Premières retrouvailles des femmes congolaises du ministère Genre, Femme et Enfant sous la houlette de la ministre Marie-Ange Lukiana sous la marque d’un rassemblement de protestation contre la guerre à l’Est du pays avec sa caractéristique des violences sexuelles.

La ministre Marie-Ange Lukiana fraîchement permutée du ministère de l’Emploi, Travail et Prévoyance sociale à celui du Genre, Femme et Enfant, vient de marquer ses premiers pas à son nouveau ministère en organisation le week-end dernier à Kinshasa une impressionnante mobilisation des femmes congolaises dénonçant et protestant contre les violences sexuelles comme arme de guerre en RDC. La manifestation qui s’est déroulée dans l’enceinte du secrétariat général du ministère a réuni la majorité de ses cadres et personnel féminin auxquels se sont jointes les grandes dames évoluant dans les institutions du pays : Assemblée nationale, Sénat, Gouvernement, entreprises publiques et autres structures officielles et privées. Plus d’un millier de femmes de différentes couches sociales s’étaient donné rendez-vous à ce rassemblement pourtant convoqué quelques heures auparavant.
Toutes les participantes, à commencer par la ministre organisatrice du meeting, jusqu’aux animatrices qui s’étaient produites dans une saynète en rapport avec le thème et objet de l’événement, n’avaient à la bouche que le cri de protestation des femmes congolaises contre la guerre à l’Est du pays. On pouvait lire dans le principal calicot brandi au rassemblement la significative inscription suivante : « Déclaration de la femme congolaise sur les violences sexuelles comme arme de guerre en RDC. Je dénonce ! ».
Lukiana au front des femmes congolaises !
La ministre Marie-Ange Lukiana a ouvert le meeting en saluant chaleureusement l’assistance en signifiant ensuite une profonde reconnaissance au Tout-Puissant qui a permis la rencontre du jour pour la cause du pays, Lui qui organise tout de sorte que pour la circonstance du jour les femmes congolaises se retrouvent à leur lieu de retrouvailles. La ministre a poursuivi en indiquant que l’occasion servant également de réhabilitation du ministère de la Femme congolaise dont elle a pris la conduite, elle implore le seigneur Dieu d’ouvrir toutes les voies de cette réhabilitation.
Réitérant ses remerciements pour l’accueil chaleureux qui lui fut réservée à sa prise en charge du ministère, Mme Marie-Ange Lukiana a sollicité toujours que le Tout-puissant écoute les prières et les pleurs des femmes congolaises afin que leurs attentes soient satisfaites. Quant à l’objet du rassemblement à l’ordre du jour, la ministre Lukiana annoncera qu’il s’agit d’un sujet à la fois douloureux et de colère en rapport de ce qui est fait à la femme congolaise dans le pays, en l’occurrence les viols à grande échelle qui se perpètrent à l’Est de la République. Et ce crime n’est pas seulement commis contre des grandes dames, mais aussi contre les petites filles à travers tout le pays. Les cas sont légion de ces viols dont sont victimes jusque dans les voies publiques même les enfants qui sortent puiser de l’eau !
« Voilà pourquoi nous les Mamans congolaises nous nous sommes levées aujourd’hui en sursaut pour signifier à la face du monde que nous protestons contre tous ces viols commis sur nos personnes. Nous avons une déclaration spéciale pour proclamer notre indignation et notre révolte contre cette ignominieuse conduite, afin que le monde entier soit saisi de la déterminante protestation des femmes congolaises contre cette nouvelle forme de guerre menée en RDC.
« Ainsi, Chères mamans congolaises, Chers hommes, amis du Genre,
1. Je vous salue chaleureusement et vous félicite pour votre détermination de vous mettre débout aujourd’hui pour la cause de la Nation congolaise, notre cher pays qui est réellement en danger,
2. Je saisis cette occasion pour vous remercier pour votre soutien spontané et chaleureux à l’occasion de cette nomination à la tête de notre ministère du Genre, famille et Enfant.
3. Ensemble avec vos prières, je bénis Dieu et le Président de la République, Son Excellence Joseph Kabila, qui ont permis que je sois de retour parmi les femmes du Congo, ma source et mon idéal premier, et ce 8 ans après un long apprentissage ailleurs. Que Dieu dispose que cet apprentissage contribue à renforcer notre idéal commun qui est la promotion réelle de la Femme du Congo.
4. Aujourd’hui, ce n’est pas mon jour ! Aujourd’hui, nous sommes là parce que vous, les organisations féminines, avez voulu cette rencontre pour crier à l’unisson votre douleur, votre indignation et votre condamnation de l’horreur qui se passe dans notre pays et particulièrement à l’Est, en termes de guerre, de violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, et de souffrances incroyables de nos populations...
Les Congolaises à l’unisson pour le triomphe de la RDC !

5. Nous, en tant que Gouvernement – les femmes du gouvernement sont la présentes, les Femmes du Parlement sont là présentes, les Femmes gestionnaires des entreprises publiques sont là, et les Femmes du ministère du Genre sont là pour vous accompagner, car nous soutenons votre démarche. Il est grand temps que la Femme du Congo se mette debout pour réaliser de grandes choses et soutenir de grandes causes !
6. Il n’y a pas d’armée plus puissante que des femmes unies, déterminées et organisées ! Si les femmes, creuset de la Nation sont faibles, le Congo ne pourra demeurer qu’un géant aux pieds d’argile et c’est le cas maintenant. C’est donc un devoir vital pour tous de renforcer les capacités des femmes, ainsi que les capacités de leurs organisations...
7. Depuis des décennies, vous vous débrouillez par vous-mêmes pour agir. Vous méritez aujourd’hui qu’on vous écoute davantage, qu’on vous soutienne davantage, car il est temps que la femme gagne en paix et en dignité, et c’est là le désir profond du Chef de l’Etat, le Président de la République. Oui, il est grand temps que la femme réalise de grandes choses!
8. Or, nous savons tous qu’une équipe divisée ne gagne pas. C’est l’union qui fait la force ! Je viens donc devant vous, à l’occasion de ce mandat, prêcher l’unité de la femme congolaise !
9. Et en cela, si le monde vibre aujourd’hui au rythme de ce que nous avons entendu en Amérique en termes de : « Yes we can », la femme du Congo s’inscrit dans cette foi et dit : « Oui, nous aussi ! » La femme congolaise dit : « Oui, la femme aussi, Oui, la femme congolaise aussi ! ».
10. Je termine en vous disant simplement, ce qui traduit toute la dimension de notre foi qu’avec vous et avec Dieu, nous ferons des merveilles ! Je dis donc : Je vous aime, Je vous aime beaucoup ! Que Dieu bénisse le Congo, son peuple, et surtout les masses vitales féminines que vous êtes ! ».
« Je dénonce ! », une déclaration des femmes congolaises
Après l’adresse de la ministre Lukiana, cinq femmes se sont succédées à la tribune pour lire en français et dans les quatre langues nationales Lingala, Swahili, Thsiluba et Kikongo, avec un accent pathétique galvanisant le public, la motion du jour présentée sous la forme suivante de « Déclaration de la Femme congolaise sur les violences sexuelles comme arme de guerre en Rdc ». Voici ce message tel que lu en Français par la déléguée Mme Biebie, suivie de quatre autres prestataires déclinant les versions en langues nationales
« Je dénonce ! » Moi, Femme de la République démocratique du Congo. Des profondeurs de mon pays, violentée et meurtrie depuis que j’ai accepté en 1994, d’offrir mon hospitalité dans le cadre du couloir humanitaire de l’opération turquoise... Je dénonce. Je dénonce que je suis déshumanisée... Je dénonce que je suis violée par des cohortes armées, par des bandits de tout bord... Je dénonce que je suis transformée en bête de somme sexuelle. Je n’ai pas d’âge : je suis une petite fille violée dès mon berceau, je suis une jeune fille à l’avenir brisé par les viols, je suis une mère de famille disloquée par les violences sexuelles. Je suis une vielle déshonorée et avilie par des inconnus...
Ils m’ont violée:
- devant mes parents:
- devant mes enfants;
- devant mon mari;
- devant mes amis;
- devant mes voisins;
- et même dans la rue.

Je n’ai pas de visage, je n’ai plus d’âme, je n’ai plus de vie... Je n’ai plus de sourire, je n’ai que des pleurs. Le viol massif des femmes au Congo est utilisé comme une arme de guerre pour briser les consciences. Il est un moyen de propagation du VIH/Sida pour décimer à terme les populations congolaises. Les grossesses précoces et non désirées sont légion.
Les familles, creuset de la vie, sont disloquées. Les déplacements massifs des populations sans logis et soumises à l’errance sont généralisés et récurrents. L’aggravation de la pauvreté a atteint des limites extrêmes.
Face à cette hécatombe qui continue à s’abattre sur la femme du Congo, que fait le monde ?
Qu’a-t-on fait des engagements contenus dans :
- la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies d’octobre 2000 ?
- la Résolution 1820 du Conseil de sécurité de juin 2008 ?
- le Protocole sur la prévention et la répression des violences sur les femmes et les enfants de décembre 2006 ?
- le Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région de grands lacs du 15 décembre 2006 ?
- les Résolutions sur les violences sexuelles faites aux femmes en RDC, prises par le Parlement belge le 08 décembre 2004 ?
Faisant appel à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, au droit à la vie, à la sécurité et à la dignité.
Je dis :
Stop aux violences sexuelles faites à la femme ;
Stop aux bandes armées : CNDP, FDLR, LRA...
Stop à la balkanisation de la RDC ;
Stop aux traîtres ;
Stop aux agresseurs ;
Stop aux pilleurs et aux receleurs des ressources naturelles.
Devant quatre millions de morts et deux millions des déplacés de cet holocauste oublié du Congo ; Combien faut-il encore pour que le monde mette fin à ma détresse et à ma douleur.
Je crie :
Non à l’impunité ;
Oui aux efforts pour une paix effective et durable ;
Oui au renforcement du programme Amani.
Je veux vivre en paix et dans la dignité...
Je dois vivre en paix et dans la dignité
Debout, je veux bâtir mon pays et participer moi aussi à l’essor de l’humanité...
Je lance Un appel vibrant à toutes les femmes et à tous les hommes épris de paix; de faire obstacle au plan de l’ennemi et de renforcer les efforts de paix du Président de la République Joseph Kabila et du peuple congolais.
Je m’engage A barrer la route à tout ce qui peut perturber les institutions démocratiques chèrement acquises, car je me suis mobilisée plus que quiconque pendant les élections pour qu’un changement démocratique arrive en RDC. Fait à Kinshasa, le 08 novembre 2008. La Femme congolaise.
Toutes les participantes ont défilé devant la ministre Marie-Ange Lukiana pour signer cette sorte de pétition pour laquelle seront aussi recueillies d’autres signatures d’une plus grande association des Congolaises à travers le pays. C’est dans cette ambiance que s’est poursuivie la manifestation ponctuée, comme dit plus haut, par une saynète interprétant les violences sexuelles que l’on fait endurer aux femmes et aux enfants en RDC, de même que des invocations sous forme de cris de révolte et de prière animées par des mélopées de musique religieuses d’artistes congolais.
(DN/Yes)
Daniel Nzuzi/MMC