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L’accusation a été lancée samedi par le Congrès National pour la Défense du peuple, la rébellion dirigée par le général Laurent Nkunda. A savoir que l’armée congolaise avançait en « position de combat » sur un certain nombre d’axes dans l’Est du pays et pourrait rapidement se trouver au contact des troupes de la rébellion.

« Les troupes de la coalition gouvernementale progressent en position de combat dans les zones dont le CNDP s’est désengagé en vertu de sa déclaration unilatérale de cessation des hostilités du 29 octobre », indique un communiqué du CNDP daté du samedi 20 décembre. Et de brandir aussitôt le spectre de la re­prise des hostilités: « Dans les prochaines heures, el­les (forces gouvernemen­tales) pourraient se trouver au contact des troupes du CNDP ». Sous-entendu sur plusieurs axes -situés près de Kiwandja, à 80 kms au nord de Goma.

L’armée congolaise a évidemment rejeté avec la dernière énergie les accusations de la rébellion, le commandant des opé­rations des Fardc dans le Nord-Kivu, le colonel Del­phin Kahimbi, les qualifiant même de mensonges. « C’est faux et archifaux, les Fardc sont cantonnées dans leurs anciennes positions. II n’est pas question pour elles de progresser vers les positions où le CNDP s’est désengagé, a-t-il indiqué.

Diversion ?

La question est évi­demment de savoir pour­quoi le CNDP a choisi juste ce moment pour lancer son pavé dans la mare.

Pour les observa­teurs qui suivent de près l’évolution de la situation politique et militaire en rap­port avec l’actualité dans le Nord-Kivu, la première rai­son est à chercher dans le fait que la rébellion se trou­ve dans une situation assez délicate aux négociations de Nairobi, où elle éprouve globalement des difficultés à imposer à la facilitation un schéma qui l’obligerait à al­ler au-delà de son mandat, jusque-là limité uniquement aux questions sécuritaires dans le Kivu.

D’où donc l’urgen­ce et la nécessité pour le CNDP de faire rapidement diversion, en dépit du fait que sa marge de manoeu­vre resterait toujours étroite dès lors que, si ses accusations n’étaient pas confir­mées par des observateurs neutres, toute tentative de relancer unilatéralement les hostilités pour modifier les données à la table de négociation serait aussi­tôt condamnée par toute la Communauté internationale aujourd’hui globalement ac­quise aux pour parlers.

Mais le CNDP était apparemment décidé à jouer son va-tout, quitte à l’appuyer par la me­nace: « le gouvernement devrait réfléchir deux fois avant de se lancer dans des aventures sans issue et dont il ne saurait sortir que ridiculisé, une fois de plus, alors qu’en se retenant, il a l’occasion de se grandir en se montrant « responsable vis-à-vis du peuple qu’il a mission de diriger dans la paix et la sécurité ».

Qui l’eut cru: la peur aurait-elle changé de camp et le CNDP serait-il en train de supplier le gou­vernement de s’en tenir seulement aux négociations pendant que lui chercherait les moyens de se sortir de l’étau qui l’enserre ? Aurait-il peur  que le gouvernement l’oblige à tirer pour recevoir les condamnations de la communauté internationale ?

Après avoir engrangé une incroyable série de victoi­res militaires, le CNDP Se­rait-il soudain effrayé par la perspective d’aller plus loin sans moyens logistiques conséquents ? En tout cas, ce n’est pas la grosse gueule qui fait défaut dans le camp rebelle « Cette coalition gouvernementale prend l’énorme risque de compromettre le processus des négociations en cours à Naïrobi, alors que tout le peuple congolais entend passer les festivités de fin d’année dans la tranquillité et la paix totale », poursuit le communiqué du CNDP.

Cessez-le-feu recalé

On croit tout d’un coup rêver face à un tel catalogue de bonnes inten­tions et à une rébellion qui n’hésitait pas, récemment, à dire que prendre Kinsha­sa n’était qu’une question de quelques semaines, au point qu’on se trouve légiti­mement fondé se deman­der qui fait finalement la guerre !

N’empêche, toute cette gymnastique avait une finalité : elle a en tout cas, permis au CNDP d’arra­cher l’alibi dont il avait be­soin pour gagner du temps et refuser de signer la déclaration de cessation des hostilités. La signature de cette trêve, explique-t-on à Nairobi, avait pour but de permettre l’acheminement de l’aide humanitaire et de poursuivre les négociations dans un climat apaisé.

Reste que les allé­gations du CNDP sur la pro­gression des troupes gou­vernementales ont été reje­tées par la facilitation après vérification auprès de plu­sieurs sources dont la Monuc, confirmant du coup les analyses selon lesquelles la rébellion voit de plus en plus sa marge de manœuvre se rétrécir.

La question est évidemment de savoir si Kinshasa est en mesure de capitaliser cette conjonc­ture, et si une nouvelle ma­ladresse militaire, politique ou diplomatique ne va pas offrir au CNDP l’occasion de rebondir, de séduire da­vantage ceux des Congo­lais qui s’estiment exclus du processus politique de leur pays et qui en ressen­tent des frustrations plus ou moins légitimes.

Déjà, on s’achemi­nait le week-end dernier vers une trêve dans les né­gociations pour les repren­dre le 7 janvier 2009. Il faut maintenant prier et espérer que, d’ici là, les choses res­teront en l’état et attendront notre bonne volonté.

(SL/Ern./GW/Yes)

KGM/Le Phare



Last edited: 22/12/2008 15:52:39

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