Les attaques simultanées menées par les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) dans plusieurs localités du Haut-Uélé pendant les fêtes de Noël auraient causé la mort d’au moins 189 personnes, parmi la population, selon les autorités locales et humanitaires.
D’après ces sources, les rebelles auraient assassiné 40 personnes à Faradje, 89 à Doruma et 60 à Gurba entre les 26 et 27 décembre.
Un rapport de situation établi par les acteurs humanitaires à Dungu fait état de plusieurs personnalités de Faradje tuées, notamment le médecin chef de Zone de Faradje (partenaire du Fonds des Nations unies pour la Population UNFPA et de Malteser International), deux pasteurs, l’Inspecteur de l’école primaire et secondaire, un pharmacien, le président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) et le chef adjoint de la Direction générale de migration (DGM).
Selon les autorités locales, une vingtaine d’enfants ont été enlevés.
Au total, souligne le rapport, 120 maisons ont été incendiées à Faradje. Les assaillants ont pillé plusieurs boutiques et des maisons d’habitations, y compris l’hôpital général. Toute la ville de Faradje s’est vidée de sa population d’environ 30.000 habitants. La plupart des déplacés se sont réfugiés à Tadu (37 km de Faradje) et à Kpodo (11 km).
Selon la même source, la LRA occuperait actuellement 7 villages aux environs de Doruma : Batande, Manzagala, Mabando, Bagbugu, Nakatilikpa, Nagengwa et Natulugbu.
La Monuc avait condamné vendredi les attaques de la LRA contre les civils, considérant que le groupe rebelle ougandais avait commis de graves violations des droits de l’homme.
« La Monuc condamne ces attaques dans les termes les plus forts et rappelle la Déclaration du président du Conseil de sécurité en date du 22 décembre dans laquelle le Conseil a également condamné énergiquement les attaques menées par la LRA qui menacent en permanence la sécurité dans la région. Les LRA sont visiblement dispersés après les attaques aériennes contre leurs bases et s’en prennent dans leur fuite aux populations vulnérables », a déclaré la Monuc dans un communiqué.
A la demande du chef d’état-major des FARDC (Forces armées de la RDC), la Monuc a transporté vendredi une compagnie de soldats congolais dans la zone afin d’empêcher de nouvelles attaques par la LRA.
Les FARDC ont informé la Monuc que l’UPDF (l’armée ougandaise) a aussi transporté une soixantaine de troupes congolaises à Faradje. De sources militaires des FARDC à Dungu, on apprend que 240 militaires ont été déployés à Faradje le 26 décembre.
Aujourd’hui, la Monuc a transporté 105 soldats des FARDC dans la zone. Un déploiement par la Monuc de 105 autres soldats congolais est prévu demain. La Mission onusienne assiste également l’armée congolaise dans la préparation de ses positions défensives, en lui apportant un soutien logistique.
Entre-temps, signale-t-on, les soldats de l’UPDF et la SPLA (armée du Sud Soudan) sont arrivés à Doruma pour sécuriser la population civile.
Des dizaines de fidèles tués à la machette dans une église par la LRA
Des dizaines de fidèles ont été tués à la machette dans une église à Doruma, une région reculée de la province Orientale. Selon des témoins cités par l’AFP, l’Ouganda impute ce massacre aux rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), qui nient toute implication dans ce massacre.
Une femme qui a réussi à s’enfuir de l’église dit avoir vu une trentaine de personnes tuées. Mais l’armée ougandaise parle de 45 civils tués. Pour le gouverneur de la province Orientale, Médard Autsai Asenga, le bilan dépasse 75 morts. Et pour l’armée congolaise, il se situe entre 120 et 150 morts.
Le bain de sang a eu lieu le lendemain de Noël, dans une région frontalière du Soudan et de l’Ouganda.
A titre de rappel, les armées des trois pays ont lancé tout récemment une offensive conjointe contre l’Armée de résistance du Seigneur, qui s’y est installée depuis une vingtaine d’années.
Les rebelles de la LRA ont démenti toute implication, accusant l’armée ougandaise d’avoir commis ce massacre. Cependant, un témoin affirme les avoir reconnus.
Abel Longi a rapporté que les assaillants parlant acholi, étaient coiffés de dreadlocks et comptaient de nombreux jeunes garçons dans leurs rangs. La LRA est accusée également de recruter de force des enfants soldats.
Témoignage d’un survivant
« Je me suis caché dans les buissons près de l’église et j’ai entendu les gens qui hurlaient pendant qu’ils étaient coupés en morceaux avec des machettes », a expliqué Abel Longi, qui tient une boutique à Doruma, le village où s’est produit le massacre.
« C’était horrible. Il y avait des cadavres au sol, principalement des femmes et des enfants coupés en morceaux », a également affirmé le capitaine Chris Magezi, porte-parole de l’armée ougandaise.
Des témoins ont rapporté que les rebelles avaient utilisé des machettes, mais aussi des épées et des massues.
« Nous avons été informés que les rebelles (de la LRA) ont tué 45 personnes (...) Ils ont utilisé des machettes et des gourdins», a déclaré à l’AFP le capitaine Chris Magezi, porte-parole de l’opération conjointe des armées de l’Ouganda, de la RDC et du Sud-Soudan. «Nos troupes ont été informées du massacre samedi, et sont à la poursuite des auteurs », a-t-il ajouté.
Il a indiqué que l’armée disposait de preuves et de témoignages de survivants incriminant la rébellion ougandaise.
A signaler que le bilan de 45 morts a été confirmé dimanche sous couvert d’anonymat par un travailleur humanitaire d’une ONG internationale, joint par téléphone en RDC.
Massacre dans l’église catholique
« Il y avait des restes de corps humains partout, dans et à l’extérieur de l’église; des enfants étaient parmi les victimes », a-t-il rapporté.
Le massacre a eu lieu dans une église catholique située à environ 10 km au Sud-Est de la localité de Doruma, dans le district du Haut-Uele, à l’extrême Nord-Est de la RDC. Le vice-gouverneur de la province Orientale, Joseph Bangakya Angaze, a affirmé dimanche que des groupes locaux d’auto-défense ont tué 13 rebelles de la LRA dans des combats près de Doruma à la suite du massacre. La LRA a de son côté nié le massacre de civils, le qualifiant de propagande et réclamant une enquête indépendante.
Il s’agit d’une nouvelle campagne de propagande par l’armée ougandaise», a déclaré le porte-parole de la LRA, David Nyekorach-Matsanga, affirmant que les combattants de la LRA ne se trouvent pas dans cette zone.
« Nous avons besoin d’une enquête indépendante pour déterminer qui est responsable de ce massacre à Doruma », a-t-il dit. L’armée ougandaise a déjà accusé la rébellion d’avoir tué mercredi et jeudi au moins 35 civils dans des localités du Nord-Est de la RDC et du Sud-Soudan.
Le capitaine Magezi, joint par l’AFP depuis Kampala à Dungu (à environ 150 km au Sud-Est de Doruma), ville qui sert de base aux opérations militaires contre la LRA, a réaffirmé la détermination des alliés à combattre la LRA.
« Nous condamnons cet acte de haine commis par les terroristes de la LRA. Ils pensent qu’en tuant des civils innocents, ils vont intimider les forces armées alliées pour qu’elles stoppent l’opération; mais ils se trompent, nous continuerons à les poursuivre », a-t-il martelé.
(SL/GW/Yes)
Monuc/Le Potentiel