Selon Désiré Kamanzi, l’un des cadres du mouvement rebelle, il serait reproché au général déchu sa mégestion.
Ce que les analystes politiques attendaient depuis quelques jours est enfin arrivé: le général déchu Laurent Nkunda est limogé de la tête du Conseil national pour la défense du peuple (Cndp) par la haute direction du commandement militaire, l’organe suprême de ce mouvement politico-militaire. La nouvelle annoncée en début de soirée par Digital Congo FM captée à Kinshasa venait de Désiré Kamanzi, un haut cadre du Cndp qui n’a donné aucune justification de cette décision ni le lieu où cette décision a été prise.
Le concerné a néanmoins promis de donner de plus amples détails dans les prochaines heures. Mais, le porte-parole officiel du Cndp, Bertrand Bisimwa n’a infirmé ni confirmé cette information selon la même source. Bisimwa a néanmoins assuré qu’il sera présent aux négociations de Naïrobi.
A quelques heures du troisième round
A quelques heures du troisième round des négociations de Nairobi entre le Cndp et le gouvernement de la République démocratique du Congo, l’incertitude est palpable dans le camp des médiateurs sur la participation des rebelles et leur cahier des charges.
Car, selon l’agenda des concertations entamées à Nairobi depuis l’année dernière, le troisième round des pourparlers devrait, en principe, s’ouvrir ce 07 janvier dans la capitale kenyane entre les deux parties. Cependant la non visibilité observée à l’horizon empêche justement la reprise de cette rencontre pourtant nécessaire pour le retour de la paix dans les Kivu. Au terme du second round, le 18 décembre 2008, le mouvement politico-militaire a opposé un refus catégorique à signer le texte de formalisation du cessez-le-feu alors que le gouvernement a, à travers, le ministre de la Coopération Internationale et Régionale, Raymond Tshibanda, fait preuve de bonne foi en s’engageant pour la paix.
En même temps, le Cndp conditionnait déjà à l’époque sa participation à la poursuite des discussions au retrait des Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) de l’axe Goma-Kibati, à 12 kilomètres au Nord de Goma. Pour le mouvement rebelle, les forces gouvernementales occuperaient les zones considérées comme tampon. Pour sa part, la Monuc n’est pas de cet avis puisqu’elle déclare n’avoir pas observé le moindre mouvement des Fardc. Cela a été confirmé plus d’une fois par le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Alan Doss qui, en réponse à une correspondance datée du 24 décembre lui envoyée par le chef du Cndp, Laurent Nkunda, a confirmé les mêmes faits. Malgré les assurances lui données par le patron de la mission onusienne, le général rebelle se cabre dans sa position et n’entend nullement lire les signes de temps.
Pour le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, en agissant de la sorte, le Cndp trahit sa volonté de ne pas faciliter la paix car, il n’y trouve pas son intérêt. N’empêche que la Monuc n’a cessé d’inviter le Cndp à reprendre le dialogue. Peine perdue pour un mouvement qui a d’autres visées que celles qui sont présentées pour la consommation publique.
Le pavé dans la mare
C’est dans ce contexte que le pavé est tombé dans la mare : Laurent Nkunda est déboulonné de son piédestal par ses comparses. Les Congolais, les Rwandais, la Communauté internationale devraient désormais évoluer autrement dans ce processus. Son départ va-t-il faciliter le processus de pacification du Nord-Kivu ? Quel est l’agenda de son successeur ?
Mais, pour la société civile du Sud-Kivu qui donnait son avis sur le processus quelques heures avant le limogeage de Nkunda, ça ne servait à rien de traiter avec Nkunda et le Cndp. Pour elle, il faudrait dialoguer directement avec le Rwanda qui est derrière toute cette affaire.
Des analystes politiques qui partagent cette opinion affirment que le limogeage de Nkunda est une des conséquences du dernier rapport de la Monuc sur la guerre du Nord-Kivu. Ce rapport évoquant des massacres de sang froid des civils à Kiwanja et à Rutshuru était porteur des répercussions dangereuses pour toutes les personnes physiques ou morales impliquées aux côtés du Cndp.
Car, le Rwanda accusé de fournir troupes, armes, minutions et finances au mouvement rebelle ne pouvait plus continuer à assurer la couverture de cet allié devenu trop encombrant. Cela d’autant plus que les bailleurs de fonds allaient fermer les robinets à l’instar de la Suède et de la Hollande qui ont récemment suspendu leurs aides au régime de Kigali. D’où la nécessité de lâcher du lest pour sauver l’essentiel.
Par ailleurs, ces analystes rappellent que le RCD, un autre mouvement rebelle congolais proche de Kigali procédait toujours au changement de chef avant de négociations importantes. C’est ainsi que l’on verra Onosumba remplacer Wamba dia Wamba avant l’Accord de Lusaka, et Onusumba cédera, à son tour, la place à Azarias Ruberwa à la veille du partage du pouvoir dans le cadre de 1 + 4 peu après Sun City. C’est à peu près le même schéma qui est suivi ici. Avec l’espoir que le Rwanda a boutiqué un cahier de charge acceptable par le gouvernement de la Rdc, lequel cahier sera brandi par les délégués du Cndp.
Nkunda en route pour la Cpi
Mais Laurent Nkunda indexé comme auteur intellectuel des exactions et massacres perpétrés par le Cndp est désormais en bon pour la Cpi qui le recherche depuis plusieurs mois. Car, l’amnistie accordée dans le cadre du processus Amani ne couvre nullement les crimes poursuivis par la justice internationale. A l’Onu, on ne lui pardonne pas non plus d’avoir tourné en bourrique Olusegun Obasanjo, l’émissaire du Sg de l’Onu lui envoyé pour trouver des voies de sorties à ce conflit. Les heures qui viennent vont éclaircir davantage la situation.Et ce, à moins que le limogeage de Nkunda ne soit une diversion pour distraire l’opinion.
(Ern/GW/PKF)
Mayonde Kolongo/Ndongala Mbizi-a-Nkadi/La République
Last edited: 06/01/2009 12:33:11