Les milliers des femmes congolaises de Kinshasa qui, dans leur grande majorité, avaient répondu mardi dans un élan spontané de solidarité à l’appel à la marche de protestation leur lancé par la ministre Marie-Ange Lukiana du Genre, Famille et Enfant étaient apparues visiblement excitées à démontrer leur détermination à revendiquer leurs droits. L’attestait déjà leur afflux matinal à la place de ralliement vite envahi et submergé de la Gare centrale, point de départ du Boulevard du Trente Juin qui fut transformé aussitôt en couloir de marée humaine en pèlerinage vers un objectif vivement recherché.

L’apparence féérique de la manifestation où se remarquait la multitude de femmes arborant à la tête des mouchoirs ou bandelettes blancs en signe d’appel de paix n’avait rien à voir avec quelque euphorie de fête. Au contraire. Les manifestantes dans les rangs desquelles se comptaient de petites filles de moins de huit ans jusqu’à de vénérables vieilles dames non encore vaincues par l’âge se déployaient sans compter en vociférations contre les violences et toutes formes d’injustices dont elles se disent victimes non assistées comme il se doit devant le danger.

Elles s’exhibaient ainsi devant ou derrière le front de la marche tenu par la ministre Lukiana avec à ses côtés la Questeur adjointe de l’Assemblée nationale, Mme Brigitte Kalaba, la ministre du Portefeuille Jeannine Mabunda, la Secrétaire adjointe du parti présidentiel, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), Mme Mieze, la ministre du Genre dans le gouvernement provincial de Kinshasa, Mme Thérèse Olenga, et d’autres hauts cadres féminines dans les entreprises, institutions ou organes publics et privés.

Les cris de toute cette gent féminine convergeaient dans le même sens que celui de leur déclaration « Je dénonce » dont le texte a été déposé auprès des instances de la communauté internationale représentée notamment par la Mission onusienne au Congo, la Monuc, dont le patron, le Représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en RDC, M. Alan Doss a reçu la délégation des femmes marcheuses sous la conduite de la ministre Marie-Ange Lukiana.

« Notre démarche, a clamé la ministre Lukiana, consiste à protester contre la guerre, la partition du pays et contre les violences sexuelles et autres violations des droits de l’homme qui se commettent à l’Est du pays. Notre démarche est de rechercher la dignité, la paix et la sécurité. La Maman congolaise doit se mettre debout pour le problème du pays ! Kinshasa a donné le ton, les provinces vont se relayer pour se mobiliser contre les violences sexuelles ! ».

La ministre du Genre n’était pas la seule à éclater ses sentiments autour de la marche. Son collègue du Portefeuille, Jeannine Mbunda, s’est aussi écriée à ce front de lutte pour la cause non seulement de la femme mais de toute la Nation, tant ce qui touche la femme concerne effectivement la Nation, comme l’indiquait déjà l’écrivain français Antoine de Saint-Exupéry dans sa célèbre phrase « Eduquer une femme, c’est éduquer toute une Nation ».

La ministre Jeannine Mabunda a déclaré tout à fait à propos que : « Le Congolais sera respecté à partir de son engagement pour la paix, la démocratie et pour l’avenir des jeunes, des femmes et des filles de ce pays. Je pense que la meilleure action, c’est d’être sur le terrain, de montrer sa compassion et de donner l’alerte. Car les gens sont peut-être un peu passifs oubliant que le feu peut commencer à l’Est et mettre en péril la politique de redressement du pays amorcée avec l’avènement de la démocratie au niveau de toutes les institutions ».

La Congolaise ne peut plus se taire !

Considérant le ralliement à la marche des femmes congolaises de toutes les sensibilités politiques, de l’opposition comme de la majorité, et de provenance de tous les quatre horizons du pays, tout comme de différentes associations de la société civile ainsi que des entreprises et autres structures, la ministre Mabunda affirmera au regard de la solidarité manifestée dans l’implication dans l’événement qu’il s’est agi d’une manifestation à la dimension du pays, « une marche nationale et non politique ».

« Je pense, avait renchéri la ministre du Portefeuille, que cette unité, cette cohésion, au-delà des partis, au-delà des étiquettes qu’on demande souvent aux Congolais, parce qu’ils ne peuvent faire leur bonheur qu’eux-mêmes, est un signal fort pour le pays. Nous ne sommes pas d’accord (avec ce qui se perpètre comme violences et atteinte aux droits de l’homme dans le cas des abus commis sur les femmes congolaises). C’est pourquoi nous le manifestons pacifiquement ».

En conclusion de sa déclaration et sorte de profession de foi dans le combat de défense des droits de la femme congolaise, la ministre Mabunda a estimé que le temps était venu pour que la communauté internationale qui accompagne bien la RDC dans ses efforts de redressement, appuie résolument le dit combat qui procède de l’exercice véritable des droits de la démocratie.

« Avec l’Opération Turquoise le Congo avait ouvert un corridor humanitaire pour laisser entrer chez lui 1 million de Rwandais qui étaient malmenés chez eux. Ce n’est pas pour que 14 ans durant, nos propres frères soient tourmentés, malmenés, décimés, sans qu’aucune solution ne puisse être trouvée. On nous a dit qu’un million de morts au Rwanda est un génocide. Je considère, en tant que citoyenne congolaise, que 4 millions de Congolais qui meurent en l’espace de quelques années, ce n’est pas acceptable. On ne peut pas se taire ! ».

C’est un même cri du cœur qui a fusé de la bouche aussi bien de la ministre du Genre du gouvernement provincial de Kinshasa, et surtout de la Questeur adjointe de l’Assemblée nationale, Mme Brigitte Kalaba. Lorsque cette dernière était montée au podium du lieu de rassemblement de la fin de la marche, elle a éclaté presque en révolte contre les conditions qu’elle a considéré de ravalement de la Congolaise aux derniers échelons de la société. Faisant remarqué que la femme congolaise constitue plus de la moitié de la population nationale, Mme Kalaba a revendiqué suivant les préceptes de la démocratie que la Congolaise déshumanisée dans les violences dénoncées assume tout au moins la place qui lui revient dans le cadre de la parité ».

(DN/Yes)

Daniel Nzuzi/MMC