L’émissaire de l’Onu en RDC, Olusengun Obasanjo, poursuit ses contacts avec les politiques congolais, en vue de trouver une solution à la crise sécuritaire dans l’Est du pays. C’est par l’étape de Goma (Nord-Kivu) qu’il a terminé sa 2ème visite en RDC.
L’envoyé spécial de l’Onu en RDC, Olusegun Obasanjo, poursuit ses contacts dans le cadre de la recherche de la paix et la sécurité dans l’Est du pays. C’est ce qui explique la deuxième visite de travail qu’il vient d’effectuer en RDC. Après l’étape de Kinshasa, où il a rencontré le chef de l’Etat Joseph Kabila, l’envoyé spécial de l’Onu s’est rendu, hier mardi 2 décembre à Goma. Dans cette tournée, l’ancien président nigérian est accompagné de l’émissaire spécial de l’Union africaine, Benjamin Mkapa.
A l’étape du Nord-Kivu, les deux émissaires de la communauté internationale auront des entretiens avec le leader du CNDP, Laurent Nkunda ainsi que des représentants des groupes armés signataires de l’Acte d’engagement de Goma. Il s’agit, par exemple, de représentant des Maï-Maï et ceux du Pareco, rapporte BBC Afrique. A noter que la deuxième visite de l’envoyé spécial de l’Onu en RDC intervient au moment où, le cessez-le-feu décrété à l’issue du Sommet de Nairobi est, une fois de plus, foulé aux pieds dans biens des localités du Nord-Kivu.
Réaction
Dans un communiqué de presse, des groupes armés signataires de l’Acte d’engagement de Goma se disent choqués par la médiation faite par Olusegun Obasanjo. Les délégués de 21 groupes armés du Sud-Kivu et du Nord-Kivu déplorent le fait de n’avoir pas épuisé le contenu de leur exposé, lors de l’échange qu’ils ont eu avec les deux émissaires.
Et pour cause, le temps leur imparti était insignifiant, révèle M. Assanda Mwenebatu, porte-parole des groupes armés du Sud-Kivu et secrétaire permanent de la Commission technique mixte Paix et sécurité du Programme Amani. Pour ces groupes armés, « la démarche de l’envoyer spécial de l’Onu est teintée de partialité » et devient sujette au doute. Avant de faire remarquer que la médiation devrait afficher le même intérêt vis-à-vis des groupes armés et mouvements politico-militaires signataires de l’Acte d’engagement de Goma, lesquels ont fait montre d’une abnégation exemplaires vis-à-vis du processus.
Paris démarque des ambiguïtés des Anglo-saxons
De Rama Yade, tout Paris politique sait que la langue de bois n’est pas sa tasse de thé. Au sein du gouvernement Fillon, la jeune secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme et aux Affaires étrangères dit ce qu’elle pense. C’est Rama Yade qui avait trouvé à redire sur la visite du leader Libyen en France. C’est encore elle qui était sortie des rangs pour émettre un autre son de cloche sur la gestion chinoise du Tibet. Avec Rama Yade, on est donc à mille lieues de la boutade devenue célèbre, selon laquelle un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne.
En visite en RDC, la secrétaire d’Etat française aux droits de l’homme n’a pas failli à sa réputation. Rama Yade ne s’est pas embarrassée de circonlocutions diplomatiques pour prendre position par rapport à la tragédie du Kivu.
« J’ai dit avec beaucoup de clarté le soutien de la France aux autorités congolaises et la peuple congolais », a déclaré Yade au terme de l’entretien qu’elle a eu avec le Président Kabila. Et Rama Yade de mettre le point sur les i : le gouvernement de Joseph Kabila a été légitimement élu et l’instabilité à l’Est du pays est créée par des groupes rebelles ». Les propos de cet homme (femme?) d’Etat français tranchent par sa clarté avec les formules alambiquées et inopportunément équilibristes des capitales anglo-saxones et même de la très chère Monuc.
Si elle n’a pas été jusqu’à se prononcer sur la force européenne façon Artémis, c’est sans doute parce que ce dossier est encore en discussion au niveau de Bruxelles. Mais, tous les initiés savent que c’est encore une fois la France qui est en première ligne sur ce dossier. Comme pour Artémis il y a deux ans, Paris, qui dirige l’Union européenne jusque fin décembre, déploie des trésors de diplomatie pour obtenir le feu vert de 27.
Avec le déploiement d’une force européenne, le martyr des Congolais pourrait s’estomper. Car, l’implication de l’UE changerait le rapport des forces à l’Est. Prisonnières des ambiguïtés de principaux contributeurs et d’un mandat inapproprié, les troupes de la Monuc ont montré leurs limites. Le génocide en live et à petit feu des Congolais du Kivu se déroule presque sous la barbe des casques bleus. Vu de Kinshasa l’engagement clair de Paris ne peut être que salué. Comme lors de la rébellion du RCD, la France était l’un des rares grands pays à soutenir la cause congolaise. A l’évidence, l’exception française nourrie de la vision gaullienne exprimée par l’ancien Président Jacques Chirac n’a pas fini d’inspirer la droite au pouvoir à Paris.
De fait, une lecture géopolitique du conflit de l’Est congolais renseigne que les différentes rebellions sont cornaquées par le très anglophile Kagame disposant de solides appuis dans tous les cénacles anglo-saxons, il ne faut donc pas être devin pour savoir que les tentatives de balkanisation du pays procèdent aussi des luttes d’influences entre francophones et anglophones. Ce n’est pas non plus par hasard que nombre de missi dominici du secrétaire général de l’Onu dans la crise congolaise sont anglophones.
Reste que Kinshasa n’a pas toujours été à la hauteur de l’investissement diplomatique de Paris. Handicapé par une classe dirigeante plus affairiste que compétente, le pouvoir rd.congolais peine à exploiter au mieux l’atout français. A Paris, on regrette souvent le déficit de professionnalisme dans certaines orientations stratégiques et diplomatiques de la RDC.
(SL/Th/GW/Yes)
José Nawej/Forum des As