La violence chez les jeunes black belges au cœur d’une conférence aux Facultés universitaires Saint Louis de Bruxelles
Kinshasa, 04/11/2008 / Culture
Si les noirs américains dont les ancêtres sont arrivés aux « States » en esclaves, recherchent jusqu’aujourd’hui leurs racines, pourquoi nous qui avons encore des liens directs devrions-nous jouer l’amnésie ?
Le cercle Kilimandjaro des Facultés Universitaires Saint Louis de Bruxelles a organisé une soirée culturelle ce lundi 27 octobre 2008 autour du thème de la délinquance chez les jeunes avec deux manifestations : la projection du Film « La cité de Dieu » de Fernando Meirelles, puis la conférence-débat sur la violence grandissante chez les jeunes black de Belgique. Plus d’une centaine d’étudiantes et étudiants étaient présents dans l’auditoire 1 de ces facultés universitaires situées au 43, Boulevard du jardin dans la commune de 1000 Bruxelles.
Orateur du jour, Bertin Mampaka, échevin à la commune de 1000 Bruxelles et député régional n’a pas eu beaucoup de difficultés pour capter l’attention de l’auditoire de bout en bout. Mampaka s’est beaucoup appuyé sur son parcours personnel et son expérience pour donner un certain éclairage sur ce mal qui sévit chez nos jeunes : la violence. Arrivé jeune en Belgique, il a été confronté à des situations qui pouvaient le faire basculer dans le mauvais camp.
Les problèmes des jeunes, dont la violence sont des phénomènes sociaux dont certaines solutions peuvent provenir des instances politiques.
Qu’il y ait de plus en plus de noirs dans les institutions belges est un atout. Le cas de Gisèle Mandaila devenue secrétaire d’Etat au gouvernement fédéral a été épinglé.
Parmi les pistes de solutions proposées, nous citerons la nécessité de l’associatif en milieu black d’être plus performant et plus professionnel, le devoir du pouvoir public de soutenir financièrement les bonnes initiatives,L’accès à l’emploi étant une des clés d’une vie stable, le pouvoir public, plus grand employeur du royaume devrait davantage assimiler les demandes provenant de nouveaux diplômés d’origine subsaharienne, le combat de notre minorité face à certaines dérives médiatiques qui prennent facilement des raccourcis en diffusant d’une façon caricaturale tout ce qui touche aux « nègres », la mobilisation des jeunes entre eux face à leurs problèmes communs.
Est-ce pour autant que l’auditoire a été satisfait ?
À voir l’afflux assez important des jeunes à cette manifestation culturelle, et à écouter leurs interventions, un vrai problème d’ordre existentiel est perceptible chez nos jeunes en ce moment. Plus, une vraie interrogation identitaire.
Une impression d’insatisfaction a donc par moment plané dans l’auditoire.
Quand un jeune « black » belge regarde autour de lui, quelle image la société lui renvoie-t-elle ? Comment est-il perçu ? Le fait d’être noir est-ce un atout ? Quel modèle a-t-il en face de lui ? Combien de « Mampaka » y-a-t-il en circulation ? L’ascension de ce dernier, est-ce la règle ou l’exception dans le milieu black belge ?
Selon l’orateur du jour, à leur arrivée, la plupart des Congolais ne posaient pas leurs valises, espérant un jour rentrer au pays pour mettre en pratique ce qu’ils auront appris en Europe. Trente ans après, qu’en est-il ?
Qui ont raison, ceux qui ont acquis la nationalité belge et décidé de faire leur vie ici, ou ceux qui gardent jalousement leur passeport congolais au cas où… ?
Pour les deux groupes, faut-il mettre une croix sur la RD Congo parce qu’elle n’a toujours pas décollé ou, qu’on s’occupe du Congo ou pas, les problèmes du Congo poursuivent d’une façon ou d’une, chacun de ses fils, ou qu’il soit ?
Maintenant que souffle chez nos jeunes ce vent de prise de conscience et de mobilisation, ne revient-il pas à la génération de leurs parents que nous sommes de leur ouvrir l’esprit sur les valeurs culturelles de nos sociétés d’origine ?
Pour ceux qui optent pour la rupture avec le Congo, opéreront-ils aussi une rupture culturelle et devenir ainsi des « Mundele Ndombe » ? (Blanc à peau noire !)
Le fait d’être black, n’est-il pas une obligation de s’assumer en tant black ? peut-on s’assumer culturellement en tant que black en faisant abstraction de ses origines, de sa culture ?
Peut-on s’assumer en tant que black en faisant abstraction de l’évolution actuelle socio-politique du patelin d’où l’on tire ses origines ?
En zappant ainsi ses origines, cela donnera-t-il au black de Belgique plus de considération face aux belges de souche ?
Si nos jeunes en arrivent à la violence, cela n’est-il pas aussi la conséquence d’un échec de passation de bâtons entre générations ?
Si les noirs américains dont les ancêtres sont arrivés aux « States » en esclaves, recherchent jusqu’aujourd’hui leurs racines, pourquoi nous qui avons encore des liens directs devrions-nous jouer l’amnésie ?
Il nous semble qu’un dialogue franc doit se nouer entre les jeunes black belges d’aujourd’hui et leurs parents. La violence chez les jeunes n’est que l’arbre qui cache la forêt, forêt qu’il convient d’explorer.
Ce sont les parents qui avaient décidé de quitter leur terre natale. Les jeunes nés ici devraient –ils en payer les effets pervers ?
Cheik FITA (Correspondance particulière)
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