Le ministre néerlandais du Développement, Bert Koenders, a pris sur lui la responsabilité d’informer les autorités rwandaises cette décision de son gouvernement.
Pour les Pays-Bas, a signalé le ministre le jeudi dernier, « le Rwanda ne mérite pas l’appui budgétaire parce que maintenant il y a des preuves que ses soldats soutiennent les rebelles du Cndp en République démocratique du Congo.
L’Onu a dernièrement rendu public son rapport sur la Rdc. Pour la première fois et de façon très claire, l’Onu établit le soutien que le Rwanda accorde en armes et en hommes au mouvement rebelle de Laurent Nkundabatware. On s’attendait à ce que tous les pays qui déplorent le drame humanitaire causé par cette guerre inutile, condamnent le régime de Kigali et à la rigueur prenne des sanctions.
Les retombées de cette situation sont là. Le ton est donné par les Pays-Bas qui viennent de suspendre une aide financière destinée au gouvernement rwandais. Les Pays-Bas évoquent le soutien que Kigali accorde au mouvement rebelle du Cndp pour justifier cette décision. La nouvelle a été annoncée le vendredi dernier par De Volkskrant. Le ministre néerlandais du Développement, Bert Koenders, a pris sur lui la responsabilité d’informer les autorités rwandaises cette décision de son gouvernement. Pour les Pays Bas, a signalé le ministre le jeudi dernier, « le Rwanda ne mérite pas l’appui budgétaire parce que maintenant il y a des preuves que ses soldats soutiennent les rebelles du Cndp en République démocratique du Congo.
L’aide humanitaire exemptée
Toutefois, a précisé le ministre néerlandais, la décision de son gouvernement ne concerne pas l’aide humanitaire à la population rwandaise, a déclaré De Volkskrant. Il était prévu cette année que le Pays-Bas prévoyait en faveur du gouvernement de Kigali, une aide de 3 millions d’euros (3,99 millions de dollars américains) pour cette année et une autre aide de 4 millions d’euros (5,32 millions de dollars) l’année prochaine. Soit plus de sept millions d’euros pour les deux exercices. A la suite du rapport de l’Onu qui accuse le Rwanda à fournir du matériel militaire et en hommes au mouvement rebelle congolais – le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) – et surtout à recruter les enfants soldats au profit de cette rébellion congolaise, les Pays-Bas suspendent cette aide. La décision du gouvernement néerlandais est une preuve que Amsterdam ne croit pas au démenti opposé par le régime rwandais.
Le Sénégal, une honte
C’est donc pour rien que le Cndp a entrepris la campagne d’explication auprès de certaines capitales africaines qui ne se sont même pas empêchées d’accueillir une délégation rebelle comme on le ferait pour un gouvernement légitime. Au regard de ce comportement, on se demande où va l’Afrique. Le Sénégal qui a expérimenté les méfaits d’une rébellion à travers le mouvement de Casamance, devrait être le premier à ne pas dérouler le tapis rouge pour l’émissaire du Cndp. C’est donc une honte pour le Sénégal. Si toutes les capitales africaines se mettent à croire que les rébellions qui ravagent les pays voisins sont de simples malentendus et que par conséquent, eux ils peuvent flirter avec les seigneurs de guerre sans se faire blâmer, c’est qu’il n’y aura plus de paix sur ce continent. Le Sénégal de Wade a-t-il perdu les repères ?
En tout cas, on ne reconnaît plus le pays de Léopold Sédar Senghor, de Abdou Diouf. Que le Sénégal ait déroulé son tapis rouge au Cndp au moment où la communauté internationale a pris conscience des affres de cette guerre sans motivation plausible, l’attitude des dirigeants sénégalais est tout simplement irresponsable. Voilà où nous a conduit le « sopi ».
La Belgique demande des sanctions, mais...
Le Ministre des affaires étrangères Karel De Gucht a dit avoir pris connaissance du rapport de l’Onu. En tant que membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, a dit Karel De Gucth, « notre pays a déjà exprimé sa grande appréciation pour la qualité du travail fourni. Le rapport est très bien étayé et la Belgique souhaite que ce rapport et ses recommandations fassent l’objet d’un suivi opérationnel ».
Pour le chef de la diplomatie belge, le rapport établit clairement que « les violations du régime de sanctions continuent à nourrir le conflit à l’Est du Congo. Aussi longtemps qu’il n’est pas mis fin à l’appui aux groupes armés, ceux -ci continueront leurs actions et leurs épouvantables violations des Droits de l’Homme ». Mais l’œil de Karel De Gucht ne pouvait pas passer au dessus l’incise du rapport sur la Rdc. « La Belgique est très inquiète des informations figurant dans le rapport et qui font état d’un côté de collusions entre les forces armées congolaises et le FDLR et d’un autre côté de l’appui fourni par le Rwanda au CNDP ». Il souligne à ce propos « l’importance de réactiver les mécanismes de vérification convenus entre les deux pays » qui, selon le Ministre, « peuvent déjà jouer un rôle dissuasif ». Il salue également le récent dialogue bilatéral noué entre le Rwanda et la RDC dont les objectifs sont la recherche de la paix et de la stabilité dans la région et la reprise des relations diplomatiques et il les encourage à évoquer également ces questions dans ce cadre.
Les personnalités citées
Ce rapport confirme une fois encore l’importance de la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles. Le Ministre De Gucht souligne que le rapport du groupe d’expert des NU montre au moyen de données factuelles que « cette problématique est un facteur important de la poursuite de l’instabilité à l’Est du Congo ». C’est pour cette raison que la Belgique continuera à plaider pour une action plus vigoureuse de la MONUC dans ce domaine. Un certain nombre d’individus et d’entreprises belges sont également cités dans le rapport. La Belgique travaille déjà depuis longtemps sans réserve avec le groupe d’experts des NU pour dresser un tableau du rôle joué par des résidents belges ou des personnes juridiques belges dans les violations du régime de sanctions. Le gouvernement belge prendra les mesures appropriées - soit en application de possibles décisions du Conseil de Sécurité soit de manière proactive - pour que nos entreprises respectent les codes de conduite internationaux en vigueur.
La paix aux Grands Lacs
Les coordonnateurs nationaux des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs sont réunis depuis dimanche à Kinshasa, en RDC, pour examiner la situation sécuritaire au sein de cette région, en général, et de l’Est de la République Démocratique du Congo, en particulier.
Cette rencontre prépare la prochaine réunion du Comité interministériel de la Conférence prévue le 20 décembre 2008 à Nairobi, capitale du Kenya. Le coordonnateur national adjoint de la Rdc, Eugène Banyaku, pense que les assises en cours à Kinshasa ont pour particularité de se rapprocher du protocole de non agression signé entre tous les Etats membres. Au cours de ces travaux, il sera abordé des questions techniques, des questions de sécurité…
Cette rencontre de Kinshasa doit tenir compte de la donne actuelle de financement. Il ne faut pas oublier la part des privés dans l’agression des Etats. Tout concentrer sur les Etats, c’est oublier que la guerre est devenue une affaire qui mobilise les capitaux. On ne cessera jamais d’évoquer la part des multinationales dans la guerre à l’Est de la Rdc. Nous prenons pour exemple, le rapport de l’Onu qui met en cause le Rwanda. Mais, en plus de cela, ce rapport épingle l’apport de certaines personnalités en qualité de financiers de cette guerre.
Le rapport cite aussi l’homme d’affaires katangais Raphaël Katebe Katoto qui apporterait, selon le rapport, un soutien financier au Cndp. Le milliardaire katangais a démenti, mais l’Onu dit avoir réuni des preuves dont les transferts d’argent par Katebe vers le Cndp. Selon Katebe Katoto, « On ne m’a jamais contacté, on ne m’a jamais posé la question. On s’est basé sur les bruits qu’on a appris quelque part, mais je dois vous dire que je rejette en bloc tout ce que l’Onu a marqué dans son rapport me concernant ».
L’homme d’affaires de poursuivre dans okapinet : « Depuis que j’ai quitté Goma, dans le cadre du RCD, parti politique, je n’ai plus de contacts, ni avec Goma ni avec qui que ce soit, que ce soit Nkunda Laurent ou que ce soit le Rwanda. Je connais Nkunda Laurent quand j’étais à Goma comme 1er vice-président du RCD. Nkunda faisait partie des officiers de l’armée du RCD. Mais dans le cadre du CNDP, pas de contacts ni avec le CNDP ni avec Laurent Nkunda. On parle du transfert de 25 000 USD. Est-ce que c’est avec 25 000 USD qu’on peut entretenir une rébellion ? », se défend l’homme d’affaires qui n’est pas à la première accusation.
Chaque fois, c’est la rue ou la presse qui l’accuse. Cette fois, l’accusation vient de l’Onu. Elle mérite d’être prise très au sérieux surtout lorsqu’il sera question de partager les responsabilités notamment dans le recrutement des enfants soldats.
(SL/Yes)
JDG/L’Avenir