Faut-il envoyer des troupes belges en République démocratique du Congo (RDC) comme une force-relais européenne, en attendant l’atterrissage des 3.000 Casques bleus supplémentaires devant renforcer la Monuc ?
Cette question taraude l’esprit de la classe politique belge. Elle est en voie de trouver une réponse satisfaisante. Les Belges estiment que s’il faut agir vite, seuls les paras sont en mesure de se déployer rapidement au Kivu, cette éternelle poudrière. Et puis, il faut des alliés. Karel De Gucht cherche des volontaires européens. Mais, même parmi les Etats qui ont étudié la question, aucun ne s’est proposé. Cependant, les Belges, très échaudés par la mort de leurs soldats au Rwanda en 1994 lors du génocide, se demandent quels soldats il faut y envoyer et avec qui.
Selon la Défense nationale belge, citée par La Libre Belgique, les paras sont les seuls capables de répondre en des délais si courts à la demande faite par le secrétaire général de l’Onu, Ban Kimoon. « Si on nous dit qu’on part demain, on n’a que les Para commandos. En force de frappe, par exemple pour des opérations de rapatriement, ils peuvent être là en 48 heures. Mais pour la mission envisagée au Congo, ils seraient là en un mois », explique un expert du dossier.
D’après la source, les paras sont actuellement en attente dans le pays, tout disposés et prêts à se déployer n’importe où ils ne sont mobilisés dans aucune mission à l’étranger. L’une de leurs dernières grandes missions fut justement le Rwanda où ils perdirent dix hommes, dix casques bleus en 1994. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon a profité du dernier séjour du ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, à New York au quartier général de l’Onu pour faire cette demande du reste verbale, explicite, selon un diplomate.
La demande de Ban Ki-moon épouse, à bien des égards, la proposition que Karel De Gucht avait faite fin octobre, en suggérant un déploiement européen au Kivu pour pallier les carences de la Monuc. Il devrait être « de courte durée afin de remettre de l’ordre dans cette région entre Goma et Rutshuru », avait-il dit.
L’Onu cherche une force intermédiaire « a bridging force » à envoyer au Nord-Kivu de la RDC dans l’attente d’un renforcement de sa Monuc, qui passerait de 17.000 à 20.000 hommes. Le patron de l’Onu aurait suggéré qu’une force européenne s’acquitte de cette tâche, sans aller plus loin.
Le timing du renforcement de la Monuc, approuvé le 20 novembre par le Conseil de sécurité, n’a pas été fixé. Depuis sa rencontre avec Ban Ki-moon, De Gucht évoque dès lors une opération européenne, sous commandement européen pendant « quatre à six mois », le temps aux renforts de la Monuc d’arriver. Au pire, une ex-coalition des bonnes volontés » avec blancseing européen et onusien.
Si la proposition d’envoyer une force européenne en RDC est agrée, en attendant le déploiement effectif des 3.000 casques bleus supplémentaires, il reste que les Etats membres de l’Union sont déjà fortement impliqués en Afghanistan, les dépouillant de quelques hommes de leurs contingents. Hormis le battiegroup européen, qui sera italo-espagnol au premier semestre 2009, ils n’ont pas à leur disposition d’importantes forces rapidement déployables. Or, dit un diplomate, le délai, « c’est une question de semaines ».
Les pays européens hésitent encore
Plusieurs pays européens - la Suède, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la France - ont étudié, parfois attentivement, le principe d’une participation groupée au sein de la Monuc, selon la stratégie élaborée le 10 novembre par les ministres européens des Affaires étrangères. Mais aucun n’a fait d’offre précise, ni encore moins répondu à la nouvelle question: « Etes-vous prêts à partir rapidement? ». Plusieurs pays ont décliné d’avance, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le Premier ministre britannique Gordon Brown a cependant offert une aide spécifique si la Belgique se lance dans l’opération. C’est ce vendredi 5 décembre que la réponse belge va tomber.
Le Premier ministre belge, Yves Leterme, a promis une réponse dès vendredi, concernant une participation belge. Selon des diplomates, l’Union européenne (UE) pourrait prendre plus de temps. De Gucht doit avoir eu dès ce mardi des contacts bilatéraux avec ses homologues européens, notamment à l’occasion d’une réunion à l’Otan. Par la voix de Bernard Kouchner, la France, qui assure la présidence européenne, a demandé lundi une concertation « urgente » entre Européens. Celle-ci devrait avoir lieu à Bruxelles « jeudi ou vendredi » pronostique un diplomate belge.
Des soldats belges en toute discrétion au Congo
Entre temps, des sources belges citées par Le Soir, rapportent qu’une centaine de militaires belges se trouve depuis plusieurs mois en toute discrétion à Kananga, le chef-lieu de la province du Kasai-Occidental, pour dispenser deux types de formation à leurs homologues congolais.
Il s’agit de deux groupes d’instructeurs – l’un de génie et l’autre de paras commandos – appuyés par une quarantaine de logisticiens. Les premiers forment des militaires des Forces armées de la RDC (FARDC), l’armée gouvernementale, aux différents métiers du génie (contremaîtres, électriciens, soudeurs, menuisiers, plombiers et maçons), une instruction dispensée depuis septembre 2007, avec des interruptions, a-t-on expliqué de sources militaires.
Les seconds s’occupent de la formation d’un des bataillons de la force de réaction rapide des FARDC, en vertu d’un accord signé le 17 avril dernier par le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, et son homologue congolais, Ghislain Chikez Diemu, ancien ministre congolais de la Défense, remplacé en fin octobre.
Cet « arrangement technique », précise la source, prévoyait notamment que des instructeurs belges encadrent à Kananga, au Kasai-Occidental (centre), la formation d’un des bataillons de la force de réaction rapide des FARDC. Ce bataillon recevra ensuite une instruction spécialisée « commando » à Kota-Koli (province d’Equateur, nord-est) quand le centre d’entraînement -géré durant des années par les Belges - auront été remises en état, stipulait l’accord.
Cette mission étant considérée comme une activité « d’entraînement » et non comme une « opération », avec un statut pécuniaire plus intéressant - elle n’a jamais été soumise à l’aval du Conseil des ministres, a-t-on fait observer de source militaire. Au-delà de toute la froideur qui caractérise les relations belgo congolaises, tout porte à croire que le devoir moral de protéger les populations congolaises en proie aux atrocités des rebelles de Nkunda, sera mis à l’avant plan. Il est temps que tous ceux qui ont une partie de la solution à ce problème se décident sans tergiversations, maintenant qu’il est encore temps de faire quelque chose pour sauver des vies humaines.
Il faut que tout ce qui divise les hommes politiques de la Belgique et de la RDC soit tu pour privilégier le souci de sauver ce qui peut être encore sauver dans cette partie du pays où la mort n’a pas encore achevé son oeuvre: les femmes sont toujours en danger, les enfants sont toujours en passe d’être soumis au travail forcé ou au recrutement militaire, et pour tous ces paysans qui ont été chassés de leurs terres au moment des semaines, la famine et les maladies sont inéluctables. Si rien n’est fait, les auteurs de crimes contre l’humanité qui sévissent au Kivu ne sont pas empêchés de nuire, il n’y aura plus qu’additionner les morts, au nombre déjà très important dont la communauté internationale ne cesse de répéter en parlant du drame congolais.
Les crimes contre l’humanité condamnés
Les crimes contre l’humanité ont été condamnés par le Conseil des droits humains de l’Onu à Genève qui a adopté une résolution condamnant les violences sexuelles et l’enrôlement des mineurs qui se vérifient dans le Nord-Kivu. Les 47 membres composant le Conseil des droits humains ont établi à l’issue d’une réunion extraordinaire qu’il existe des preuves tangibles de crimes de guerre et contre l’humanité commis dans l’est du Congo et demandent aux parties impliquées « la suspension immédiat » des activités belliqueuses et le respect du droit humanitaire.
Par ailleurs, le Conseil exhorte les autorités congolaises à enquêter sur les violations et traduire en justice les responsables. Entre temps, l’envoyé de Ban Ki-moon, Olusegun Obasanjo est aujourd’hui en visite dans le Nord-Kivu avec l’envoyé de l’Union africaine (UA) et ex-président tanzanien Benjamin Mkapa, pour rencontrer des membres des groupes signataires des Accords de Goma. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu s’entretiendra avec l’ex-général Laurent Nkunda, à la direction du Congrès national pour la défense du peuple (Cndp).
Alors que la diplomatie oeuvre pour trouver une solution à la crise, aujourd’hui encore dans la zone de Masisi (nord de Goma), des affrontements sont en cours entre les hommes du CNDP et des groupes armés d’autodéfense proches de l’armée régulière. Les localités de Buhabo, Katoy et Nyamaboko se seraient presque toutes vidées de leurs habitants en fuite des violences: plus de 6.000 personnes seraient arrivées dans le centre de Masisi le week-end dernier tandis que d’autres civils en fuite ont été signalés sur la route portant à Nyabiondo, vers le sud, rapporte l’agence catholique Misna.
(SL/Th/GW/Yes)
Kléber Kungu/L’Observateur