La séance plénière de mercredi à l’Assemblée nationale a été dominée par un chaud débat sur la guerre à l’Est avec aggravation de tension puisqu’au moment même où se déroulaient les travaux les rebelles du CNDP arrivaient près de Goma d’où la population était déjà en débandade

C’est une plénière sous haute tension qu’a pilotée hier V. Kamerhe sur la situation sécuritaire qui prévaut à l’Est du pays, notamment dans la province du Nord-Kivu. L’agitation dans cette salle des congrès du Palais du peuple était montée d’un cran à la suite des informations en provenance de Goma faisant état de la chute de cette ville entre les mains de Laurent Nkunda.
Il a fallu être Kamerhe pour conduire la dynamique de la plénière avec autant de maîtrise et arbitrer ce débat jusqu’à l’atterrissage en douceur de la séance plénière. Il faut dire que lors de ce débat, beaucoup a été dit et chaque intervenant a pris la mesure du danger qui guette la Rdc à partir de sa partie Est où le général déchu des Fardc, Nkunda batware sème la mort et la désolation.
Pour mettre fin à cette situation catastrophique, l’argumentaire des élus du peuple s’est articulé autour d’un certain nombre de pistes de solution. Mais auparavant, V.Kamerhe avait rafraîchi la mémoire de plus d’un député sur les accords signés avec le Rwanda pour mettre fin à cette crise de l’Est par les voies pacifiques. V.Kamerhe a poursuivi son introduction en expliquant les circonstances dans lesquelles l’Acte d’engagement de Goma a été signé le 23 janvier dernier dans la ville du même nom par les belligérants. Mais, seulement voilà, s’est-il exclamé, après plus de 8 mois d’accalmie, ce que l’on croyait être de simples poches de résistance se sont transformées en une véritable guerre.
Allusion faite ici à la reprise des hostilités le 28 août dernier autour de Rutshuru et de Masisi. Et de souligner que le plan de désengagement a été rejeté par le Cndp qui exige des négociations directes avec le gouvernement central ».
V.Kamerhe s’est appesanti sur le dernier malentendu entre la Monuc et la population de Goma, lequel trouve sa justification dans la désolation et la déception de ladite population face à l’immobilisme de la Monuc. Dans l’entre temps, a-t-il laissé entendre, le drame humanitaire se porte bien sûr le terrain avec comme corollaire la mort de 50 enfants par jour. Idem pour les femmes enceintes et les vieillards qui croupissent dans la misère la plus noire par manque des soins médicaux. Dans le même temps, le tableau se fait encore sombre avec l’errance 2.000.000 de déplacés de guerre.
Combien faut-il de déplacés et de morts pour attirer l’attention de la Monuc sur ce drame ? Pourquoi le Cndp a-t-il résolu de recourir aux armes ? Le mandat de la Monuc lui permet-il d’intervenir ? A-t-elle (Monuc) des moyens qu’il faut pour cette intervention ? Pourquoi les résolutions prises à Goma ne sont-elles appliquées ? Est-ce que le Rwanda et la RDC qui sont des voisins ont des solutions pour mettre fin à la crise ?
Autant de questions proposées à la plénière par le président de l’Assemblée nationale comme orientations du débat du jour. Question d’explorer les pistes de solution pour mettre fin à cette crise. Mais Vital Kamerhe, en bon arbitre, a invité les députés à doser leurs propos pour ne pas frustrer la population de l’Est en général et du Nord-Kivu en particulier, mais également les troupes congolaises aux fronts. D’où la proposition de huis clos, mais non retenue par la plénière.

Pour Maître Tshibangu Kalala, Nkundabatware n’est qu’un serpent dont la queue est à l’Est de la Rdc (Rutshuru, Masisi) et la tête à Kigali. Pour ce député, quand la queue bouge (troubles, guerre), c’est la tête qui commande. D’où, il ne faut pas passer son temps à la recherche des stratégies pour neutraliser la queue. Pour lui, la conférence de Goma à privilégié la queue, en oubliant la tête.
Le rôle satanique du Rwanda mis a nu...
Avec son courage légendaire, V. Kamerhe a éventré le boa, en mettant à nu le rôle satanique que joue le Rwanda dans la tragédie de l’Est de notre pays.
D’une voix môle, a tenu le crachoir en ces termes: « Nous voulons dire au secrétaire général des Nations Unies que quand nous l’avions reçu, nous lui avons dit notre préoccupation par rapport à la situation à l’Est de notre pays. Nous lui avons dit que nous saluons l’action, la mission de la Monuc, mais nous lui avions dit que son mandat n’était pas suffisant. Et nous avions dit que le Congo dans sa partie Est, a encore besoin d’une force du genre Artemis parce qu’on ne peut pas comprendre que la communauté internationale dont nous sommes membre par ailleurs, ait dépensé autant de moyens, que l’Union européenne ait dépensé autant d’argent. pour soutenir des élections dans notre pays, que les institutions démocratiquement élu soient effectivement installées ici comme à Goma. Et que par la volonté d’un voisin, d’un groupe armé, que tout ceci puisse être effacé du revers de la main. Nous disons que ça ne sert à rien de tourner autour du pot. Le conseil de sécurité doit condamner clairement en le nommant le Rwanda. Il doit exiger un cessez-le-feu immédiat
Pistes de sortie !
Diplomatie : les députés dans l’ensemble ont privilégié la voie de la diplomatie et de dialogue. Pour les tenants de cette piste, il faut surseoir solution militaire tant que nous n’avons pas encore une armée forte et à même de faire face à la situation.
La diplomatie parlementaire doit être activée auprès de la Communauté internationale, du Conseil de sécurité sans oublier le Rwanda. Les intervenants ont proposé la restauration pure et simple des relations diplomatiques avec le Rwanda. Car, qu’on le veuille ou non, ce pays restera à jamais notre voisin.

Dans le même ordre d’idées, profiter de l’ouverture laissée par Nkunda dans sa lettre adressée aux présidents des deux chambres du Parlement, dans laquelle il sollicite le dialogue avec la partie congolaise n’importe où. Et le président V. Kamerhe d’indiquer que Nkunda a d’autres revendications en dehors du plan Amani.
Toujours dans le volet diplomatique, l’exemple de la France et de l’Allemagne peut inspirer. A l’instar de ces deux pays d’Europe, la Rdc et son voisin le Rwanda sont appelés à promouvoir leurs relations diplomatiques. De ce fait, activer également la CEPGL conformément à la Résolution de Goma selon laquelle les représentants de la Rdc doivent être désignés.
Economie: ce volet concerne l’exploitation frauduleuse de nos matières premières. Que les mesures de traçabilité soient prises pour qu’on sache qui fait quoi avec le coltan, la cassitérite, l’or dont on sait qu’ils sont utilisés dans la fabrication des téléphones portables.
Politique : ainsi que l’a dit V. Kamerhe, le volet politique des pistes de solutions permet de voir et d’examiner le cahier de charges afin de savoir ce que veut réellement Nkunda. A ces pistes de solution, s’ajoute la réforme de l’armée. La plénière a proposé la réhabilitation des anciens officiers (ex-FAZ) qui, bien que formés dans de meilleures académies militaires, aux frais de l’Etat congolais, sont jetés dans les oubliettes. Ces derniers viendront ainsi pour encadrer les jeunes FARDC.
Des recommandations
Dans un élan de sursaut patriotique, V. Kamerhe a formulé des recommandations tant au Chef de l’Etat qu’à la Communauté internationale en passant par le gouvernement.
Le Chef de l’Etat: la mobilisation
Le Président Joseph Kabila devra aller jusqu’au bout avec la mobilisation prônée par lui-même. De ce fait, il doit recevoir la Majorité, mais aussi l’Opposition, les Eglises, sous forme d’une union sacrée des forces vives de la nation. La demande formulée par quelques députés en rapport avec l’état d’urgence dans le Nord Kivu, n’a pas été retenue.
La Communauté internationale
V.Kamerhe a eu les mots qu’il faut pour interpeller la Communauté internationale sur les dépenses financières et les efforts consentis pour organiser les élections.
Et de poursuivre que ce n’est pas la volonté d’un voisin qui pourrait effacer d’un revers de la main, tous ces acquis. Cette Communauté internationale doit officiellement condamner le Rwanda, en le désignant comme agresseur de la Rdc. Bien plus, elle doit décréter le cessez-le-feu. Idem pour l’Union européenne qui ne doit pas rester indifférente après avoir casqué 450.000 d’euros pour les élections. Elle doit faire des pressions sur Kigali, en lui disant que la Rdc est pour la voie diplomatique.
S’agissant de la SADC, les alliés doivent se mettre du côté du Congo. Tandis qu’en ce qui concerne l’Union africaine, elle doit privilégier la solution africaine, en prenant l’affaire à bras-le-corps. D’une manière générale, la population congolaise doit exprimer sa compassion à l’égard des compatriotes du Nord-Kivu. Aux députés, V.Kamerhe a conseillé la modération dans leur prise de parole. Il importe de signaler que le gouvernement n’est pas en reste.
Le député Aimé Boji de Walungu invite la population à ne pas céder à la panique mais à persévérer dans la résistance face à la rébellion !
Abordé à chaud à l’issue de la plénière à laquelle étaient apparus visiblement crispés tous les députés nationaux, l’élu du territoire de Walungu dans le Sud-Kivu a confié de significatives premières impressions autour de la situation débattue. Sans céder à la panique, attitude qu’il recommande à la population victime des affres de la guerre injuste lui imposée, le député Aimé Boji a réaffirmé la détermination de l’institution parlementaire à prendre à bras le corps le problème crucial qui se pose. Ci-après la brève interview à laquelle il a accepté de se prêter.
Honorable député Aimé Boji élu de Walungu, vous venez de participer à une plénière particulièrement cruciale qui a eu à se pencher sur la crise de la guerre à l’Est au moment même où les rebelles du CNDP de Nkunda veulent donner l’assaut sur Goma. Comment voyez-vous cette situation en tant qu’élu de la région sinistrée de l’Est du pays ?
Ce qui se passe actuellement à l’Est du pays est une situation très préoccupante. Nous avons suivi dans les semaines qui viennent de s’écouler les différents mouvements militaires, nous avons suivi les péripéties des opérations militaires qui se déroulent à l’Est de notre pays où nos troupes sont confrontées aux troupes du CNDP clairement renforcées par les troupes rwandaises. On a signalé plusieurs incursions des troupes rwandaises, des bataillons et des brigades de l’armée rwandaise sur le territoire congolais à plusieurs endroits. Ce mercredi, pendant que nous étions en plénière, nous avons reçu plusieurs coups de fil faisant état de la situation à Goma.
La ville est en totale débandade. Il semblerait que les FARDC ont décroché de leurs positions et qu’au moment où nous sommes en train de parler la ville est presque en train de tomber aux mains du CNDP. La ville serait désertée pour le moment. Tous nous avons nos familles là-bas et il n’y a pas de présence militaire et donc la ville est dégarnie et à la merci de tout celui qui peut se pointer en ce moment et l’occuper. Il s’agit là de la version purement informelle que nous obtenons des voix informelles de nos familles sur place à Goma.
Donc la situation est catastrophique ; vous venez de suivre le président de l’Assemblée nationale qui a dit que cette situation menace aussi la ville de Bukavu au Sud-Kivu, puisque les deux villes sont liées par une route à côté d’une accessibilité par les voies du Lac. Donc cette menace pèse à vrai dire également sur la ville de Bukavu. C’est ainsi qu’en vue de résoudre cette situation, la plénière d’aujourd’hui a fait des recommandations au gouvernement, à la Sadc, à l’Union Africaine, à l’Union Européenne, aux Nations Unies et à tous les autres partenaires qui sont concernés.
L’Assemblée nationale a formulé des recommandations qui vont permettre un arrêt des hostilités et ainsi donc pourraient peut-être dans les heures qui suivent empêcher l’occupation de la ville de Goma par les rebelles, mais aussi ouvrir de nouvelles pistes de solution par rapport à cette crise qui sévit depuis plusieurs années. Je crois que la préoccupation de l’Assemblée nationale ici, c’est de trouver des solutions définitives à la question de l’Est. Ainsi donc cette série de recommandations que nous venons d’adresser à ces acteurs nationaux et internationaux pourront dénouer certaines situations.
En attendant ces solutions et en ce moment où la panique entraîne la débandade dans la population qui compte vos électeurs, qu’avez-vous à dire à l’intention de ces populations en détresse ?
Je crois que je vais répéter ce que le président de l’Assemblée nationale vient de dire. Nous sommes solidaires avec nos populations du Nord et du Sud-Kivu. Nous sommes ensemble, on ne les a pas abandonnées, nous allons continuer à nous battre comme nous l’avons toujours fait pour mettre fin à cette guerre. Nous n’allons pas céder à la panique et nous poursuivons ensemble la résistance farouche contre l’ennemi rebelle. Je dois rappeler ici une sagesse qui dit que la guerre éclate en un jour mais elle prend plusieurs jours et même des années pour se terminer.
Cette guerre a éclaté il y a plusieurs années ; nous pensons qu’avec la participation, la sincérité, la bonne volonté et la détermination aussi bien du côté congolais que du côté de nos voisins du Rwanda et des autres pays de la région des Grands Lacs, nous allons arriver à résoudre l’épineux problème qui se pose et nous tourner vers les questions beaucoup plus intéressantes de développement de notre région.
(DN/Ern/GW/Yes)Le Palmarès/MMC
Last edited: 31/10/2008 08:20:13