Voici le texte intégral du discours du Premier ministre Adolphe Muzito par lequel il a présenté son programme d’action devant l’Assemblée national en vue d’obtenir de l’organe législatif et de contrôle de l’exécutif l’investiture du gouvernement. L’intervention a été ponctuée par la présentation physique des membres de ce gouvernement.

Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
Honorables Membres du Bureau,
Honorables Députés,

Conformément à la Constitution de la République, spécialement en son article 90 alinéas 4 et 5, l’honneur m’échoit de présenter, à votre Auguste Assemblée, le programme de mon Gouvernement en vue de son investiture. Cependant au moment où se tient cette cérémonie, bon nombre de nos compatriotes, militaires et civils, ont perdu leur vie dans la guerre qui est de nouveau imposée à notre pays. Ainsi, je demande l’autorisation du Président de céans, afin qu’une minute de silence soit observée par l’Assemblée en mémoire des victimes de cette guerre.

Avant de commencer mon propos, je voudrais exprimer ma profonde gratitude au Chef de l’Etat pour la confiance qu’il a placée en ma modeste personne en me nommant, à la tête du Gouvernement comme Premier Ministre. Qu’il soit assuré de ma pleine collaboration ainsi que de la loyauté du Gouvernement dans la réalisation de son projet de société pour le bien–être du Peuple congolais. Je saisis également cette occasion pour rendre hommage au courage politique de mon prédécesseur, le Patriarche Antoine GIZENGA, qui a accepté, malgré le poids de son âge, de diriger le Gouvernement à un moment très difficile de l’histoire de notre pays.

Je le félicite également d’avoir décidé de passer le flambeau à la nouvelle génération politique, après avoir conduit, sous la haute direction du Chef de l’Etat, l’œuvre exaltante de refondation de notre jeune République. Le Gouvernement que je dirige n’hésitera aucun instant à solliciter ses sages conseils chaque fois que de besoin.

Présentation physique des membres du gouvernement
Avant d’exposer à l’attention de l’auguste assemblée les grandes lignes du programme du Gouvernement, je voudrais m’acquitter d’un devoir, celui de présenter aux élus du peuple, les membres de mon équipe gouvernementale. Il s’agit de :
  • Monsieur François Joseph MOBUTU NZANGA : Vice-Premier Ministre chargé des besoins sociaux de base ;
  • Monsieur Emile BONGELI : Vice-Premier Ministre chargé de la reconstruction ;
  • Monsieur MUTOMBO BAKAFWA NSENDA : Vice-Premier Ministre chargé de la Sécurité et Défense ;
  • Monsieur Célestin MBUYU KABANGO : Ministre de l’Intérieur et Sécurité ;
  • Monsieur Charles MWANDO SIMBA : Ministre de la Défense Nationale et des Anciens Combattants ;
  • Monsieur Alexis THAMBWE MWAMBA : Ministre des Affaires Etrangères ;
  • Monsieur Antipas MBUSA NYAMWISI : Ministre de la Décentralisation et Aménagement du Territoire ;
  • Monsieur Raymond TSHIBANDA : Ministre de la Coopération Internationale et Régionale ;
  • Monsieur LUZOLO BAMBI LESSA : Ministre de la Justice ;
  • Monsieur Adolphe LUMANU MULENDA : Ministre des Relations avec le Parlement ;
  • Monsieur Pierre LUMBI OKONGO : Ministre des Infrastructures, Travaux Publics et Reconstruction ;
  • Monsieur Athanase MATENDA KYELU : Ministre des Finances ;
  • Monsieur Olivier KAMITATU ETSU : Ministre du Plan ;
  • Monsieur Michel LOKOLA ELEMBA : Ministre du Budget ;
  • Monsieur José ENDUNDO BONONGE : Ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme ;
  • Monsieur André-Philippe FUTA : Ministre de l’Economie Nationale et du Commerce ;
  • Madame Jeanine MABUNDA LIOKO : Ministre du Portefeuille ;
  • Monsieur BASHENGEZI KATINTIMA : Ministre de l’Agriculture ;
  • Monsieur Mathieu PITA : Ministre des Transports et Voies de Communication ;
  • Monsieur Martin KABWELULU : Ministre des Mines ;
  • Monsieur Laurent MUZANGISA MUTALAMU : Ministre de l’Energie ;
  • Monsieur René ISEKEMANGA NKEKA : Ministre des Hydrocarbures ;
  • Madame Louise MUNGA MESOZI : Ministre des Postes, Téléphones et Télécommunications ;
  • Monsieur Simon MBOSO KIAMPUTU : Ministre de l’Industrie ;
  • Monsieur Lambert MENDE OMALANGA : Ministre de la Communication et des Médias ;
  • Monsieur MUKULUMANIA MUPIPI : Ministre de la Santé Publique ;
  • Monsieur Maker MWANGU FAMBA : Ministre de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel ;
  • Monsieur Léonard MASHAKO MAMBA : Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire ;
  • Monsieur KISIMBA NGOY MAJ : Ministre des Affaires Foncières ;
  • Madame Générose LUSHIKU MUYA : Ministre de l’Urbanisme et Habitat ;
  • Monsieur Ferdinand KAMBERE KALUMBI : Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance Sociale ;
  • Monsieur Michel BOTORO BODIAS : Ministre de la Fonction Publique ;
  • Monsieur Esdras KAMBALE BAHEKWA : Ministre de la Culture et des Arts ;
  • Monsieur SAFI ADILI : Ministre du Développement Rural ;
  • Monsieur Patrick SULIBIKA MATCHEMBELA : Ministre de la Jeunesse et des Sports ;
  • Monsieur Claude BASIBUHE NYAMUGABU : Ministre des Petites et Moyennes Entreprises ;
  • Monsieur Joseph LITITIYO AFATA : Ministre de la Recherche Scientifique ;
  • Monsieur UPIO KAKURA : Ministre des Droits Humains ;
  • Madame Marie-Ange LUKIANA MUFWANKOL : Ministre du Genre, de la Famille et de l’Enfant ;
  • Monsieur Barthélemy BOTSWALI LENGOMO : Ministre des Affaires Sociales, Action Humanitaire et Solidarité Nationale ;
  • Monsieur Zéphyrin MUNGONGO : Vice-Ministre de l’Intérieur ;
  • Monsieur Oscar MASAMBA MATEMO : Vice-Ministre de la Défense et des Anciens Combattants ;
  • Monsieur Ignace GATA MAVITA WA LUFUTA : Vice-Ministre des Affaires Etrangères;
  • Madame Colette TSHOMBA NTUNDU : Vice-Ministre des Congolais de l’Etranger ;
  • Monsieur MUSONDA KALUSAMBO : Vice-Ministre de la Justice ;
  • Monsieur Gervais NTIRUMENYERWA KIMONYO : Vice-Ministre des Travaux Publics;
  • Monsieur César LUBAMBA NGIMBI : Vice-Ministre des Finances ;
  • Monsieur Alain LUBAMBA WA LUBAMBA : Vice-Ministre du Budget ;
  • Monsieur KIBIBI KAMANZI : Vice-Ministre de l’Agriculture ;
  • Monsieur Victor KASONGO SHOMARI : Vice-Ministre des Mines ;
  • Monsieur Gustave BEYA SIKU : Vice-Ministre des Hydrocarbures ;
  • Monsieur Arthur SEDEA NGAMO ZABUSU : Vice-Ministre de l’Enseignement Professionnel ;
  • Monsieur BOKELE DJEMA : Vice-Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire ;
  • Monsieur Willy MUBOBO NZAMBA :Vice-Ministre du Développement Rural.
Axes et Priorités du Gouvernement

Point n’est besoin de rappeler que le Gouvernement, qui se présente devant vous, est l’émanation de la même Majorité Parlementaire qui avait investi en février 2007 le Gouvernement Gizenga en adoptant son programme. C’est autant dire que ce programme, qui avait reçu en son temps votre quitus, inspire fondamentalement celui du nouveau Gouvernement placé sous ma direction. Toutefois, au regard de l’évolution récente du contexte national et international ainsi que de l’état des lieux, mon Gouvernement a recentré ses priorités.

A cet égard, tout en restant dans la continuité de la réalisation des engagements pris par le Chef de l’Etat vis-à-vis du Peuple congolais, le programme que je vous présente tire les leçons du passé récent et propose des mesures correctives afin de donner une nouvelle impulsion à l’action gouvernementale pour une efficacité accrue. C’est ainsi qu’au regard de la feuille de route tracée par le Chef de l’Etat, mon Gouvernement, tout en faisant siens les options fondamentales et les principaux objectifs repris dans le programme du Gouvernement précédent, recentre les priorités en vue de tenir compte notamment de l’évolution récente de la situation sécuritaire, politique, économique et sociale du pays ainsi que de l’environnement international de crise.

 Les priorités du Gouvernement sont de trois ordres. La première priorité est la refondation de l’Etat et la consolidation de la paix et de l’unité nationale. La deuxième priorité est la reconstruction du pays à travers la consolidation de la stabilité macro-économique, et la mise en œuvre des cinq chantiers de la République, tracés par le Chef de l’Etat. La troisième priorité est l’amélioration des conditions sociales des Congolais grâce à l’accès aux services sociaux de base de qualité. Pour rencontrer ces trois priorités, la stratégie globale du Gouvernement est la bonne gouvernance.

Les trois priorités du programme du Gouvernement sont interdépendantes et complémentaires. En effet, sans la paix et la sécurité, il est impossible de mettre en œuvre le programme de reconstruction et de redressement économique et social. De même, le mieux être social des populations dépend de la stabilisation et de la relance économique qui, elles, conditionnent l’œuvre de réalisation des infrastructures de base. En outre, l’amélioration des conditions sociales des populations est le gage de la pérennité de la paix et de la sécurité, par la réduction des foyers de tension et des prédispositions à la délinquance, à la violence et aux conflits armés.

Enfin, l’Etat ne peut efficacement assurer ses fonctions régaliennes pour la paix et la sécurité, sans stabilité économique inspirant la confiance des investisseurs et favorisant une croissance économique forte et soutenue, génératrice des richesses et donc de ressources financières accrues pour le Trésor public.

Les priorités du programme du Gouvernement résultent notamment des états des lieux traduisant la situation héritée du Gouvernement sortant. Cette dernière peut être appréhendée à travers les axes ci-après :
  • la refondation de l’Etat, la paix et la sécurité ;
  • la mise en œuvre des cinq chantiers de la République ;
  • la gestion économique et financière ;
  • l’amélioration des conditions sociales des populations.
 Concernant l’objectif de refondation de l’Etat, de la consolidation de la paix et de la sécurité, il y a lieu de relever essentiellement les actions suivantes :
  • l’élaboration des lois et textes réglementaires sur la décentralisation ;
  • l’amorce de la réforme de l’armée et de la police nationale avec le recensement biométrique ;
  • le redéploiement du casernement militaire ;
  • la signature de l’Acte d’engagement de Goma et l’adoption du Programme « AMANI » pour la pacification et la reconstruction du Nord-Kivu et du Sud–Kivu ;
  • la poursuite de la réforme du système judiciaire ;
  • l’élaboration d’un cadre organique régissant le Conseil Supérieur de la Magistrature ;
  • une nouvelle mise en place des magistrats des parquets et cours et tribunaux ;
  • la réhabilitation et l’équipement des prisons dans la Province Orientale, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ;
  • l’élaboration et la validation d’une action stratégique dans le cadre de la lutte contre les violences sexuelles récurrentes à l’Est du pays.
En ce qui concerne la mise en route des cinq chantiers prioritaires, les acquis ci-dessous peuvent être relevés :
  • L’acquisition sur ressources propres des engins de génie civil au profit de l’Office des routes ;
  • La mobilisation des fonds et la signature des contrats avec les partenaires chinois.
S’agissant de la gestion économique, financière et monétaire, le Gouvernement trouve une situation caractérisée par :
  • La croissance du PIB réel qui atteint deux chiffres, se situant autour de 11% en 2008 ;
  • Le bon comportement des recettes budgétaires qui passe de 12,8% du PIB en 2006 à 14,8% du PIB en 2007 ;
  • L’augmentation du volume de dépôts et des crédits bancaires ;
  • La réduction des déficits des finances publiques et le retour à l’équilibre budgétaire ;
  • L’augmentation du budget de l’Etat en ressources propres qui est passé de 900 millions de USD en 2006 à 2,2 milliards de USD en 2008.
Dans le domaine social, le Gouvernement sortant lègue au mien une situation caractérisée par :
  • La révision à la hausse de salaires des fonctionnaires de l’Etat, avec le salaire du huissier qui est passé de 37 à 70 USD à Kinshasa et de 20 à 40 dollars à l’intérieur du pays ;
  • La reprise du paiement des bourses aux étudiants finalistes en licence et graduat des universités et instituts supérieurs ;
  • Le relèvement des salaires des professeurs, des médecins, du personnel de santé, et j’en passe.
Comme on peut le constater, en dépit des réalisations précitées du Gouvernement sortant, beaucoup reste à faire et des actions d’envergure sont encore nécessaires pour mieux rencontrer les attentes légitimes de nos populations qui se trouvent pour la première fois depuis 40 ans, face à un Gouvernement légitime et une assemblée nationale démocratiquement élue dans un système pluraliste. C’est ce qui justifie l’expression de la grogne sociale à travers les grèves et autres arrêts de travail par une population qui est impatiente de bénéficier des retombées de l’Action du Gouvernement légitime.

Par ailleurs, au niveau de la Gouvernance locale, je tiens à féliciter l’Assemblée Nationale d’avoir amélioré et voté le bloc de lois organiques fixant les principes de la décentralisation au cours de sa session de juillet 2008. Il s’agit des textes portant :
i) Composition, organisation et fonctionnement des entités territoriales décentralisées ;
ii) Modalités d’organisation et de fonctionnement de la conférence des Gouverneurs des provinces ;
iii) Principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces et bientôt la loi relative aux entités administratives décentralisées et la loi portant limites des nouvelles provinces.

De même, la structure chargée de l’organisation des élections locales a été mise en place, les projets de loi organique sur l’organisation et le fonctionnement de la commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et le projet de l’annexe à la loi Electorale relative à la répartition des sièges ont été transmis à l’Assemblée Nationale.

Des actions sur six fronts !

Le peuple que vous représentez, attend de mon Gouvernement des mesures et actions concrètes pour honorer les engagements que le Président de la République a pris vis –à-vis de lui. La paix étant un préalable à toutes nos actions, Votre Gouvernement va se concentrer dans l’immédiat sur la première priorité c’est – à – dire mettre fin à la guerre, restaurer la paix et résoudre le drame humanitaire de deux millions de déplacés du Nord – Kivu. Je voudrais à cet égard remercier l’Assemblée Nationale, d’avoir adopté en sa séance de ce mercredi 28 octobre, un plan de sortie de crise, dont mon Gouvernement s’est approprié. Le Gouvernement a complété et enrichi ce plan et l’a intégré dans son programme.

Au plan de la paix et de la sécurité du territoire, l’objectif immédiat de notre action, je le répète, concerne la fin de la guerre, la consolidation de la paix et le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire. Mettre fin à la guerre à l’Est du pays spécialement dans le Nord – Kivu par quels moyens ?

L’action du Gouvernement va se déployer sur six fronts :
  1. Le front militaire ;
  2. Le front politique et diplomatique ;
  3. Le front humanitaire ;
  4. Le front populaire ;
  5. Le front économique ;
  6. Le front médiatique.
Sur le front militaire, « Honorables Députés», s’il est important que notre pays ait une diplomatie dynamique pour la défense de ses intérêts, il est plus qu’important de disposer d’une armée dissuasive pour mettre notre pays à l’abri de l’insécurité récurrente et des attaques répétées. « Qui veut la paix prépare la guerre ». Le Gouvernement va progressivement doter notre pays d’une armée digne du grand Congo. Dans l’immédiat, trois initiatives sont envisagées par le Gouvernement sur le plan militaire pour sortir de la crise.

La première est le cessez – le feu et la stabilisation de fronts dans le Nord –Kivu. La deuxième initiative du Gouvernement est de prendre des dispositions urgentes d’ordre sécuritaire et militaire pour supprimer les prétextes à toute intervention militaire d’origine étrangère dans le Kivu. La troisième initiative est la mise en place d’une force combattante conjointe entre les FARDC, la MONUC et des forces supplémentaires pour neutraliser toutes les forces négatives réfractaires à la paix dans la région.

Le Gouvernement va en même temps accélérer les réformes de nos forces armées et développer leurs capacités défensives et offensives. Il est inadmissible qu’un pays à vocation de locomotive en Afrique comme la RDC, puisse toujours compter sur l’appui de la communauté internationale pour défendre ses frontières et protéger sa population contre les bandes armées et contre les agressions des pays voisins. L’aide des amis est certes la bienvenue mais elle ne peut nous exonérer de notre responsabilité de mobiliser sur le plan interne des ressources propres pour renforcer notre armée.

Le Gouvernement mobilisera plus des ressources pour notre armée et veillera à ce qu’elles soient bien gérées. A cet effet, la séparation entre la chaîne de commandement et la chaîne de la dépense sera stricte ainsi que la maîtrise des effectifs et la gestion efficiente des stocks et du matériel. Les ressources à récupérer grâce à la transparence dans la gestion seront affectées au développement des capacités humaines et matérielles de nos troupes et à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail.

Dans le cadre des réformes de l’armée, le Gouvernement va extirper des rangs de nos troupes, les officiers véreux compromis dans le commerce et le trafic des ressources naturelles, dans les détournements des soldes et des fonds des ménages ainsi que ceux qui ne prennent pas à cœur leur responsabilité. Il faut que les critères moraux, patriotiques et des qualifications dans la promotion et l’affectation soient de stricte application.

Le Gouvernement va aussi mettre à l’étude le service militaire obligatoire pour des jeunes en fin de cycle secondaire ou universitaire, pour doter notre armée d’un personnel de qualité pétri de valeurs civiques et républicaines. Nous devons cessez de considérer l’Armée et la Police comme un dépotoir des enfants délinquants, têtus et ratés, que les parents envoient dans nos forces à titre de punition. Un enfant ne donne que ce qu’il a reçu – un enfant qui n’a connu que la violence et le désamour en famille, une fois doté d’une arme devient un tueur sans foi ni loi – un violeur et un pillard. Nous allons aussi définir les modalités d’une utilisation efficace des officiers ex – FAZ, qui ont encore des capacités physiques, morales et des compétences avérées.

Mon Gouvernement va aussi accélérer la réforme de la Police et de la Justice. La sécurité des personnes et des biens doit être assurée par une police et une justice bien outillées, mais débarrassées de brebis galeuses. Mon Gouvernement va s’appuyer sur l’Inspection Générale d’Audit de la Police, l’Inspection Générale des Forces Armées et la Police Militaire, dont les missions de contrôle seront renforcées pour extirper de la Police et de l’Armée, les agents véreux.

Sur le « front politique, diplomatique et médiatique », la voix de la RDC se fera désormais entendre partout où elle est requise, pour expliquer sa cause légitime qui est souvent mal comprise du fait d’un travail de lobbying insuffisant et d’une diplomatie peu performante. La R.D.C doit occuper le terrain médiatique et diplomatique pour faire porter sa voix au plan national et international et celle de ses compatriotes qui continuent à être victimes de la loi du silence, de l’injustice et de la complicité.

Sur le plan diplomatique, le Gouvernement a entamé le processus de normalisation de nos relations avec le Rwanda. Le nouveau Ministre des Affaires Etrangères s’est déjà rendu à Kigali et la Ministre rwandaise des Affaires Etrangères séjourne depuis ce jeudi 30 octobre 2008 à Kinshasa pour entamer les discussions relatives à ce processus de normalisation. L’une des recommandations de votre plan de sortie de crise dans son volet diplomatique était déjà en œuvre.

Par ailleurs, le Gouvernement va classifier les ambassades congolaises à l’étranger en plusieurs catégories dont une catégorie d’ambassades stratégiques. A celles-ci seront affectés des ambassadeurs de haute facture avec mission de redorer le blason terni de notre diplomatie et l’image de notre pays. Dans le même ordre d’idées, les ambassades non stratégiques seront assainies ou regroupées et des ressources seront disponibilisées pour payer régulièrement les rémunérations et les frais de fonctionnement aux ambassades. S’agissant de notre participation aux organisations internationales, elle va être revitalisée en particulier dans les Organisations vitales pour le pays notamment à l’Union Africaine où nous allons négocier un agenda d’apurement de nos arriérés en vue de reprendre notre place.

Le retour à une paix durable à l’Est du pays passe aussi par le dialogue permanent au sein de notre pays et entre notre pays et les pays voisins. Pour notre pays, le cadre institué par la conférence de GOMA, à savoir le programme AMANI, offre une opportunité à toutes les parties en conflits de s’exprimer librement et de faire valoir leurs revendications. Le Gouvernement considère que le dialogue avec le CNDP se fera donc dans le cadre du programme AMANI et nous réitérons notre invitation à l’endroit du CNDP de revenir reprendre sa place au sein de ce cadre de dialogue, amorcer le processus de désengagement et c’est dans ce cadre que nous allons aborder tous les problèmes qui fâchent entre congolais.

Par ailleurs, dans le cadre des pays des grands lacs, nous allons entretenir un dialogue permanent et des rapports de bon voisinage, qui passent également par le dialogue inter Etats, sans chantage ni fourberie, ainsi que par la relance de la coopération sous-régionale. La création d’un Ministère autonome de la Coopération Internationale et Régionale est une réponse à notre souci de redynamiser cette forme de coopération. La restauration de la confiance mutuelle dans la région des Grands Lacs passe par ce processus que nous voulons empreint de sincérité et de confiance réciproque.

En ce qui concerne mon Gouvernement, c’est par réalisme politique et non par faiblesse ou naïveté, qu’il entend s’engager dans des pourparlers avec toutes les parties impliquées dans les conflits à l’Est du pays en commençant par le Rwanda ainsi que toutes les parties signataires de l’Accord de Naïrobi et de l’Acte d’Engagement de Goma. Mais ce dialogue ne pourra en aucun cas s’accommoder avec le bradage des intérêts supérieurs de la Nation, de l’honneur et de la dignité de notre pays. Pour la restauration de la Paix durable dans notre pays, je me rendrai personnellement partout où la question de la paix en RDC sera à l’ordre du jour.

En ce qui concerne le front humanitaire, je voudrais rendre hommage à l’Assemblée Nationale pour ses propositions pertinentes issues de sa séance plénière du mercredi dernier, qui ont stigmatisé la catastrophe humanitaire dans le Nord-Kivu. Le Gouvernement partage avec vous la préoccupation de la nécessité d’une mobilisation tant au niveau national qu’international afin d’atténuer les souffrances de deux millions de nos compatriotes forcés à l’errance. Le Gouvernement a mis en place une Cellule de crise regroupant les ministères concernés en vue de mobiliser les moyens disponibles au niveau interne et externe, pour apporter une aide d’urgence à nos compatriotes.

Je remercie, du haut de cette tribune, l’Union Européenne qui vient de mobiliser 4 millions d’Euros au profit de nos populations sinistrées du Nord-Kivu et j’exhorte les autres partenaires au développement à intervenir de toute urgence. Le Gouvernement dénonce l’attaque des camps des déplacés par le CNDP livrant ainsi des personnes vulnérables à savoir les femmes, les enfants, les vieillards et les handicapés à des souffrances insoutenables et à la mort.

La deuxième action du plan d’urgence humanitaire est la réinsertion des déplacés dans leurs localités d’origine, après la stabilisation du front militaire afin de leur permettre de retrouver leur cadre de vie naturel et vaquer à nouveau à leurs activités avec un programme de réinsertion socio-économique que le Gouvernement mettra en place.

Sur le front populaire, le Gouvernement va mobiliser toutes les couches de la population pour soutenir l’action de nos forces armées dans leur mission de rétablissement de la paix, de l’ordre et de la sécurité. La complicité entre le peuple et ses forces de sécurité est un gage de la victoire, car une armée soutenue par son peuple est invincible, elle peut perdre une bataille mais jamais la guerre.

Le Gouvernement mobilisera plus spécialement, sur l’ensemble des provinces du pays, les jeunes, en forces d’autodéfense populaire pacifique, prêtes à défendre la patrie. Le Gouvernement encouragera les initiatives des associations citoyennes visant l’organisation des actions pacifiques et d’interpellation de tous les acteurs qui ont la charge d’œuvrer en faveur de la fin de cette guerre injuste.

La déstabilisation de l’Est de notre pays ne doit pas être uniquement la préoccupation de seuls ressortissants de cette partie du pays. Elle est une cause nationale, qui concerne l’ensemble de notre peuple, de l’Ouest à l’Est, du Nord au Sud. Nous devons tous partager les souffrances de nos compatriotes affectés, par des marques de compassion et de solidarité.

Sur le front économique, mon Gouvernement entend :
  • Relancer l’intégration économique régionale pour ouvrir un espace qui favorise la circulation des personnes et des biens dans la sous-région ;
  • Intégrer dans l’économie formelle des agents économiques qui exploitent clandestinement et de manière illicite les richesses de la région sans rendre compte à nos Etats respectifs ;
  • Prendre des dispositions avec la communauté internationale pour empêcher le commerce des ressources naturelles exportées illicitement par des bandes armées ;
  • Favoriser l’exploitation mutuellement bénéfique des ressources situées dans l’espace commun : le gaz du lac Kivu, le pétrole du lac Albert. Nous voulons donner la chance à tous les opérateurs d’entrer en partenariat avec l’Etat tout en exerçant notre prérogative de contrôle et de sanction des contrevenants, de manière à marginaliser les exploitants frauduleux et à les soumettre à la rigueur de la loi.
La reconstruction de la R.D.C constitue la deuxième priorité de l’action de mon Gouvernement. Cette reconstruction passe par la consolidation de la stabilité macro-économique et de la croissance économique et la mise en œuvre des cinq chantiers prioritaires de la République. Les objectifs du Gouvernement dans le cadre de cette priorité est de créer un environnement macroéconomique stable et de réaliser une croissance économique robuste, durable et redistribuée.

L’atteinte de ces objectifs passe par la mise en place des politiques budgétaire et monétaire rigoureuses, ainsi que des réformes économiques et structurelles courageuses. A cet effet, la bonne exécution du Programme actuel, ouvrira la voix au Gouvernement à la conclusion dans les meilleurs délais d’un Programme formel avec le Fonds Monétaire International.

A l’horizon 2011, le Produit Intérieur Brut devra s’établir à 28 milliards de USD contre 11 milliards en 2008, 10 milliards de USD en 2007 et 8 milliards de USD en 2006. Dans ce contexte, le Gouvernement compte améliorer la capacité de mobilisation des recettes et ainsi atteindre un budget d’environ 6 milliards de dollars en ressources propres à l’horizon 2011. Ces efforts permettront au Gouvernement de mettre définitivement fin au cycle infernal des budgets inférieur à un milliard de dollars.

Ces projections n’intègrent pas l’impact de la récente crise financière internationale. Les experts du Gouvernement travaillent à la réévaluation des ces paramètres et le Gouvernement proposera un cadre macro – économique révisé à l’occasion de la présentation du projet de budget 2009.

En ce qui concerne la lutte contre la corruption, la malversation et l’iniquité, qui est une grande préoccupation des élus, le Gouvernement va renforcer les actions de l’objectif de lutte contre la corruption, la malversation et l’iniquité. Dans ce cadre, le Gouvernement va finaliser la réforme des services de l’Administration publique, le renforcement des services de contrôle et des actions spécifiques en rapport avec la collecte et la gestion des deniers et biens publics.

Le Gouvernement ouvrira largement ses portes et celles des services sous sa tutelle au contrôle parlementaire, afin que la tolérance zéro contre la corruption et le détournement des fonds publics, que nous souhaitons vous et nous, devienne une réalité. Afin d’accélérer la réalisation de cinq chantiers prioritaires de la République, le Gouvernement s’attèlera à intensifier les travaux de construction et de réhabilitation des infrastructures, la mise en œuvre des mesures visant à améliorer l’accès aux services sociaux de base (eau et électricité, habitat, santé et éducation) et la création des emplois.

Dans le domaine des infrastructures, les actions prioritaires ci-après seront entreprises :
  • la réhabilitation des brigades de cantonniers au niveau de chaque territoire ;
  • la finalisation des études de faisabilité de tous les projets des infrastructures en attente de financement ;
  • la poursuite et l’achèvement des travaux en cours ;
  • la réhabilitation des principaux axes structurants du réseau ultra- prioritaire ;
  • l’extension du réseau bitumé par la modernisation des routes existantes en terre battue ;
  • la prise en charge des routes actuellement réhabilitées, par l’entretien et le maintien d’un service minimum dans certains axes ;
  • le respect des normes nationales et internationales en matière de transports ;
  • la réhabilitation des bacs et des ponts ;
  • la réhabilitation des voiries urbaines ;
  • la modernisation des chemins de fers ;
  • la réhabilitation et la modernisation des aéroports.
Dans le secteur social, le Gouvernement va entreprendre des actions d’amélioration de l’accès des populations congolaises aux services sociaux de base de qualité. Ces actions touchent au secteur de l’alimentation, de la santé, de l’éducation et de l’Habitat tel que repris dans le programme. C’est ainsi qu’il va collaborer étroitement avec les Honorables Députés pour l’accompagnement particulièrement du programme de financement des projets à impact visible budgétisés pour chaque territoire. Il s’agit de la construction des centres scolaires, des centres de santé, des bacs, des ponts et des routes de desserte agricole dans chaque Entité Décentralisée.

Le Gouvernement va aussi renforcer les actions d’insertion économique et sociale des groupes vulnérables notamment les femmes et les enfants en situation difficile, les personnes vivant avec handicap et les personnes vivant avec VIH – SIDA, les déplacés et les personnes de troisième âge. C’est un devoir de solidarité que nous à leur égard surtout dans les zones affectées par les conflits armés.

S’agissant des réformes, le Gouvernement va s’atteler à parachever tous les textes de mise en œuvre de la décentralisation administrative et financière. Il en sera de même dans le domaine de la justice, du portefeuille et du climat des affaires où le Gouvernement mettra en œuvre les recommandations de la table ronde économique gouvernement – secteur privé tenu en septembre dernier à Kinshasa. Le Gouvernement va poursuivre les réformes en matière douanière, fiscale et parafiscale en vue d’accroitre sa capacité de mobilisation des ressources propres. Par ailleurs, le Gouvernement s’est engagé à réaliser les différents déclencheurs du point d’achèvement de l’initiative PPTE, afin de bénéficier de l’allègement de la dette et dégager ainsi des ressources additionnelles pour le financement de son programme.

S’agissant des ressources extérieures, le Gouvernement a conclu un contrat de performance avec les bailleurs de fonds qui engage chaque partie à respecter ses engagements en termes de décaissement, d’exécution et d’évaluation des projets.

Honorables Président de l’Assemblée Nationale,
Honorables Membres du Bureau,
Honorables Députés.

Je viens de vous présenter la synthèse du programme de mon Gouvernement qui se présente devant Votre Auguste Assemblée dans un contexte de crise à l’Est de notre pays.
C’est ainsi que répondant à la recommandation de Votre Auguste assemblée, le Gouvernement vient de vous présenter un plan de sortie de crise au Nord – Kivu qui comporte :
- Un front militaire ;
- Un front politique, diplomatique et médiatique ;
- Un front humanitaire et ;
- Un front économique.

J’ai indiqué que ce plan est en cours d’exécution pour certains de ses aspects au regard de l’urgence de la situation et de l’ampleur de la tragédie humanitaire. Le Gouvernement vient de vous présenter aussi son programme dont les axes prioritaires tirés du DSCRP sont des trois ordres :
- La refondation de l’Etat, la restauration de la paix et de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire ;
- La reconstruction du pays à travers le programme de stabilisation macro-économique et la mise en œuvre des cinq chantiers ;
- L’amélioration des conditions sociales des populations congolaises en termes de pouvoir d’achat et d’accès aux services sociaux de base de qualité.

Ce programme se veut à la fois ambitieux et réaliste et nous allons le mettre en œuvre en nous appuyant sur la bonne Gouvernance comme stratégie globale. Mon Gouvernement s’appropriera le contrat de gouvernance que vous avez eu à adopter avec le programme du Gouvernement sortant. Au nom du Gouvernement, je vous invite à adopter ce programme pour qu’il devienne notre programme à tous pour le reste de la législature. Vous donnerez ainsi à Votre Gouvernement l’investiture et les moyens de s’attaquer aux crises qui menacent notre pays dans son intégrité physique, dans sa stabilité économique et dans sa cohésion sociale.

Vive la Démocratie.
Vive la République Démocratique du Congo.
Je vous remercie.

Adolphe Muzito

MMC