Significatif entretien téléphonique avec le député provincial élu du territoire de Walikale dans le Nord-Kivu, ci-devant Me Gilbert Kalinda, qui commente la nouvelle donne de l’entrée voulue officielle cette fois à l’Est de la RDC des soldats rwandais venus résolument traquer le rebelles FDLR et Interahamwe réfugiés au Congo depuis où ils ont causé et en même temps servi de prétexte à la néfaste déstabilisation de la région des Grands Lacs.

Le politique et avocat Kalinda qui vit sur terrain l’actuelle tragédie du Kivu traduit les sentiments de sa base et présente sa personnelle vision de la transformation qui s’opère de la situation dans cette partie et indéniable ventre mou de la RDC.

Me Kalinda ne dissimule pas la surprise avec laquelle la population a accueilli la subite et nouvelle intervention des soldats rwandais revenus opérer de connivence avec les forces armées congolaises dans la périlleuse traque des FDLR. D’indéniables sentiments de peur ont envahi les Kivutiens dans un premier temps et les ont poussés à déplorer le surprenant fait accompli devant lequel ils ont été placés.

Mais stratégie militaire d’essence secrète oblige, ils sont contraints d’observer sans protester ce qui leur arrive, en espérant tout de même que la situation évolue rapidement dans le sens de la solution de paix vivement souhaitée et attendue.

Circonspection recommandée

Me Kalinda indique bien la fragilité du wait and see contrainte d’être observée non sans émettre des remarques sur les précautions que la situation oblige toutefois de prendre, tant les Congolais tels des chats échaudés ont été marqués par les vicissitudes des tragiques faits déplorés dans le passé du fait sans doute de mauvaise ou légère appréciation des préoccupations du Rwanda confronté à la spécificité de son propre drame national.

Comment s’aviser correctement devant l’inconnue qui demeure de la situation ? Telle est la raison de la circonspection apparemment recommandée, selon Me Kalinda ainsi qu’il s’en explique dans l’entretien ci-après.

Honorable Kalinda,  comment voyez-vous et que dites-vous des évolutions substantielles dans le processus de paix à l’Est, au regard de ce qui advient avec l’entrée des forces rwandaises au Kivu. Vous qui êtes sur terrain, pouvez-vous nous donner votre appréciation de cette situation ?
 
Merci beaucoup pour l’opportunité que vous me donner d’en parler en m’adressant ainsi au public certainement curieuse de comprendre notre lecture de la situation à partir du terrain même des opérations. Permettez-moi tout de même que je commence d’abord par profiter de cette opportunité pour présenter à vos nombreux internautes mes vœux les meilleurs de paix et de prospérité pour l’année 2009. C’est vrai, notre sous région est entrain de vivre des temps particuliers qu’il n’est pas aisé de comprendre.

Tenez, tous les militaires qui s’affrontaient sont devenus brusquement des parfaits copains. On dirait que désormais le chemin de la paix est ouvert. Ce chemin, si facilement ouvert, le connaissons-nous ? Notre peuple est-il informé ? Nos hautes autorités politiques en ont-ils une parfaite et rassurante compréhension ?
 
Pourquoi, Honorable, vos réponses semblent-elles cacher une perspective d’incertitude ? 
 
Il n’y a rien d’incertitude. Vous savez bien que j’adore de soumettre à notre peuple des sujets de réflexion sur des faits de notre temps. Il n’y a là présentement que des questionnements usuels. Tu sais, nous devons apprendre à soumettre à l’analyse du peuple des interrogations que nous rencontrons dans l’exercice du mandat qu’il nous a donné. Partager avec notre peuple des préoccupations fondamentales ne doit ni inquiéter ni révolter.

Voici des questions auxquelles nous devons donner des réponses au peuple qui a le droit de nous interroger : Quels sont les acteurs principaux de ce processus de paix ? Quels sont les résultats attendus pour notre Gouvernement ? Quels sont les difficultés de parcours envisageables ? Qui fournira la logistique ? Avons-nous la certitude que ce dossier sera traité en mettant en exergue le militaire, en lui reconnaissant une valeur méritée d’avoir renoncé aux affrontements ?
N y a-t-il pas risque de profiter de ce nouveau chemin pour des enrichissements indus au détriment tant des militaires que du processus lui-même ? Savons-nous que les militaires ont passé plusieurs années en situation de guerre et qu’il est impérieux d’avoir des mécanismes d’accompagnement appropriés pour leur insertion sociale? Il y a beaucoup des questions. 
 
Il y a beaucoup des questions, c’est vrai. Mais, quid des FDLR à poursuivre ?
 
La question des FDLR demeure une épine qu’il faut à tout prix enlever du dos du Gouvernement de la RDC. En effet, en voulant le faire, nous espérons que le Gouvernement a également réfléchi sur les mesures d’encadrement à prendre pour éviter que la douleur des éventuels affrontements que dicteront, de façon prévisible, les opérations de contrainte ne puisse à la fois nuire aux populations civiles congolaises et créer fatalement une sorte de solidarité entre les peuples autochtones victimes et les FDLR qui pourront également s’estimer tels.

Ce sont là aussi des questions qui méritent un partage. Si tous les autres partenaires au processus agissent rationnellement, nous sommes en droit d’exiger que la rationalité soit également au rendez-vous chez nous. Nous espérons que des réponses peuvent être données à ces questionnements.
 
Que pensez-vous donc des opérations conjointes FARDC et APR en cours ?
 
Je note que mes interrogations du départ exigent de notre Gouvernement des réponses citoyennes et précises. J’ai une simple inquiétude positive : nos militaires vont faire une nouvelle expérience d’échanges et de collaboration avec une armée étrangère, l’APR, … N’en sortiront-ils pas, nos militaires, métamorphosés en syndicalistes, pour revendiquer le bon traitement au sein du corps? Et les possibles révoltes? Nous espérons aussi que la hiérarchie veille et alors veille vraiment..... 
 
Un mot de la fin ?
 
Il est difficile de finir un débat qui porte essentiellement sur une question si pertinente. Je voudrais seulement rappeler à l’opérateur politique qu’il doit gérer ce processus en sauvegardant la dignité du militaire et la noblesse de la perspective de paix. Commettre les erreurs de bénéficier des situations militaires pour des enrichissements indus ne pourra nous ouvrir que des voies d’abimes d’où aucune nouvelle opportunité ne pourra nous récupérer.

Les questions majeures doivent faire objet des concertations entre décideurs à tous les niveaux. Les Bureaux d’études doivent réfléchir sérieusement sur l’avenir aux fins de permettre à l’homme politique d’avoir le regard à la fois réaliste et rationnel des faits. Nous devons éviter de noyer les initiatives civiles de questionnement et d’étouffer l’élan de la raison, de la réflexion rationnelle. Si par simple passion, l’homme politique congolais refuse de donner des réponses aux préoccupations et interrogations du peuple, la raison des partenaires le guidera.

Du reste, les partenaires étrangers doivent-ils cesser de réfléchir parce que le Congolais refuse cet exercice ? Non ! La réflexion étant une valeur légitime pour l'humanité.

Enfin, pour mes électeurs de Walikale, nous espérons que le Gouvernement nous fournira des informations opportunes aux fins de la compréhension des enjeux du moment et du bénéfice de bonnes fins.
 
Je vous remercie
 
C’est moi qui vous remercie.

(DN/Yes)

Propos recueillis par Daniel Nzuzi/MMC