A l’occasion de la réception d’un important lot de livres édités par l’Harmattan, le ministre de la Culture et des Arts, son excellence monsieur Esdras Kambale, a lancé l’idée d’une campagne pour la promotion de la culture de la lecture.

 

Quel beau projet pour un deuxième mandat : privilège rare dans l’histoire de ce ministère !

Cependant, tout le monde s’accorde à reconnaître que les Congolais lisent peu ou lisent mal. Il y a même une boutade (que l’on se répète à l’envi), selon laquelle la meilleur façon de cacher une information au peuple congolais c’est de l’écrire quelque part dans un livre.

 Quoi qu’il en soit, il est inutile de chercher à démentir une vérité qui crève les yeux ou (pire !) à la nuancer en invoquant les exceptions de la Bible et des manuels scolaires (abondamment lus) qui ne font que confirmer la règle.

Que les éditions Harmattan s’installent en RDC, il n’y a pas de doute que cela facilitera l’édition des textes que nos compatriotes cherchent à publier à compte d’auteur. Cette nouvelle devrait réjouir, entre autres, les écrivains des deux rives du fleuve Congo qui ont, récemment, mis la question éditoriale au centre de leur deuxième rencontre au cercle Elais à Kinshasa.

De là à croire que la remise d’un lot de livres (même écrits par des Congolais et traitant des sujets congolais) suffira pour inciter à la lecture des férus de la musique et du football, il y a un pas qui relève du miracle.

A moins que « impossible » ne soit pas seulement français mais aussi francophone !

Notre pays a connu des années de vaches maigres dans le domaine des lettres. C’est au tout début des années septante, au lendemain du mémorable concours Senghor. Malheureusement, les écrivains ont vite fait de s’empêtrer dans des querelles de clochers, oubliant le public pour lequel ils étaient censés écrire.

Même le mouvement du recours à l’authenticité, qui aurait pu apporter de l’eau  leur moulin, est passé sous leur nez sans qu’ils n’en tirent aucun profit.

Les salons ont sans doute fonctionné à un moment et des pages critiques remarquables ont même auréolé les journaux et les émissions de radio et de télévision. Mais très vite les associations des écrivains et des critiques sont devenus des clubs d’amis et de dilettantes, plus destinés a faire valoir ou simplement à se faire voir qu’à faire connaître et à promouvoir.

« Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », dit judicieusement un proverbe français bien connu.

Cela veut dire qu’il ne convient pas de s’autoproclamer écrivain, il faut laisser ce soin au public des lecteurs et aux critiques dont le rôle est précisément d’assurer le trait d’union entre les uns et les autres.

Un autre proverbe (bien de chez nous celui-là) recommande de se méfier des emballages et de ne rien acheter sans en avoir identifié la nature et apprécié la qualité.

« On ne vend pas un gibier dans une gibecière ». Autrement dit, on a beau faire crédit à l’expertise de l’éditeur, rien ne nous permet de préjuger de la réception des lecteurs congolais.

Des foires, des émissions radiophoniques et télévisées, des activités diverses réunissant les gens et s’efforçant de faire connaître les oeuvres littéraires, voilà gui pourra donner envie de goûter au plaisir de lire.

Au lieu de laisser les privés se débrouiller seuls avec des moyens de bords pour réussir cet office, il serait temps que le ministère, qui à la culture dans ses attributions, leur apporte l’aide qui leur fait défaut pour lutter contre la concurrence féroce du showbiz.

En comparaison avec le monde de la musique, il n’y a pas de doute que la littérature congolaise n’a aucune visibilité.

Tout le monde, en commençant par les écrivains eux-mêmes, considère que cette activité est marginale.

Les musiciens sont des artistes à part entière et pas seulement à leurs heures perdues, ils composent leurs oeuvres pour un public devant lequel ils se produisent régulièrement.

Voilà la condition sine qua non d’une véritable promotion littéraire et artistique.

(Milor/BT/PKF)

Joseph Ndundu Kivuila/L’Etoile