Celles-ci ont attiré vers elles des milliers de négociants et creuseurs de diamant ainsi que des fournis­seurs des produits alimentaires et manufacturés de base. Cepen­dant les acheteurs de diamant notamment opérant dans les foyers miniers éparpillés dans la vaste forêt de Bafwasende com­mencent, petit à petit, à tourner le dos à leur activité principale à cause de la santé précaire qu’affi­che cette matière sur le marché Plusieurs d’entre eux ont tourné casaque et se sont convertis dans l’achat des gibiers (viande bouca­née) le long de la Nationale N°4, sur l’axe Kisangani-Bafwasende.

Les chasseurs font le plein, mais la biodiversité en souffre. Il suffit de fréquenter ce tronçon routier pour rencontrer des négo­ciants de diamant se rendant, en motos en provenance de Kisan­gani, pour la campagne d’achat des gibiers dans les villages rive­rains de la route de Bafwasende, ou en revenant avec des paniers pleins de ces produits (viande bou­canée de singe, d’antilope, de san­glier, de porc-épic, de rat, etc.).

Le marché ne se conclut pas automatiquement: il se fait par éta­pes. La première étape consiste, pour l’acheteur (commerçant), à aller confier l’argent et le panier à un(e) villageois(e) qui va se lan­cer dans la campagne d’achat des gibiers en parcourant des villages et des arrières habitations (Nganda). Certains chasseurs sont ravitaillés en cartouches (de chasse) pour cette fin.

La seconde étape consiste, pour le négociant converti, à reve­nir, après quelques jours, pour récupérer ce que le “ commission­naire “ a pu réaliser. Le travail ac­compli est récompensé par une prime de 5 $ ou plus, selon le tem­pérament ou le degré de satisfac­tion du “ patron “. Selon des témoignages, ces gi­biers sont pour la plupart des cas expédiés à Kinshasa ou à Tshikapa au Kasaï Occidental où ils sont écoulés à des prix exorbitants.

Il y a quelque temps, rencontrer des chasseurs sur la route de Bafwasende étaient rare, si ce n’étaient que des creuseurs de diamant avec leurs matériels (bêches, treillis...) en partance pour les carrières. Désormais, ils sont de plus en plus visibles sur l’axe principal, munis de leur fusil de chasse (calibre 12) ou des néces­saires pour tendre des piéges. Les conséquences de cette ruée des diamantaires sur les gibiers sont prévisibles. Il y a notamment la rareté de viande de brousse dans les villages riverains (le tout est quasiment et préalablement pris par cette nouvelle catégorie, de clients et il est rare de trouver une viande de bouche dans un restaurant de fortune) et la pression sur la faune avec risque d’encourager le braconnage.

Néanmoins, à quelque chose malheur est bon, dit-on. Avec la chute vertigineuse de prix du diamant, les creuseurs ressortissants du territoire de Bafwasende ont pris conscience. Certains ont renoué avec l’agriculture, d’autre avec la chasse et d’autre encore avec la pêche, ces activités de prédilection de leurs ancêtres qu’ils avaient abandonnées après la libéralisation des matières précieuses. Ils sont encouragés par la ré­habilitation de la Nationale N°4 qui appelle la reprise du trafic. D’autres encore se font payer à la tâche pour les travaux de champs.

(SL/Th/GW/Yes/PKF)

Gilbert  Risasi Sindano/La Référence Plus