Jean-Pierre Bemba retient le souffle. Cette étape passée ; l’opinion devra attendre que la Chambre préliminaire III confirme ou non les charges retenues par le Procureur à l’encontre de Jean-Pierre Bemba.
La deuxième journée de l’audience de confirmation des charges mardi dans l’affaire Bemba, a porté sur des témoignages attribués aux victimes admises à ce statut par la Cour pénale internationale (CPI). Le procureur Petra Kneuer a, en premier, raconté comment un témoin centrafricain avait été forcé par trois soldats à s’agenouiller dans la cour de sa maison, avant d’être « sodomisé » quatre heures durant en présence de sa femme et de ses enfants. Selon l’accusation, « ils s’en sont ensuite pris à sa femme, qui a été violée jusqu’à ce qu’elle perde conscience « ainsi qu’à ses quatre filles ».
Deux d’entre elles, affirme Petra Kneurer, ont été abandonnées par leurs maris tandis que le témoin martyrisé a été rejeté par deux de ses épouses. « Jean-Pierre Bemba vous a envoyés pour tuer et non pour vous amuser », répétait à ses troupes, un commandant du MLC, selon un autre témoin cité là, ses soldats tuaient hommes, femmes et enfants sans distinction, affirme, en outre, le procureur qui cite un témoin.
C’est Patassé... et non Bemba, selon la défense
Face aux témoignages cités par le procureur, la défense a déclaré que les accusations des témoins ont démontré que c’est le président Patassé qui donnait des ordres aux troupes du MLC se trouvant en République centrafricaine et non M. Bemba Me Nkwebe Liniss a affirmé par ailleurs que Patassé décidait de l’offensive ou de la contre-offensive avec son ministre de la Défense. « Aucune preuve n’atteste que Bemba avait la connaissance des crimes » et « d’intention » de les commettre, a poursuivi l’avocat. La défense a également remis en cause l’identification par certaines victimes des troupes du MLC grâce à leur langue, le lingala. « Le lingala n’est pas l’apanage du MLC », a avancé Me Nkwebe Liriss. L’accusation a pris soin de détailler, à l’occasion, les éléments des crimes dont les viols, tortures et meurtres attribués aux troupes de l’ancien vice-président congolais. Pour le procureur, des « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre », dont sont soupçonnés les soldats du Mouvement de libération du Congo, justifient, selon lui, la tenue d’un procès.
Les audiences vont se poursuivre jusque demain jeudi et les juges de la chambre préliminaire ont 60 jours à dater de la fin des audiences pour rendre leur décision. Cette décision pourrait confirmer ou non les charges étayées par le procureur.
Il y a lieu de rappeler que les soldats du MLC avaient été envoyés de la République démocratique du Congo en République centrafricaine pour appuyer le régime du président Ange-Félix Patassé menacé par une rébellion du général François Bozizé, entre octobre 2002 et mars 2003. Bozizé avait fini par s’emparer du pouvoir et a été élu à ce même poste en 2005, année au cours de laquelle il avait déféré la situation de son pays à la CPI.
(SL/Ern./GW/Yes)
Désiré-Israël Kazadi/Le Phare