Les services de la Cour justifient le report par l’autorisation accordée à un des trois juges de s’absenter jusqu’en janvier 2009 pour des circonstances familiales graves.
Scénario catastrophe. Forfaiture pour la Cour pénale internationale : l’audience de confirmation des charges formulées contre Jean-Pierre Bemba Gombo initialement fixée le 4 novembre avant d’être repoussée au 8 décembre est reportée sine die. Luis Moreno-Ocampo, a-t-on appris, n’est toujours pas prêt. Mais la CPI a, dans un communiqué publié mardi 2 novembre à Kinshasa, justifié le report par l’empêchement d’un juge autorisé à s’absenter jusqu’en janvier 2009 pour des circonstances familiales graves.
Si l’acte a poussé le secrétaire général François Muamba, joint au téléphone, à crier au scandale et conclure à la légèreté de la CPI, y trouvant la preuve que JPBG est un prisonnier politique, ça a apporté l’eau au moulin des pourfendeurs de la Cour. Des spécialistes, les juristes les plus sérieux s’accordent unanimement : cette remise, disent-ils, confirme les difficultés du procureur argentin et de ses services de soutenir l’action engagée contre JPBG. Du coup, ils relancent le débat autour des soupçons de politisation de l’affaire et remettent en cause l’efficacité et la crédibilité de la CPI.
L’audience de confirmation des charges formulées à l’encontre de Jean-Pierre bemba Gombo, leader du Mouvement de libération du Congo – MLC – arrêté le 23 mai 2008 à Bruxelles et transféré à La Haye le 3 juillet, déjà prévue le 4 novembre, mais repoussée au 8 décembre, est ajournée, sine die.
A Kinshasa, les membres de la grande délégation du MLC qui s’apprêtait à faire le déplacement de la banlieue de La haye, aux Pays-Bas, ont défait leurs valises. Le procureur argentin Luis-Moreno Ocampo a une nouvelle fois embarrassé le Cour et mobilisé inutilement les énergies. En dépit de son dossier de 7.000 pages, Moreno n’est toujours pas prêt, officieusement.
Mais, officiellement, côté CPI donc, la représentation Rd-congolaise de la Cour assurée par Paul Madidi, a fait savoir, dans un communiqué rendu public mardi 2 décembre dans la soirée, que l’audience a été retardée pour des circonstances graves, notamment l’autorisation accordée à l’un des trois juges de la chambre de « s’absenter jusqu’en janvier 2009 pour des circonstances familiales graves ». La chambre, annonce le communiqué de la CPI, envisage le 12 janvier 2009 comme date probable de l’audience. La date exacte pourrait cependant être confirmée au cours d’une réunion de la CPI prévue le 29 décembre 2008.
Réaction à la hauteur de la forfaiture
Même si les raisons avancées par les services de la CPI pourraient s’avérer objectives, l’acte en soi n’empêche pas les observateurs de commenter. La CPI a apporté l’eau au moulin de ses pourfendeurs.
« C’est hallucinant ! Priver à quelqu’un, un chef de famille, chef de son parti politique, un des leaders d’un pays souverain, la liberté au point de lui priver sa carrière au motif qu’un juge doit aller en vacance ou au chevet de sa famille, est scandaleux », a étrillé le secrétaire général François Mwamba joint au téléphone avant de s’indigner : « Qu’est-ce qu’on fait des droits de l’homme ? La CPI est censée être une institution sérieuse. Lorsqu’un de ses membres est empêché pour une affaire aussi importante, elle doit prévoir des mécanismes pour son remplacement. Ca montre que c’est léger, la CPI. Ca prouve qu’elle n’a pas de dossier sérieux, que Jean-Pierre Bemba est un prisonnier politique ».
« Scénario catastrophe », s’est écrié un autre cadre bembiste. La CPI est dévaluée. Elle s’est dévaluée. Muamba a promis « une réaction du MLC à la hauteur des forfaitures » quand les experts, les juristes les plus sérieux, renchérissent, eux, Moreno et ses services éprouvent des sérieuses difficultés pour soutenir l’action engagée contre JPBG.pour eux, le procès bemba-CPI n’aura jamais lieu. « Ca sera un non lieu » prédisent-ils désormais, prenant même le risque que Bemba sera acquitté.
Les intellos, les vrais, ont quant à eux, vomi la CPI. « Le modèle CPI est un raté. Son avenir est sérieusement compromis. La preuve sur le plan de la production judiciaire, la cour a échoué. L’Affaire Lubanga est bloquée quand la CPI est incapable de débuter le procès avec Bemba alors que l’arrestation de ces compatriotes a été faite avec grande pompe », a tranché un avocat du barreau de Kinshasa.
(SL/Th/GW/Yes)
Achille Kadima Mulamba/AfricaNews
Last edited: 03/12/2008 17:37:54