Monseigneur Monsengwo, archevêque de Kinshasa, a tenu une conférence de presse le lundi 03 novembre 2008 à Bruxelles, au siège de la Conférence épiscopale de Belgique.

Initialement prévue au 21 rue Aux vieux grains à 1000 m Bruxelles, pour des raisons de sécurité, cette conférence de presse a été délocalisée. Malgré cela, à part la presse, certains compatriotes de Belgique très impliqués dans les actions pour le changement, avaient pu trouver le lieu et entrer dans la salle Docteur Loseke, ancien ministre du gouvernement Tshissko d’une Drisabollo Kidisho d’une plate-forme des femmes, Samson Cibayl de la dynamique de combat, Jean-Pierre Samba du mouvement pour la révolution des mentalités..,

Compte tenu de l’envahissement évident et arrogant de notre territoire et de la catastrophe humanitaire qui en résulte, la notoriété de Monsengwo, ses analyses pointues et sa connaissance des problèmes congolais n’étaient pas étrangers à cet engouement. Il était évident que les questions suivantes n’auraient pas manqué d’être posées :

Pourquoi y a-t-il près de deux millions de déplacés congolais dans la guerre de Nkundabatware à l’Est du Congo ?
Kagame est-it innocent ?
Le régime Kabila est-il irréprochable ?
Quels sont les intérêts de certains pays ?
Quelle doit être l’attitude du Congolais ?
Pourquoi la Monuc n’est-elle pas si efficace ?
Quels sont les agendas cachés des uns et des autres ?
A quoi rime le ballet diplomatique actuel ?
Comme l’a si bien dit ce même lundi le commentateur du journal de 13 heures, de la chaîne de télévision belge, RTL-TVI, à toutes ces questions et à bien d’autres, Monseigneur Monsengwo  n’a pas eu la langue de bois. »

Il est 10h45 quand Monseigneur Monsengwo entre dans la petite salle d’une trentaine de places. Il est introduit par un prêtre belge qui nous donne les raisons de la présence de Monseigneur Monsengwo à Bruxelles: Il revient du Synode des évêques à Rome. C’est donc en toute logique que Monsengwo nous parle du Synode d’où il revient sa signification, sa structure, son mode de fonctionnement, le thème qui y a été abordé... Trois évêques africains dont Monseigneur Monsengwo y siègent.

A onze heures sept, le modérateur, l’Abbé-claude Musimar donne la parole au premier intervenant, Sébastien Mayard du journal la Croix.
 
Quel appel lancez-vous aux ministres européens qui se réunissent à Marseille à propos de la situation qui a lieu à l’Est du Congo et dont les tristes images font la une de la presse actuellement ? »

Pour Monsengwo, quand les gens meurent, il faut les secourir. Il y a en ce moment, 1,6 millions de Congolais qui ont été contraints de fuir leurs villages à cause de la soldatesque de Nkundabatware. Mais cela est un épiphénomène. Les raisons profondes sont l’ensemble de violation de la parole donnée par les protagonistes, l’infidélité à sa signature. En novembre dernier, il y avait eu les accords de Nairobi. En janvier il y a eu les accords de Goma. Et la suite ? « Pact sunt servanda », tant qu’on ne sera pas fidèle à ses accords...

Aujourd’hui dans la situation du Congo, le droit international est piétiné l’intégrité et la souveraineté du Congo ne sont pas respectées. Pourquoi certains devraient-ils se donner le luxe de transférer chez les autres leurs problèmes ?
oui, il y a le droit du peuple, Oui, il y a le droit des minorités.

Mais en RD Congo, toutes les ethnies sont des tribus minoritaires. Faut-il tuer 4.000.000 de personnes en 10 ans pour défendre une minorité ?

Au vu des moyens mis en jeu, c’est trop.

Droit des groupes humains ?
Les Tutsis ont droit à la vie. Les Tutsis congolais ont droit à la vie.

Les Tutsis rwandais ont droit à la vie.
Et les Congolais ?
Habiter le Congo, c’est se soumettre aux lois du Congo.

Comment arriver à la fin des massacres ?
Les Hutus peuvent rentrer au Rwanda, avec la présomption d’innocence, et en cas de jugement, ils ont droit à un jugement équitable, pas un jugement politique.

Il y a eu les conférences nationales un peu partout en Afrique, il faut qu’il y ait un dialogue inter rwandais dans l’équité et la concorde pour résoudre les problèmes qu’il y a entre les deux ethnies.

Au Congo, sur les quatre cents ethnies, il n’y en a que quatre qui se tirent dessus, les Hema et les Lendu. les Hutus et les tutsis.

Négociations ?

Oui mais l’intégrité et la souveraineté de la République démocratique ne sont pas négociables.

Et le ballet diplomatique actuel ?
Tous ces diplomates qui bougent autour du Congo doivent avoir à l’esprit une seule chose : le droit doit être respecté sinon les décisions seront subjectives.

La guerre de Nkundabatware, est-ce une progression dans notre démocratie ou un recul ?

Il y a la guerre chez nous depuis 1996 aucun problème, n’a été résolu. Aujourd’hui, la guerre ne résout aucun problème.

Se faire justice dans un Etat de droit est une mauvaise piste Et on ne peut pas rêver à accéder au pouvoir par les armes.

Quid de la rencontre avec les Congolais de Belgique ?

Lors de la messe de la Toussaint l’eucharistie a été perturbé. Dans l’église, c’est le prêtre qui a le monopole de la parole. « on ne revendique pas ses droits en ne respectant pas les droits de Dieu ». De telles attitudes ne sont pas pour faciliter les rencontres.

A propos des causes profondes, Monseigneur Monsengwo énumère :

  1. Vouloir défendre sa nationalité contre son pays.
  2. Se faire mettre en place par des gouvernements étrangers. On devient alors soumis à ce pays.
  3. Donner le pouvoir aux belligérants comme cela l’a été lors du 1+4 a été un mauvais signal pour la démocratie.
  4. Les appels de la Cenco en 2005 et 2006 n’ont pas été entendus.
  5. La manière de faire les dernières élections a été critiquée, en vain.
  6. Lors des accords de Sun city, les congolais dialoguaient au nom des autres. Entre eux, les vrais Congolais qui aiment le Congo ne seraient jamais arrivés à un schéma du type 1+4
  7. La situation à l’Est, est-ce un problème intérieur ?

(SL/Milor/GW/Yes/PKF)

Le Phare