Le Conseil européen soutient le processus de Goma, soutient les autorités de Kinshasa avec lesquelles il souhaite la collaboration, et rejette toute remise en cause de la souveraineté de la République démocratique du Congo. La formation d’un gouvernement d’union nationale ne ressort pas dans les conclusions du Conseil et n’est pas la finalité des rencontres en cours.
Le Conseil Européen s’est réuni du 8 au 9 décembre 2008 autour de la question de la Rdc particulièrement au sujet de la situation qui prévaut à l’Est de ce pays. La 2915 ème session du Conseil à tire certaines conclusions qui traduisent la position on ne peut plus claire de l’Union européenne sur la République Démocratique du Congo. De prime abord, le Conseil rappelle que sa position n’a pas changé depuis sa prise de position du 10 novembre 2008.
Le Conseil rappelle les conclusions du Conseil affaires générales relations extérieures du 10 novembre sur la RDC et reste très préoccupé par la situation dans l’Est du pays provoquée par la reprise de l’option militaire par toutes les parties, notamment l’offensive du CNDP, et par ses conséquences sur le plan humanitaire, alors que l’accès aux populations déplacées reste très difficile dans certaines zones du Nord Kivu “.
Pour ce faire, la position du Conseil est que l’on puisse rechercher la solution à ce problème en vue de mettre fin au drame humanitaire en respectant les cadres mis en place jusque-là et à cette fin. L’Union européenne étant partie prenante et signataire des actes de Goma et de Nairobi, n’a jamais reproché quelque chose à ces cadres de concertation. Ainsi donc dans ses conclusions, « Le Conseil appelle toutes les parties concernées par les processus de Goma et de Nairobi à respecter le cessez-le-feu et à garantir la sécurité du personnel humanitaire ainsi que l’accès inconditionnel aux populations ». Tout est clair à ce sujet que le Conseil ne reconnaît pas le Cndp comme partie extérieure au processus de Goma. Ce que déclare le Cndp, en disant que le programme Amani serait Caduc, n’engage pas le Conseil.
Le gouvernement responsabilisé
Pour mettre fin aux nombreuses exactions et violations des droits de l’homme, il faut le respect de ces programmes. La préoccupation du Conseil par rapport à ces violations est à la mesure de sa préoccupation de son engagement pour la stabilisation de la situation sécuritaire dans cette partie de la Rdc. Dans ces conclusions: « Le Conseil exprime sa vive préoccupation face à la poursuite de graves atteintes aux droits de l’homme, en particulier des exécutions sommaires, des violences sexuelles systématiques, ainsi que le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats par les groupes armés, tel que rappelé par le Conseil des Droits de l’Homme à sa session extraordinaire du 28 novembre et du 1er décembre.
Le Conseil condamne ces actes et appelle toutes les parties concernées à y mettre fin. Il appelle en particulier le gouvernement de la RDC à mettre fin au comportement de certains éléments des forces armées congolaises, caractérisé par des atteintes aux personnes et aux biens qu’ils sont censés protéger. Le Conseil appelle l’ensemble des parties à prendre toutes les mesures qui s’imposent en vue de mettre un terme aux violations des droits de l’homme, d’arrêter et de punir les responsables.
L’engagement de l’Europe
Toutes les initiatives actuellement entreprises en Rdc rencontrent la faveur du Conseil. Ainsi dans ses conclusions: « Le Conseil salue la mobilisation de la Commission européenne et des Etats membres pour venir en aide à la population victime du conflit et contribuer à la recherche d’une solution politique à la crise, a travers une aide humanitaire supplémentaire de 4 ,6 Millions d’euros et de nombreux déplacements ministériels en RDC et dans la région. Le Conseil encourage la Commission et les Etats membres à poursuivre cet effort en étroite coopération avec l’ONU, l’UA et les Etats de la région, dont il salue l’implication.
Le rapatriement des Fdlr et la souveraineté de la Rdc
Le rapatriement des milices hutu rwandais qui opèrent à l’Est de la Rdc est une des raisons principales du froid entre Kigali et Kinshasa. C’est la raison que le Cndp utilise par procuration pour provoquer le drame humanitaire à l’Est de la Rdc. Pour le Conseil, la solution à ce problème réside dans le respect des actes de Goma et de NaIrobi. Ainsi donc, « Le Conseil rappelle la nécessité de poursuivre les efforts en vue de mettre un terme à l’activité des groupes armés étrangers dans l’Est de la RDC, notamment les Fdlr. Il rappelle l’engagement de l’UE afin de permettre le règlement de ce problème, par la relance des processus de paix de Goma et de Nairobi. Il demande à la RDC et aux autres gouvernements de la région de prendre les mesures nécessaires à cette fin. Il demande aux pays de la région de respecter la souveraineté de la RDC.
Le dégel entre Kinshasa et Kigali
S’il y a une solution à la crise à laquelle le Conseil se prononce sans ambiguïté non sans reconnaître tacitement la responsabilité des certains pays voisins dans la situation d’insécurité à l’Est de la Rdc, c’est le dossier sur le dégel entre le Rwanda et la Rdc, C’est pourquoi, « Le Conseil salue l’engagement de la région dans le cadre des processus de paix de Goma et Nairobi. Il se félicite à cet égard de la reprise du dialogue entre les gouvernements de la République démocratique du Congo et du Rwanda et les encourage à intensifier leur coopération en vue de normaliser leur relation et de contribuer à la stabilisation durable de la situation. Il salue les efforts de l’ex-Président Olesugun Obasanjo, Envoyé Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, pour trouver une solution politique au conflit. Il rappelle l’engagement de l’UE dans le cadre de la Facilitation Internationale’.
Soutien et reconnaissance des autorités congolaises
Contrairement à ce que d’aucuns pensent en se basant sur des impressions, le Conseil ne fait pas table rase des institutions élues de la Rdc. Bien au contraire il reconnaît que la solution au problème qui se pose à l’Est de la Rdc passe par la collaboration avec les autorités congolaises et non pas leur mise à l’écart. Pas étonnant que dans ses conclusions », Le Conseil souligne l’importance de la poursuite de la coopération avec les autorités congolaises pour renforcer leurs capacités, en particulier dans le secteur de la sécurité, en vue notamment de renforcer la stabilité dans l’Est, et de lutter contre l’impunité et l’exploitation illégale des ressources naturelles, dont la persistance alimente la crise. Le Conseil rappelle la disponibilité de l’UE à approfondir son engagement à cette fin, y compris par l’intermédiaire de ses missions EUSEC et EUPOL RD-Congo et de la Commission, en collaboration avec les autorités congolaises ».
La Monuc incontournable
Beaucoup de choses se disent sur la Monuc. On se pose la question sur son efficacité. Si pour la population locale et une certaine opinion aussi bien congolaise qu’africaine, la Monuc ne sert à rien, « Le Conseil réitère son soutien à l’action menée par la MONUC sur le terrain et l’encourage à poursuivre le renforcement de son dispositif au Nord-Kivu. Le Conseil se félicite de l’adoption le 20 novembre par le Conseil de sécurité, à l’unanimité, de la résolution 1843 autorisant le renforcement des effectifs de la MONUC, qui doit contribuer à améliorer la protection des populations civiles et à accompagner le redéploiement en cours de la mission.
Au-delà du renforcement d’urgence des effectifs, le Conseil suit avec attention les discussions en cours au Conseil de sécurité sur le renouvellement du mandat de la MONUC en vue d’améliorer l’efficacité de la force. Le Conseil a pris note de la lettre adressée par le Secrétaire général des Nations unies au Secrétaire général/Haut Représentant et demande à ce dernier et à la Commission de préparer rapidement les éléments de réponses techniques, humanitaires et politiques en tenant compte des observations présentées ». « Pour conclure, « Le Conseil continuera à suivre de près les développements humanitaires, politiques et sécuritaires dans l’Est de la RDC »…
Lorsqu’on lit attentivement les conclusions du Conseil, on constate qu’il y a plus de divergences entre le Cndp et le Conseil européen qu’il n’y a de soutien, même tacite. Le Conseil soutient le processus de Goma que le Cndp récuse. Le Conseil soutient les autorités de Kinshasa avec lesquelles il souhaite la collaboration tandis que le Cndp pense remplacer le gouvernement issu des élections par un gouvernement d’union nationale issu des négociations directes avec les dirigeants de ce mouvement et l’opposition non-institutionnelle. On peut allonger la liste et mettre au défi ceux qui témoigneraient du soutien de l’Ue au Cndp et surtout à la formation d’un gouvernement d’union nationale.
(SL/Th/Yes)
JDG/L’Avenir
Last edited: 11/12/2008 16:46:24