Entre le refus de regarder la réalité en face, par fausse pudeur, et la capitulation, les mentors du Rwanda n’ont pas su où¸ donner de la tête. Mais parant au plus pressé, Gordon Brown a convoqué le président rwandais à Londres avant la publication du rapport onusien. Une visite officieuse au cours de laquelle Londres a levé sa main pataude pour une fessée en régie. Finie donc l’école buissonnière pour le pays; des Mille Collines, l’élève Impertinent de la Communauté Internationale.

La douche était très froide. De retour à Kigali, Kagame n’avait guère le choix. Il lui fallait, stante pede, lever une option vitale sa survie contre celle de Nkunda. Il a choisi sans hésiter. A Louis Michel qui est venu recueillir sa décision, il a clairement demandé « d’utiliser un ton dur contre Nkunda ». Le compte-rendu est du commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire qui, dès son retour à Bruxelles, au terme d’une visite de deux jours à Kinshasa, puis à Kigali, a tenu à faire une déclaration publique.

Louis Michel a refusé de porter des gants en rencontrant Nkunda dans son fief. Il lui a asséné la vérité sans périphrases. Nette comme une bourrasque. Pourtant toute vérité n’est pas bonne à dire. Mais le commissaire européen a dit plus qu’il ne fallait. Même les confidences du Chef d’Etat rwandais : « Quand un leader défend une juste cause, c’est légitime. S’il défend sa propre cause, c’est un vulgaire chef de guerre ».

Le rubicond est franchi. Kagame a traité Nkunda de vulgaire bandit et a, ainsi, tiré ses marrons de feu. L’ancien vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères belge a vite décelé le virage. Devant quelques journalistes, il a affirmé que Kagame prend de la distance par rapport à Nkunda. Pour lui, c’est une fenêtre d’opportunités qui s’ouvre. Il se déclare des lors optimiste sur la perspective d’un accord politique entre les deux pays.

Les sirènes de Jomba

Le général déchu en a perdu sa voix, a assuré à la presse Louis Michel. Convaincu que l’homme d’Etat européen lui déclamait, avec un malin plaisir, une ballade des pendus, il s’est aussitôt cabré : « Allez dire à Kagame d’arrêter tout soutien au Cndp.

Mais nous allons lui prouver de quoi nous sommes capables... ». Le ton était à la colère. A l’exaspération. L’instant d’une clairvoyance bienvenue, Nkunda a compris que son sort était scellé. Il a commis l’irréparable erreur de se retrouver entre deux éléphants en pleine bagarre.

Avant lui, Bizima a eu à tenter l’exploit. Il en est sorti profondément édifié au point de loger poliment à l’enseigne de l’AMP aujourd’hui. Il en va de même d’Azarias Ruberwa dont le profil bas du moment renseigne à plus d’un titre sur les déboires enregistrés par tous ceux qui s’attellent à jouer aux marionnettes héroïques. Voici maintenant le tour de Nkunda. Perdant tout repère, celui-ci rame à contre­ courant de son imprévisible mentor. Il fait des appels des pieds au Sénégalais Abdoulaye Wade en ce jour. En clair, il vient séduire Paris qui se trouve en froid avec Kigali. Nkunda ne croit plus en Obasanjo ni en Benjamin Mikapa. Tardive renaissance et prise de conscience hasardeuse.

Quand on fait ce que l’on ne sait pas, on finit toujours sans savoir comment. Dans le brouillard en somme. Chapeau bas donc à l’Onu qui a eu le mérite de dénuder la grand-mère en public. Or, quand le jupon de cette dernière tombe, avait dit l’illustre et regrette confrère Mwanda Makoso, le ramasser est un tabou. Le laisser est une honte. Mais Londres et Kigali ont décidé unanimement de violer le tabou. Ainsi finit toujours le despotisme...!

(SL/Th/GW/Yes)

Le Palmarès