Le groupe français Lafarge veut apporter 60 millions Usd en prêt, pour la relance de la Cimenterie nationale. Mais, il exige, en contrepartie, 31% des actions dans l’entreprise. La polémique est lancée.

Le cimentier français, Lafarge, l’un des plus grands au monde dans ce secteur est prêt à injecter près de 60 millions de dollars américains pour la relance des activités de la Cimenterie nationale (Cinat). En contrepartie de cet apport qui, contrairement à certaines sources, est un prêt et non un apport en capital – le groupe Lafarge réclame 31% des actions dans le capital de la Cinat, pourcentage à prélever sur les 92% d’actions que détient l’Etat congolais dans cette entreprise d’économie mixte.
La proposition du groupe français Lafarge est une réponse à l’avis de cession d’une partie des actions de l’Etat dans la Cinat, suivant l’appel d’offres lancé dernièrement par le Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques (Copirep). Ses révélations sont contenues dans la dernière correspondance, datant du 18 septembre 2008, adressée au secrétaire exécutif du Copirep par le directeur de Lafarge pour la région Afrique.
Prêt ou apport en capital
Si ces informations se vérifient – ce qui est évident compte tenu des points relevés par Lafarge dans sa correspondance au Copirep – il y a donc lieu de se poser quelques sur la stratégie choisie par le gouvernement pour relancer cette importante entreprise, en ce temps de la reconstruction suivant les « cinq chantiers » de la République. Tout compte fait, les 60 millions de dollars américains que promet d’injecter le groupe Lafarge dans le capital de la Cinat sont entachés d’un nombre de conditionnalités qui, si l’on n’y prend garde, risque comme dans d’autres secteurs de la vie nationale aliéner davantage le patrimoine de l’Etat dans les entreprises du portefeuille.
En premier lieu, la note du directeur de Lafarge pour la région Afrique indique, en termes non obscurs, que les 60 millions Usd apportés pour la mise en œuvre du plan de relance de la Cinat est un prêt dont la cadence de remboursement est libellée en deux tranches. La première tranche correspondant à la construction pour fiabilisation de l’usine de Kimpese – la proposition est de Lafarge - le remboursement de ce prêt est calculé suivant un taux d’intérêt compris entre 3,5% et 7% l’an. Par contre, au moment de la mise en service de l’usine, le taux d’intérêt est calculé sur la tranche de 7 à 10% l’an. Mais, en contrepartie de ce qui désormais n’est nullement un apport en capital plutôt un prêt assorti d’un échéancier, le Lafarge exige la contrepartie sur les actions de l’Etat congolais 31% des actions dans la Cinat. A quoi équivaut donc ce pourcentage si, entre-temps, Lafarge n’apporte pas de capitaux frais à la Cinat, mais en lieu et place un prêt dont l’entreprise restera soumise au remboursement ? C’est la question que se posent nombre d’observateurs.
Voilà dans quelles conditions – encore révélées- que se passe le processus de recapitalisation de la Cinat par la cession d’une partie d’actions de l’Etat congolais dans cette entreprise publique. Le moins à dire est que, une fois encore, par souci de transparence, tout doit être tiré au clair dans cette transaction pour que l’Etat congolais ne soit pas entraîné dans un scénario où finalement il se retrouvera comme le plus grand perdant. Il s’agit, de dire clairement à l’opinion à quoi équivaudrait, en termes des apport réel en actifs, les 31% d’actions dans le capital social de la Cinat que réclamerait le groupe français Lafarge. Si cela équivaut juste à un prêt que soit Lafarge aurait négocié pour l’Etat congolais ou qu’il est prêt à accorder pour l’aider à relancer la Cinat, il faut dire qu’il y a une arnaque en l’air. D’où, prudence ! UN REMAKE.
La proposition faite par Lafarge au gouvernement, par l’entremise du Copirep, rappelle une autre – de même nature – avancée il y a quelque temps par le groupe Blattner alors présent dans le capital de la Cinat. A cette époque, le groupe Blattner était sur le point de négocier, toujours dans le cadre de la relance de la Cinat, une ligne de crédit auprès de la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (Biac) au nom et pour le compte de la Cinat. Devant être souscrit aux conditions, jugées prohibitives par nombre d’observateurs, ce groupe réclamait, en contrepartie, des actions dans le capital social de la Cinat alors qu’en amont il n’avait apporté aucun rond à l’entreprise si ce n’est négocier un prêt auprès d’une banque commerciale.
Des mois après, c’est – toutes choses restant égales par ailleurs – la même proposition qu’amène le groupe Lafarge pour sauver la Cinat, c’est-à-dire un prêt contre actions, au nom d’une logique inexpliquée dans le monde des finances. Mais, beaucoup pensent que si cette stratégie était mise en œuvre, elle ne fera qu’envenimer la trésorerie déjà chaotique de cette entreprise publique.
D’ores et déjà, il faut souligner que c’est après maintes hésitations que l’Etat congolais, au travers du ministère du Portefeuille, avait finalement décidé de se pencher sur le la mise en œuvre d’un plan sauvetage de la Cinat, en confiant notamment la tâche au Copirep, son organe technique en la matière, gestionnaire par ailleurs du Projet compétitivité et développement du secteur privé, financé par la Banque mondiale.
La recomposition du Conseil d’administration de la Cinat, première étape choisie par le ministère du Portefeuille, devait ouvrir la voie à la mise en œuvre d’une véritable stratégie de recapitalisation de cette entreprise publique. Car, à l’heure actuelle, l’Etat congolais qui possède 92% des actions au sein de la Cinat ne dispose pas des capitaux nécessaires pour aider l’entreprise à se relancer. L’ouverture du capital social contre cession d’une partie d’actions de l’Etat sur apport des capitaux frais était donc retenue comme la seule voie de sortie. D‘où, l’avis d’appel international lancé par le Copirep il y a quelques mois, appel auquel a répondu le français Lafarge. A souligner que la stratégie de sauvetage de la Cinat a été prise en décembre 2004 et février 2005 lors des Assemblées générales extraordinaires de principaux actionnaires de cette entreprise d’économie mixte. Pour rappel, la Cinat est en activité depuis le début des années 70.
Actuellement, la Cinat a un grand atout sur le marché congolais du ciment. C’est la paralysie de la Cimenterie de Lukala, après l’éboulement d’une section de son usine. Des experts estiment que la Cilu a encore près de six mois pour reprendre son rythme normal de production. Avec une capacité nominale de 450.000 tonnes par an, l’usine de Lukala tournait déjà à plein régime. Elle a produit 412.000 tonnes en 2006 avec une augmentation prévisionnelle de 6 % par rapport à l’année suivante.
Cet accident donne un grand avantage comparatif à la Cinat pour récupérer ses parts de marché perdues. Mais, comment y arriver si la Cinat doit encore, au nom de certains intérêts, s’embourber dans un processus de recapitalisation dont le dénouement n’est pas pour demain ? C’est vers le gouvernement que viendra la réponse. Pourvu, cependant, que le Premier ministre Adolphe Muzito, qui a promis d’innover dans la manière de gouverner, apporte un vrai coup de pouce à ce projet tout en faisant prévaloir les intérêts de l’Etat au profit d’autres, exprimés ou pas.
(C.L/PKF)
Le Potentiel
Last edited: 25/10/2008 14:03:57