Les espoirs suscités par des déclarations successives de Bosco Ntaganda du CNDP et de Sendoukou Museveni du Pareco-Fap continuent de s’amplifier. Lundi, dans une interview accordée à Frédéric Kitenge Kikumba et diffusée sur Digital Congo FM, le général Laurent Nkunda a rejoint les positions de l’aile qu’on voulait dissidente en annonçant qu’il fallait des accords politiques pour normaliser les accords signés par les militaires. Il s’est dit prêt à signer les accords de Nairobi après les travaux en commissions et à venir à Kinshasa appuyer les institutions de la République naissant qu’il aurait toujours reconnues. Voici la substance de ses déclarations.

Le général Bosco Ntaganda a-t-il agi avec votre bénédiction ?

Bien sûr, parce qu’il avait tout l’état-major. Et donc, il avait entériné. Sinon, il y avait eu de gens qui auraient résisté à ça. Si aujourd’hui ça s’exécute sans aucun problème, sans aucune embûche, comprenez donc que j’ai donné mon approbation même avant qu’il ne quitte. Je voulais tester. Moi aussi, j’ai testé avec le mixage, ça avait réussi. Allez-y comprendre qu’il faut un peu de volonté politique et tout marche.

Mon général, à quand votre retour à Goma ?

Bien sûr, je vous parle d’une volonté politique. Il y a une solution, il y a des prémices que nous observons. Alors, il faut un pas politique.

Ce qui est fait n’est pas suffisant pour que cette volonté politique soit matérialisée par votre retour dans la grande famille congolaise ?

Nous devons rejoindre cette volonté militaire. Donc, le corps politique doit avaliser ce que l’armée a pris le courage de faire. Il faut donc que de deux côtés, du gouvernement et du CNDP, le corps politique avalise, accepte et s’adapte à ce nouveau contexte.

Qu’est-ce que vous appelez le corps politique ?

Vous savez que dans cet accord militaire, dans ces deux déclarations militaires, il y a là où il est dit que l’ANC et le CNDP soutiennent le processus de paix. Nous disons qu’à Nairobi ça avait bloqué la fois passée. Il faut donc maintenant que le corps politique, que les négociations de Nairobi avalisent cette volonté militaire. C’est là que ça aura un fondement politique. Et après maintenant, on va dans la seconde étape de normalisation politique. Il faut que cette armée soit intégrée dans des conditions acceptables. Il faut que cette confiance qui naît soit encadrée par le corps politique. L’armée est sous la gestion du politique.

Général Nkunda, c’est vous qui n’avez pas donné autorisation à vos délégués de Nairobi d’aller jusqu’à la signature. Est-ce que maintenant vous leur donnez le pouvoir de le faire ?

Ce n’est pas ça. Je pense que les gens n’ont dit la vérité. Nous avions donné feu vert à nos gens de signer à Nairobi, il y avait la volonté. C’est plutôt du côté gouvernement qu’il y avait eu des petits problèmes. Je pense qu’aujourd’hui le CNDP a montré toute sa volonté de le faire. Et donc qu’il faut en profiter. Nous devons tous saisir la balle au bond et aller de l’avant !

Mais, aujourd’hui, c’est une obligation mon général. Parce que hier, avec la levée des barrières du côté de Sake, c’était une explosion de joie au sein de la population. Quelle est votre réaction ?

C’est ça que j’ai appelé les prémices de cette signature. Ca doit nous interpeller tous. Voilà donc nous devons tous être interpellés du côté gouvernement et du côté CNDP. C’était une tentative qui a réussi, qui a produit ses fruits, allons nous tous !

Et maintenant que vous vous mettez ensemble, Kinshasa et Kigali veulent absolument maintenant unir leurs efforts pour bouter dehors les FDLR. Est-ce que on peut aussi compter sur l’appui du CNDP avec le général Laurent Nkunda à la tête ?

Ca a été mis dans les documents, c’est clair. Le CNDP a toujours demandé cela. Donc, croyez que nous ne pouvons pas nous soustraire à une si grande mission ; à une grande obligation comme celle-là.

Et quand est-ce que l’on peut assister à une audience de Laurent Nkunda et Vital Kamerhe par exemple au siège du Parlement parce que vous avez voulu parler aussi à l’Assemblée nationale ?

A tout moment qu’on le voudra. Laurent Nkunda est et a toujours été prêt. Vous savez que j’avais reçu l’année passée la délégation du Sénat, je n’avais pas fermé les portes. Je les reconnais et je reconnais toutes les institutions. Donc rassurez-vous que Nkunda est prêt.

Est-ce que vous allez vous rendre à Kinshasa siège des institutions pour rencontrer les autorités des institutions de notre pays ?

Bien sûr. C’est ce que j’ai appelé le processus de normalisation qui doit aboutir au rapprochement. Il y a le premier exercice qui vient de produire ses fruits, je pense que dès qu’on aura eu un accord politique pour formaliser ce rapprochement, la deuxième chose, la suite, c’est d’aller dans les institutions, d’aller appuyer vers les institutions, d’aller appuyer la République naissante.

Ma dernière question mon général, d’après vous, la dernière étape qui reste maintenant c’est de rentrer à Nairobi pour la cérémonie de signature ?

Bien sûr, on doit aller signer, on doit aller formaliser cet accord parce qu’il y a eu des déclarations du CNDP, de l’ANC(Lisez FARDC, NDLR), donc après ça on rentre, on fait des commissions comme on l’avait prévu. Et là on va directement dans le processus au rapprochement et bien sûr on va à l’aboutissement de l’accord.

Débâcle parmi les fidèles de Nkunda versant dans les pillages

La cité de Kiwanja, si­tuée à environ 75 km de Goma, a connu hier une situation chaotique avec la paralysie subite des activités commerciales, préjudiciant la population. A la base, le pillage diman­che dernier, en pleine journée, d’une boutique par des éléments du Cndp, fidèles à Laurent Nkundabatware. En consé­quence, des commerçants locaux ont fermé leurs boutiques, d’autres ont simplement sorti les marchan­dises pour les cacher en lieux sup­posés sûrs, poussés en cela par une rumeur persistante d’un retrait imminent des troupes rebelles. Dans le même courant de la journée, la nouvelle du pillage par les soldats rebelles, d’un camion en provenance de Goma s’est répan­due comme une traînée de pou­dre sur l’ensemble de la cité. Le véhicule transportant des commerçants et des marchandises en provenance du grand-Nord, a été dé­pouillé de tout son contenu aux environs de 7 heures par des hom­mes armés entre Kalengera et Kako à 15 km de Rutshuru-centre.

Il ne fait plus l’ombre d’un doute que les attaques enregis­trées dans le Rutshuru depuis sa prise par le Cndp sont l’oeuvre des soldats rebelles comme plusieurs sources l’avaient affirmé précédemment. Et la situation ne s’était guère améliorée. Plusieurs atta­ques armées sur des véhicules des commerçants sont actuellement enregistrées sur l’axe routier Kalengera et Rutshuru-centre, relèvent plusieurs sources contac­tées. Visiblement, les soldats de Nkundabatware sont sur les tra­ces des rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur dont la débâcle se traduit par des violences contre les populations civiles, le retour virtuel de la paix dans les provinces du Kivu serait mal accueilli par ces forces de Laurent Nkundabatware habi­tuées, vraisemblablement, à se nourrir dans les troubles et la guerre. Mais aussi façonnés dans les moules de la haine contre des ethnies de cohabitation territoriale.

Reste la charge du patron du Cndp à encadrer ses hommes de troupes pour éviter l’essaimage des violences à travers tout le territoire de Rutshuru, particulièrement dans les localités de leur pré­sence. Autrement en perte de vi­tesse et devant l’absence d’enca­drement autour de la vertu de l’ini­tiative de paix, ces éléments ris­quent de développer un réflexe négatif.

Logiquement, la sincérité de l’engagement de Laurent Nkunda à la dynamique de la paix sera appréciée également à la mesure de l’encadrement de ses troupes. D’autant que tout esprit alerté scrute les lendemains des hommes en arme qui se sont rendus coupables de crimes de guerre et de crime contre l’humanité.

Le mécanisme le plus rassu­rant reste indiscutablement le regroupement et la mise de ses trou­pes à la disposition du gouverne­ment central pour intégration dans les forces armées nationales ou pour démobilisation suivant les ar­ticulations fonctionnelles et soute­nues par la communauté interna­tionale. Il nous semble réel, en effet, que d’aucuns ne manque­ront pas de tenter une instrumentalisation de ces com­battants, pour diverses raisons. On ne peut négliger, notamment le fait que les arrangements au ni­veau national, voire international ont leur limite ; ils n’engagent pas la Cour pénale internationale (Cpi) dont des enquêteurs fouinent déjà dans les arcanes de la Rdc. Ceux qui se reconnaissent dans le colli­mateur de la justice internationale pour des crimes de guerre et con­tre l’humanité, peuvent tenter d’emprunter à Joseph Kony pour brouiller les donnes.

(Ern./DN/GW/CL/PKF)

La République