Le Bureau central de coordination (BCECO) des fonds libérés par la Banque Mondiale pour les projets de réhabilitation de certaines infrastructures de la RDC en instance de mise en cause dans le dossier des détournements imputés à des entrepreneurs occidentaux déjà sous les verrous
Ce lundi 22 décembre le parquet général de la République doit se prononcer sur la demande de liberté provisoire introduite, vendredi 19, par les avocats des dirigeants des huit entreprises de génie civil, accusés de détournement des fonds destinés aux travaux d’intérêt public.
Il s’agirait des fonds qui leur ont été confiés portant sur des projets de reconstruction. Ce sont des Belges, Français, Italiens et Libanais qui sont placés en garde à vue, depuis plus d’une semaine, au parquet général, où leur dossier est instruit. Ils ont été présentés, le même vendredi, devant un juge r-dcongolais.
Dans l’œil du cyclope
Au-delà de cette arrestation, il semble que c’est le BCECO, Bureau central de coordination des fonds, qui est sur la sellette. Au Parquet général, le dossier est estampillé « détournement des fonds de la reconstruction ». L’affaire éclabousse huit entreprises tenues pour l’essentiel par des Européens et des Libanais.
Selon des sources judiciaires, elles (entreprises) doivent justifier la destination des fonds mis à leur disposition pour la réhabilitation et/ou la construction d’écoles, routes, ainsi que de logements sociaux. On parle de quelque 800 millions de dollars partis en fumée. Ces entreprises ont gagné des marchés publics après appel d’offre par le BCECO, par lequel transitent les financements de la Banque mondiale en R-dCongo.
« Les fonds ont été décaissés, mais les travaux n’ont pas été exécutés ou presque », laisse entendre un magistrat du Parquet général proche du dossier. « Au regard de la loi, ils (les dirigeants de ces entreprises) risquent des peines allant de 5 à 10 ans de prison ferme », fait-il remarquer.
En cause donc, les Belges Alain Van Cruiser (AVC) et Marcel Decama (Sogedie), les Italiens Bossoto Doriano, Fabio Botarasa (Parisi) et Francésco Svelto (Sogedie), le Français Yves Braconicor et Mohamed, d’origine libanaise (STPC), ainsi que le Libanais Roland Yafi (Safrimex). Dans cette affaire, soulignent des observateurs, on s’attend à ce que des révélations « accablantes » soient faites sur le BCECO.
C’est sûr ! Parie-t-on (sans blague !) dans les couloirs du parquet général. Même si on est surpris de constater qu’aucune entreprise tenue par des R-dCongolàis ne figure sur la liste noire des sociétés à traquer par la justice.
Opérations retour
Malgré maintes critiques sur la manière dont les marché publics sont attribués, sur les financements alloués ainsi que sur l’impact réel des travaux, le BCECO qui n’est pas du tout au-dessus de tout soupçon, reste imperturbable et signe pieusement les cheques. Pourquoi la Banque mondiale, considérée comme donneuse des leçons sur la bonne gouvernance, laisse-t-elle faire ?
Pendant la transition 1+4, les entreprises de génie civil, des vraies comme des fictives, ont pu bénéficier de plantureux financements de la Banque mondiale via le BCECO. Une sorte de cellule technique pour coordonner les travaux publics dans le pays. Au BCECO, on a toujours prétendu n’avoir des comptes à rendre qu’à la seule Banque mondiale. Quelle autorité le BCECO a-t-il pour régner au-dessus des ministères du Plan et des Travaux publics alors même que ces ministères disposent des cabinets d’études et des experts hyper compétents ?
Un épais nuage entoure la passation des marchés publics pour la réhabilitation des routes, ou d’autres infrastructures (écoles, hôpitaux, etc.) dans le pays. De l’avis de beaucoup d’observateurs, l’affaire en instruction au parquet général pourrait mettre à nu les « pratiques honteuses » des commissions (10% à 30%) ou « l’opération retour » en vogue dans les services publics ainsi que dans les ministères, et qui auraient, dit-on, des ramifications jusqu’à Washington, au siège même de la Banque mondiale.
A tout le moins, cette affaire va écorner davantage l’image du BCECO qui, selon certaines sources, servirait de tiroir-caisse aux hommes politiques et aux fonctionnaires internationaux. Un entrepreneur a expliqué au « Soft International » que généralement les fonds sont logés dans un compte en banque. Et que la société qui a remporté le marché public doit fournir des garanties notamment financières. « Au fur et à mesure que les travaux avancent, on décaisse les fonds à son compte. Mais souvent, cela ne suit pas, d’où vous avez des chantiers à l’arrêt ou à l’abandon parce que l’entrepreneur ne peut plus mettre davantage la main à la poche », explique-t-il.
Décryptage : « des fonds alloués prennent d’autres destinations », fait observer le même entrepreneur. Pour les initiés, il faut gratter du côté du BCECO où il est de principe d’attribuer les marchés aux « moins-disants ». Conséquence : sur le terrain, on est en présence des entreprises sans référence notoire et sans expériences. « Comment de telles entreprises arrivent-elles à gagner des marchés publics aussi importants ? A tous les niveaux de la décision, des mains sont mouillées.
Tricherie, trafic d’influence, pots-de-vin, clientélisme… gangrènent le processus de passation des marchés publics, du lancement des appels d’offre à l’exécution des travaux, tranche dans le vif notre interlocuteur. « Pour obtenir un marché, hormis le critère de moins-disant, le soumissionnaire doit prouver sa capacité en ressources humaines et matérielles, son expérience. Il doit aussi faire montre d’une aptitude à réaliser les travaux dans les délais impartis. Au BCECO, il s’en trouve des sociétés qui ne remplissent pas ces critères, mais qui remportent des marchés publics », regrette-t-il.
Alors, le BCECO a-t-il été mis en place par la Banque mondiale pour contourner la corruption qui gangrène la sphère politique et l’administration publique ex-zaïroise ? Allez-y croire…
(DN/Milor/Yes)
Tshimanga Dolay/Le Soft International
Last edited: 22/12/2008 17:23:49