Des troupes belges dans l’est du Congo, la décision n’est pas prise mais le gouvernement l’envisage, selon Yves Leterme. Le gouvernement entend d’abord avoir des éclaircissements sur le mandat de la force des Nations Unies sur place, la Monuc renforcée avec 3000 hommes de plus. Il souhaite aussi des éclaircissements sur un éventuel commandement plus européen. Le projet d’une mission européenne est encore flou quel type de mission, combien d’hommes et quand ?

L’Europe doit encore se décider. En filigrane de cette problématique côté belge, il y a le souvenir désastreux de l’envoi de nos derniers soldats belges sous mandat Onu au Rwanda. Si le gouvernement belge prend la décision d’envoyer des troupes en Rdc, il devra en effet s’expliquer devant le Parlement. C’est une des conclusions de la Commission Rwanda, mis en place après l’assassinat des dix paras en 1994. Trois ans plus tard, en 1997, cette Commission recommandait de ne plus envoyer des troupes militaires belges, dans les anciennes colonies. Le Conseil des ministres s’est dit disposé à participer au  renforcement  de la Monuc. Notamment avec des logistiques dans le domaine du transport ou du renseignement. Sur ce dernier point, il peut s’agir de moyens pour l’analyse des informations mais aussi de moyens de surveillance. Il n’est toutefois pas question d’une participation de militaires belges à la Monuc.

La concrétisation exacte de l’aide belge au renforcement de la Monuc dépendra des demandes des Nations-Unies. Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères, Pieter De Crem et Karel De Gucht, mèneront les discussions avec les Nations-Unies à ce propos. Par ailleurs, les ministres des Affaires étrangères et    de la Coopération     au développement, Karel De Gucht et Charles Michel, ont décidé de libérer 1,140 million d’euros d’aide humanitaire urgente supplémentaire pour l’est du Congo.

Situation globalement clame mais avec des accrochages et des pillages dans le secteur de Kiwanja

La situation sécuritaire à l’Est est globalement calme. Malgré que l’on déplore quelques incidents dans le nord du Nord- Kivu, le cessez-le-feu tient. A Goma, le renforcement des troupes de la MONUC continue et des patrouilles diurnes et nocturnes sont effectuées chaque jour en collaboration avec les FARDC et la PNC pour assurer la sécurité des populations et de la vie. Trois incidents ont été enregistrés aujourd’hui. Le premier, à Katoro, à 3 km à l’est de Kiwanja où un bref échange de coups de feu a eu lieu entre le CNDP et les Maï Maï.

Le bilan provisoire fait état de 3 blessés Maï-Maï actuellement admis à l’hôpital de référence de Nyamilima. Le deuxième est dans les environs de Kiriyandoni où un groupe de Maï Maï en provenance de Nyongera, 2 km plus loin au nord sont tombés sur des membres du CNDP. Ils ont tiré trois coups de feu en l’air avant de se replier vers leur point d’origine. Finalement, une patrouille de Casques Bleus sur le tronçon Rwindi­ Vitshumbi a essuyé des tirs des Maï Maï de Pareco aux environs de Vitshumbi. Il n’y a pas eu de victimes.

La MONUC déplore aussi le pillage systématique, par des hommes en uniforme, du Centre nutritionnel thérapeutique de Kanya, à 25 km au nord de Kanyabanyonga et 200 km de Goma. Ce centre appartient à l’ONG Fédération Luthérienne Mondiale (LWF) et héberge une cinquantaine d’enfants malnutris. Des enfants dont les vies sont aujourd’hui menacées. La MONUC continue de conduire des patrouilles dans différents secteurs afin d’assurer que les parties respectent les zones de séparation et réduire les risques d’incidents qui peuvent compromettre le cessez-le-feu. C’est dans ce cadre qu’environ 70 Maï Maï en provenance de Kanybanyonga qui tentaient de rallier Kiwanja ont été stoppé au niveau de la barrière de Rwindi.

Rutshuru : après la guerre, l’asphyxie…

A Rutshuru, La vie est en veilleuse. On dirait une ville fantôme. La situation est figée dans cette loca­lité du Nord-Kivu dont le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), le groupe armé dirigé par Laurent Nkunda, s’est emparé le 28 octobre 2008, ainsi que de Rubare et de Kiwanja, non loin de là. Jusque-là, les déplacés de guerre fuyant le conflit armé s’y croyaient en sécurité.

Le soir même de son entrée dans la ville, le CNDP invitait tous les no­tables locaux à s’associer à son mouvement, car, disait-il, il n’y a plus d’autre choix. « Le seul slogan possi­ble est le oui au CNDP. Nous som­mes venus pour faire la paix. Vous devez nous soutenir », affirmait un cadre du mouvement, avant d’an­noncer la tenue d’une « marche de soutien » à laquelle était « conviée » toute la population. Selon un témoin, la plupart des habitants, hostiles à ce mouvement, ont manifesté sous la contrainte le 1er novembre.

Les camps de déplacés détruits

Les premières victimes de cette occupation ont été les déplacés re­groupés dans différents camps et si­tes mis en place il y a des mois par les humanitaires. Ils ont été obligés de rentrer dans leurs villages d’ori­gine. Les abris de fortune ont été dé­truits ou incendiés, ce qui a entraîné de nouveaux déplacements. Les uns sont partis sur la route Kiwanja-Bu­embo, au nord-ouest. D’autres vers Shasha, au nord-est, à la frontière entre l’Ouganda et la RDC.

Les con­vois humanitaires en provenance de Goma, qui venaient apporter assis­tance à ces déplacés, ont trouvé des camps vides et calcinés. L’attaque menée le 4 novembre par des groupes Maï-Maï à Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru, contre les troupes du CNDP et les représailles qui ont suivi ont à nouveau plongé la population locale dans le chaos. Après avoir perdu la localité, les hommes de Laurent Nkunda en ont repris le contrôle à l’issue de vio­lents combats qui ont coûté la vie à au moins 200 civils. De milliers de personnes se sont réfugiées, soit à la base du contingent indien de la Monuc, à Kiwanja, où elles attendent une aide, soit à l’hôpital de Rutshu­ru.

Paradoxalement, c’est grâce à la prise de la ville de Rutshuru par le CNDP que les commerçants peu­vent à nouveau s’approvisionner. Le gouvernement avait en effet fermé la frontière congolo-ougandaise à Bu­nagana, parce que la zone était con­trôlée par Le CNDP, les contraignant à effectuer des trajets de plus de 100 km, au lieu de 40 habituellement, pour passer par un autre poste fron­tière. Cette réouverture « nous donne de l’espoir de vivre ; nous ne savions plus exercer nos petits commerces », expliquent certaines femmes juchées sur des véhicules en provenance de Jomba, à la frontière entre la RDC, l’Ouganda et le Rwanda, où elles vont se ravitailler.

Beaucoup d’activités sont para­lysées. La route qui relie Butembo à Goma a été coupée. Il n’y a pas de signal réseau Celtel (téléphonie mo­bile), les coupures d’électricité sont désormais fréquentes. Une carte de téléphone prépayée Vodacom (l’autre réseau de téléphone) se vend désormais à  1.200 FC (2 $) les 100 unités, sont deux fois le prix réel. Les courses en taxi-moto ont doublé de prix. Aucune coopérative d’épargne et de crédit n’a ouvert jusqu’ici.

Ce n’est pourtant pas la faute, pour le CNDP, d’avoir tenté de for­cer une reprise de la vie habituelle. « Vous devez reprendre vos activités, chacun devra justifier le pourquoi de son abstention », s’exclamait M. Jules, Le nouvel administrateur in­vesti lors de la marche de soutien au CNDP, chichement applaudi par la population.

Pour répondre à cet appel, cer­tains préfets d’école avaient, par prudence, ouvert leur établissement, mais les classes sont restées vides. Des jeunes, curieux, forment parfois de petits attroupements le long de la route. Jeunes et vieux se regrou­pent autour de postes de radio, en attendant, disent-ils, « la déclaration du retrait des troupes de CNDP de Rutshuru, laquelle proviendrait des Nations unies ». Une manière d’expri­mer qu’ils ne sont pas contents de la présence du CNDP dans le territoire de Rutshuru.

(SL/Th/GW/Yes)

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