Par arrêté ministériel rendu public lundi 29 décembre 2008, le ministre des Finances vient de suspendre le responsable de la Direction Générale des impôts. Cette suspension fait suite au allégations de corruption, mieux de falsification des chiffres, ayant mis en cause la direction de cette régie financière ainsi que la sous-commission des régies financières à l’Assemblée Nationale.

En clair, six députés nationaux de l’opposition et de la majorité présidentielle sont soupçonnés d’avoir tenté une révision à la baisse à l’apport budgétaire de la DGI. Cela, avec la complicité agissante des responsables de cette régie. Depuis lors, une enquête a été ouverte aussi bien au niveau du comité des sages de la Chambre basse du Parlement ainsi que celui de la justice congolaise.

Selon des sources proches de la DGI, relayées dans le Palmarès n°4422 du samedi 27 décembre 2008, le Directeur général des impôts avait été interpellé par la justice à ce sujet. Il y a de cela deux semaines que ce mandataire public avait fait état de soupçon de corruption à la chambre basse du Parlement, dans les médias de la capitale. En effet, la tentative de révision des chiffres devait profiter aux membres de la sous-­ commission financière de    l’Assemblée Nationale ainsi qu’à quelques têtes couronnées de la Direction générale des impôts. Le solde à dégager devait être partagé comme un vulgaire butin.

Aussi, pour lever toute équivoque dans l’affaire et permettre à la justice de poursuivre son enquête sans entraves, le gouvernement a frappé la DGI. Il reste donc à l’Assemblée Nationale d’entrer en danse. En levant sans délai l’immunité des députés soupçonnés. Sans cette mesure, il sera difficile à la justice de poursuivre sereinement son enquête sur le terrain. Il est vrai que jusqu’à présent les six députés jouissent encore de la présomption d’innocence. Comme le Directeur général de la Dgi du reste. Mais cela n’empêche nullement, compte tenu de la gravité des faits leurs imputés, de parer au plus pressé. De son côté, le gouvernement n’a pas voulu jouer aux prolongations. Au Parlement, qui joue souvent au donneur de leçons face à l’Exécutif, de faire patte blanche. Car, le très tonitruant et irréductible pourfendeur de la mégestion, le député national Lisanga Bonganga, opposant patenté, se trouve au centre des soupçons. C’est lui, le président de la sous-commission visée par une gourmandise remarquablement criminelle. Bien sûr qu’à sa suite, même certaines têtes de l’AMP ont valsé au rythme de la magouille et de la tentation.

La désillusion

Ce feuilleton pour le moins scabreux, interpelle toute l’opinion publique. La population, un peu fatiguée par les pirouettes de l’Exécutif, comptait beaucoup sur le pouvoir législatif dans la lutte contre la corruption. Et particulièrement sur l’opposition qui, dans son rôle républicain de contre -poids face à la coalition au pouvoir, devait    vraiment rassurer. Malheureusement que c’est par cette dernière que vient d’entrer le Cheval de Troie dans la cité. La sous-commission en charge des régies financières de l’Assemblée Nationale et Lisanga Bonganga portent ainsi la responsabilité d’avoir créé le fossé qui va bientôt se creuser entre le peuple et ses élus. Tel reste le constat de plusieurs analystes avertis. Dorénavant, chaque fois qu’un élu du peuple grondera sur la place publique, personne n’aura confiance en lui. Les bourrasques des députés seront dès lors placées sous le signe ignominieux de simples démarches alimentaires.

Pourtant, ils ont beaucoup et violemment aboyé à la chambre basse du Parlement. A ce point, que le gouvernement a désormais appris à trembler. Très sincèrement. Croire que tout le grabuge enregistré n’était qu’une stratégie, mieux une exigence du ventre. C’est mettre K.O. tout un peuple. Tuer toute une génération. De jeunes qui commençaient à croire que l’espoir était encore permis dans ce pays de tous les déboires. Une génération qui, grâce au travail de fourmi d’un jeune comme eux, Joseph Kabila en l’occurrence, a pu assister à un processus électoral qui continue de faire école sur le continent, un processus qui pour la première fois dans l’histoire de cette nation, a permis d’évacuer de manière indiscutable la crise de légitimité du pouvoir. Parce que, pour la première fois, le suffrage universel direct aux présidentielles. Contrairement à 1960 où il était indirect et donc sujet à caution.

Aujourd’hui, avec le scandale de l’Honorable député Lisanga Bonganga, il convient de l’appeler comme cela désormais, en qui et en quoi le peuple devrait-t-il croire ? Il y a fort à craindre que le législatif n’inquiète plus l’exécutif. Que chaque fois que le premier va oser élever le ton, le second ne puisse en rire à se casser les côtes.

Après le scandale provoqué par Francis Kalombo et Gecoco Mulumba, l’opinion a accordé un temps de grâce à la députation nationale. En dépit de la léthargie qui a suivi le dossier. Mais cette fois, la dose semble au-delà de toute résistance... A la plénière d’en tirer toutes les conséquences.

(DN/Ern./GW/Yes)

Le Palmarès