Toutes les ONG présentes dans la région parlent de « Ca­tastrophe humanitaire ». Quelle est l’urgence?

L’urgence, c’est que le cessez-le-feu du 29 octo­bre décrété par la rébellion de Lau­rent Nkunda soit respecté. Il faut apaiser les tensions pour revenir à un processus politique. La Si­tuation humanitaire, que certains semblent aujourd’hui découvrir, est dramatique. J’étais en juin dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans l’est de la République démocrati­que du Congo, et ce que j’ai vu là-­bas, moi qui ai déjà effectué envi­ron 70 déplacements, je ne l’ai jamais vu ailleurs. Je suis réelle­ment revenue de l’enfer! C’est une tragédie oubliée.

Et vous êtes rentrée traumatisée…

Le mot n’est pas trop fort. En République Démocra­tique du Congo, où l’on compte entre 50.000 et 100.000 femmes violées depuis 2003, j’ai entendu les récits insoutenables de fem­mes enlevées, transformées en esclaves sexuelles par des bandes armées avant d’être abandonnées à leurs communautés qui, bien évidemment, n’en veulent plus à cause du sida ou de terri­bles séquelles physiques comme les fistules. A travers ces femmes, ce sont des communautés entiè­res qui sont ainsi détruites. Sous l’effet d’une totale impunité des auteurs, le viol est devenu une arme de guerre au Congo. Et ce phénomène a pris dans ce pays une ampleur effroyable. A l’hôpital de Panzi, j’ai ainsi rencontré un homme remarquable, le Dr Mukwege qui, seul avec quatre aides-soignantes, opère ces femmes brisées à l’aide de moyens dérisoires.

Assiste-t-on à un nouveau conflit ethnique entre Hutus et Tutsis?

Il ne s’agit pas à l’origine d’un conflit expressément ethnique. La population congo­laise est bien plus diverse que cela. Même si certains rebelles utilisent de temps en temps l’ar­gument ethnique pour justifier leur action. Ce qui est certain, c’est que, depuis la reprise des com­bats début septembre, on compte plus de 200.000 personnes dépla­cées qui s’ajoutent aux 800.000 qui croupissent depuis des an­nées dans les camps des réfugiés, à la suite des différents conflits de la région. Sans parler du recrute­ment d’enfants soldats qui a re­pris. Il semble que la rébellion de Laurent Nkunda, implantée dans le Nord-Kivu, cherche à asseoir son contrôle sur une région très riche en coltan, un minerai très recherché pour la fabrication de téléphone portables.

La Monuc (Mission des Na­tions unies au Congo) a-t-elle assez de moyens?

Je pense qu’il est plus que temps de renforcer ses moyens d’action. On ne peut plus se contenter de dire que la Monuc, avec ses 17.000 casques bleus, est la plus grande force des Nations unies au monde alors que, sur le terrain, les viols de femmes se poursuivent et les réfugiés se multiplient. Les militaires de la Monuc sont certainement ceux qui en ont le plus conscients car ils sont présents sur le terrain. Le mandat de la Monuc, qui vient d’être renouvelé, spécifie pourtant noir sur blanc qu’elle a mission de protéger les civils.

L’envoi d’une force euro­péenne, c’est en dernier re­cours?

Même si l’Union européenne a décidé que ce n’est pas d’actualité, je pense qu’il est indispensable d’étudier des moyens d’action le plus vite pos­sible. L’histoire nous regarde.

(GM/Th/Yes)

Uhuru/Le Parisien