l’important, tout le monde en convient, c’est de neutraliser le venin du serpent. La démarche pour y parvenir peut être sujette à caution. Mais le but poursuivi invite à une indulgence de circonstance, quitte à proposer mieux, pour qui joue sincèrement une symphonie patriotique.
Entre deux maux, il faut toujours savoir choisir le moindre. Malheureusement, à l’heure crucial du choix, beaucoup choisissent la capitulation et embouchent les trompettes d’un alarmisme sans lendemain. Continuer à faire du sur place diplomatique - avec en toile de fonds de négociations même globalisantes - reste tout aussi dangereux que s’engager dans l’action. Le débat de l’heure, heureusement, reste coincé dans ce cul-de-sac.
Un no way dans lequel s’engouffre, sans évaluation préalable, un certain nombre d’agitateurs dans la capitale. Seules des femmes du Sud-Kivu ont paru réalistes. Elles ont demandé à la MONUC d’aménager des couloirs humanitaires pour les protéger avec les enfants contre les violences sexuelles et les représailles éventuelles des FDLR. Elles ont le mérite de soutenir l’opération conjointe moyennant quelques précautions à prendre avant son déclenchement. C’est de la positivité.
Comme le Palmarès le disait dans son édition d’hier, le drame ou le piège, c’est selon, n’est pas de signer la paix avec le Rwanda. Mais c’est de la signer sans avoir clairement dégagé le gain escompté. Dans le dossier sous examen, le Président Kabila donne la garantie du gain attendu: arracher toutes les dents du tigre...
Il est malheureusement regrettable de constater que certaines personnalités au sommet de l’Etat se sont presque désolidarisées du magistrat suprême dans leurs déclarations à la presse autour de l’affaire. Y a-t-il des loups dans la bergerie congolaise ? L’avenir promet beaucoup de désillusions !
(DN/Ern./GW/Yes)
Le Palmarès
Last edited: 26/01/2009 13:36:39