Les observateurs avertis flairent dans les tractations auxquelles le gouvernement a été contraint de Nairobi pour des négociations directes avec le CNDP du chef rebelle tutsi Nkunda un remake de dialogue intercongolais de Sun City pour un partage de pouvoir qui risque malheureusement de replacer le pays à la case départ
« Chassez le naturel, il revient au galop ». Ce vieil adage plante déjà le décor des interminables négociations à la congolaise, issues du régime Mobutu. En deux jours de pourparlers, l’on en était encore hier, à Nairobi au Kenya, « aux questions de règlement et de forme ». Une démarche qui semble coller les Congolais à la peau et où les questions sont généralement traitées dans la précipitation en dernière minute. Voilà qui rappelle les travaux de la Conférence nationale souveraine et du dialogue intercongolais qui ont tiré inutilement en longueur, là où il était pourtant possible de vite passer à l’essentiel, c’est-à-dire aux questions de fond.
Les pourparlers de Nairobi ont connu, hier, leur deuxième jour. Sous l’égide des Nations Unies, la délégation gouvernementale congolaise et le CNDP discutent à travers des pourparlers directs. La rencontre entre les deux délégations, indique l’Agence presse associée, se déroule à huis clos en présence du médiateur de l’ONU dans la crise, l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo. A en croire nos sources, en deux jours de pourparlers, les deux parties en sont encore « aux questions règlement et de forme ». Pour le porte-parole du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), Bertrand Bisimwa, les pourparlers de Nairobi en sont encore à établir un règlement intérieur pour de futures négociations. Nous n’avons pas commencé à débattre sur le fond ». Les discussions sur la forme ont repris hier dans la capitale kenyane. A cette allure, ce n’est pas de sitôt que les pourparlers de Nairobi prendront fin, conformément à la tradition politique congolaise.
Là où, face à la catastrophe humanitaire sans précédent et à un exode massif des populations à l’Est de la RDC, le bon sens aurait poussé à aller vite à l’essentiel, Nairobi plante déjà le décor de Sun City. On en est encore aux querelles de forme qui risquent, inutilement, de consommer beaucoup de temps avant que les vraies négociations se déroulent à la hâte ou alors en dents de scie. Là aussi, conformément à ce qui est devenu une véritable tradition politique, il y a risque que les pourparlers s’enlisent en cherchant le sexe des anges pour qu’en fin de compte, des pressions fassent adopter aux deux délégations présentes à Nairobi au Kenya un accord coupe-gorge.
A Sun City, les Congolais qui dialoguaient loin de chez eux comme si leur pays était en cendre avaient consacré plus de temps au tourisme qu’au travail pour lequel ils s’étaient rendus au pays de Nelson Mandela. Plusieurs mois de querelles byzantines avaient plus contribué à attiser des conflits à l’infini au point de pousser la communauté internationale, par le président sud-africain Thabo Mbeki interposé, à imposer un schéma aux Congolais sous le régime « à prendre ou à laisser ». Ainsi naissait la fameuse formule « 1+4 » inventée pour le besoin de la cause et qui était expérimentée, pour la première fois au monde, au Congo-Kinshasa. Incroyable.
Cette nature congolaise à traîner le pas a également été observée lors des travaux de la Conférence nationale souveraine. Là aussi, le temps avait été démystifié dans des questions de procédure comme si les Congolais étaient en avance par rapport au temps universel. Plus d’une année (août-septembre 1991 décembre 1992) avait été ainsi consacrée à la CNS! Nairobi semble s’inscrire dans la tradition politique congolaise où le temps a une élasticité particulière et transcende pratiquement toutes les urgences.
Si donc l’essentiel n’est pas vite dissocié de l’accessoire, il sera à craindre que les pourparlers de Nairobi ne servent en fait qu’à allonger la liste déjà longue des négociations politiques tenues au Congo-Kinshasa et ce, depuis des lustres.
(DN/Th/GW/Yes)
MM./Forum des As
Last edited: 10/12/2008 18:37:07