Le plan Cohen intitulé « L’Afrique peut-elle commercer la voie de la paix » ? a été rendu public le 15 décembre dernier. Il s’agit d’une proposition que l’ancien sous secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, qui passe pour un spécialiste du Congo, propose au président américain élu, Barack Obama.
Dans son plan, Herman Cohen reconnaît que le conflit dans l’Est du Congo aura duré plus de 12 années. Alors que cette guerre se déroule sur le sol congolais, Herman Cohen estime qu’il s’agit de « substitut de guerre entre le Congo et le Rwanda ». Kigali intervient par des mouvements rebelles à caractère interne. L’ancien sous secrétaire d’Etat reconnaît également l’à propos du dernier rapport des Nations Unies qui atteste le soutien du Rwanda aux rebelles du Cndp.
Plusieurs solutions ont été proposées notamment le réchauffement des relations entre la Rdc et son voisin rwandais. Pour Herman Cohen, ces solutions n’auront pas d’effets attendus. Pour lui, « La seule façon de mettre fin à une guerre qui a causé cinq millions de morts et forcé des millions de personnes à fuir leurs foyers dans l’Est du Congo, c’est de répondre à la dimension internationale du conflit ». Même si le Rwanda nie sa responsabilité dans ces guerres, notamment en dénonçant le dernier rapport de l’Onu, Herman Cohen estime que le rôle du Rwanda dans ces conflits à l’Est de la Rdc est indéniable et de grande importance. Il reconnaît les efforts fournis par « la communauté internationale qui a travaillé d’arrache-pied pour résoudre les conflits entre les différentes parties que sont les États souverains, du Rwanda et du Congo ainsi que les milices ». En plus poursuit Herman Cohen dans son analyse, « malgré le déploiement de 17.000 soldats de la paix des Nations Unies, et de nombreux efforts de médiation constructifs avec le soutien américain, la situation semble insoluble ».
Les racines économiques du conflit
L’ancien sous secrétaire d’Etat estime que la diplomatie internationale a échoué au Congo. Pour lui, « L’échec de la diplomatie internationale est lié aux racines économiques du problème, qui a commencé avec le génocide de 1994 au Rwanda ». Jusque-là, Herman Cohen était cohérent et correct. Cette fois il tombe dans une sorte d’amalgame à la recherche d’une chute pouvant lui permettre de proposer son plan. Dès ce moment, il devient difficile, pour ne pas dire impossible de comprendre le lien que Cohen établit entre le génocide rwandais par des Rwandais et qui s’est déroulé au Rwanda et les enjeux économiques de la guerre que le Rwanda impose à la Rdc. « Le génocide, la guerre entre la majorité hutue et la minorité tutsie au Rwanda, a déversé dans la partie Est du Congo des réfugiés hutu … » « Quand les rebelles tutsis ont pris le pouvoir au Rwanda en Juin 1994, plus d’un million de Hutus ont fui vers le Congo, où ils s’installèrent dans des camps de réfugiés sur la frontière rwandaise.
Après deux ans de raids transfrontaliers des camps de réfugiés hutus en exil par les soldats qui avaient participé au génocide, l’armée rwandaise a attaqué et détruit les camps, avec le calme, mais sans ambiguïté de l’approbation des États-Unis en l’absence d’autre solution à la violence ». Encore une fois Herman Cohen verse dans des contrevérités dans le seul but de justifier la politique de son pays qui avait soutenu l’attaque des camps des réfugiés hutu. Pourquoi parle-t-on de contrevérités ? En effet, tout le temps que les réfugiés hutus sont restés dans les camps au Congo, il n’y avait pas d’attaque ou des raids par eux vers le Rwanda.
Cohen dit que l’attaque des camps des réfugiés était la seule solution à la violence. Cela n’est pas vrai également dans la mesure où le gouvernement congolais de l’époque avait demandé plus d’une fois à la communauté internationale d’éloigner les réfugiés de la frontière et de séparer les militaires des civils. Très impliqués dans ce dossier, les Etats-Unis sont restés muets jusqu’au jour où les réfugiés hutus ont été traqués. On les a poursuivis jusque dans la province de l’Equateur à l’Ouest de la Rdc à plus de 2 mille kilomètres de la frontière rwandaise. « La plupart des Hutus réfugiés sont retournés au Rwanda, mais environ 100000 d’entre eux, avec les soldats hutus exilés, vers l’ouest comme une discipline de groupe dans l’intérieur du Congo. L’armée rwandaise a poursuivi le Hutu fuyant et a pris avec eux près de la ville de Kisangani à la source du fleuve Congo. Les réfugiés ont été massacrés, mais les anciens soldats hutus se sont échappés dans les pays voisins.
Le massacre des Hutu planifié par Kigali
Le mouvement contre les camps de réfugiés a été la première étape d’une action bien planifiée par le Rwanda en 1996 et en 1997… ». L’Américain reconnaît que c’est l’armée rwandaise qui a traqué les Hutus et les a massacrés. Cela n’a pas empêché son pays de soutenir la commission Abega qui mettait les massacres des Hutus sur Mzée Laurent Désiré Kabila. Et dès le moment où il a été établi que les massacres des Hutus étaient l’œuvre des Rwandais, l’Onu a classé le dossier sans suite. Le rôle des Usa est reconnu dans cet abandon de la procédure. Le Rwanda s’est engagé dans une guerre contre le Congo en occupant des provinces de l’Est. Herman Cohen reconnaît que de 1996 à ce jour, « les Tutsis rwandais ont conduit le gouvernement, ont contrôlé les richesses du Congo » notamment à travers « des milices congolaises financées et entraînées par l’armée rwandaise ».
Obéissant à la communauté internationale la Rdc a signé tous les accords, mêmes les plus ambigus dans le seul but de ramener la paix dans sa partie Est. Hier, le reproche qu’on faisait aux gouvernements congolais c’est qu’ils manquaient de légitimité populaire. Cohen reconnaît qu’« il y a deux ans, le Congo a tenu des élections multipartites qui ont été jugées transparentes et crédibles par les observateurs internationaux. Pour la première fois en une décennie, il y avait de l’espoir pour la stabilité ».
Les contrevérités
Après ce constat juste et justifié, Cohen verse encore dans des contrevérités. Il estime que « Le Président Joseph Kabila (le fils de Laurent Kabila, qui a été assassiné en 2001) a porté son attention à essayer de prendre le contrôle des provinces de l’Est. Malheureusement, cela a conduit à une augmentation des conflits et de souffrances. La principale source de la violence est une force d’insurgés ethniques tutsis congolais commandés par Laurent Nkunda, un ancien général de l’armée congolaise. Il affirme se battre pour défendre la communauté tutsie de la discrimination et des ex-combattants hutus rwandais qui sont rentrés des pays voisins et maintenant, dans les collines boisées de l’Est du Congo ».
Il n’y a pas des Hutus rentrés des pays voisins pour s’installer dans les collines de l’Est de la Rdc. Cette contrevérité a pour but d’actualiser le conflit et de donner raison à Kigali. Les Hutu qui sont à l’Est de la Rdc y sont depuis qu’ils ont quittés des camps des réfugiés. Ils y sont restés même lorsque l’armée rwandaise occupait pendant cinq ans cette partie de l’Est de la Rdc. En outre, Kabila n’est pas allé à la conquête des provinces de l’Est et aurait provoqué la guerre. Les provinces de l’Est sont revenues dans les rangs à la fin de la guerre par la signature de l’Accord global et inclusif signé à Sun City.
S’il y a la nouvelle guerre, c’est tout simplement parce que le Rwanda a créé avec Nkundabatware, une autre rébellion. Cohen le reconnaît d’ailleurs lorsque parlant de Nkundabatware, il dit : « Sa force est bien armée et financée par le gouvernement rwandais ». Tout de suite, il trouve une excuse à Kigali : « La présence des Hutus armés dans les provinces congolaises de l’Est, fournit un prétexte au gouvernement rwandais pour justifier son ingérence ».
Une solution qui n’en est pas une
Le seul lien entre le génocide et l’économie que l’Américain trouve, c’est qu’« Après avoir contrôlé les provinces du Kivu depuis 12 ans, le Rwanda ne veut pas renoncer à l’accès aux ressources naturelles congolaises qui constituent une partie importante de son produit national brut ». Et Herman Cohen converge vers ce qu’il considère comme la solution magique pour mettre fin à la guerre. Suivez très bien. Le Rwanda ne peut pas se passer des richesses de la Rdc, de même la Rdc est dans le droit « de prendre le contrôle de ses ressources, au bénéfice du peuple congolais », il ne faut pas qu’il y ait de gagnant et de perdant. Il conclut qu’il faut que « Ce conflit économique soit pris en compte ». Il faut poursuit-il, reconnaître qu’« il existe une synergie naturelle entre l’économique de l’Est du Congo et les pays de l’Afrique de l’Est, y compris le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et l’Ouganda ».
La solution à la guerre c’est qu’il faut « Le flux normal des échanges de l’Est du Congo et l’Est de l’océan Indien, plutôt que les ports de l’océan Atlantique, qui est à plus d’un millier de kilomètres ». Il propose qu’« Après son investiture, Barack Obama devrait nommer un négociateur spécial, qui proposerait un cadre pour un marché commun économique englobant le Congo, le Rwanda, le Burundi, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda.
Cette convention permettra la libre de circulation des personnes et le commerce. Elle donnerait aux entreprises rwandaises un accès continu à des minéraux et des forêts congolaises. Les produits fabriqués à partir de ces matières premières continueront à être exportées par le Rwanda. Le grand changement serait le paiement de redevances et de taxes au gouvernement congolais. Pour la plupart des entreprises rwandaises, ces paiements doivent être contrebalancés par la hausse des revenus ».
Le trop plein des Rwandais
Alors que la solution est économique a-t-il avancé, Cohen reconnaît à la fin que le Rwanda n’a pas seulement besoin de ressources naturelles de la Rdc, mais aussi de l’espace territorial. « En outre, la libre circulation des personnes viderait les camps des réfugiés et permettrait au pays à forte densité de population, dont le Rwanda et le Burundi de fournir la main-d’œuvre nécessaire pour le Congo et la Tanzanie ». En conclusion, propose Herman Cohen à Barak Obama, « Si un tel marché commun peut être négocié, le Rwanda et le Congo n’auraient plus besoin de financer et d’armer des milices pour se faire la guerre sur les ressources naturelles dans les provinces de l’Est du Congo ». Il y a un côté manifestement injuste dans la proposition de Cohen.
Il semble se préoccuper de la situation du Rwanda à qui il reconnaît le droit de jouir obligatoirement des richesses du Congo. Lorsqu’il dit que les deux pays « n’auront plus à se faire la guerre », il loge tout le monde à la même enseigne, et pourtant la Rdc n’a jamais attaqué le Rwanda. Partant de ce parti pris américain, les Congolais ont le droit de prendre avec des pincettes la proposition de Herman Cohen. La Rdc fait partie de la Sadc, de la Ceeac et de Comesa. Le Rwanda a également la liberté d’adhérer à toutes ces organisations. On constate que Kigali s’est retiré de la Ceeac. La Rdc a-t-elle besoin de la médiation spéciale américaine pour composer avec les Etats voisins ? Le problème c’est que l’Amérique, incapable de continuer à justifier Kigali dans ses nombreuses agressions contre la Rdc, veut l’aider à avoir par le fameux marché commun ce qu’il prend aujourd’hui par la guerre. Nous y reviendrons.
(SL/Th/GW/Yes)
Joachim Diana G./L’Avenir