Les Fardc ont un vrai problème à l’Est de la Rdc. Elles sont obligées de se battre sur plusieurs fronts. D’un côté il y a les Rwandais et Nkundabatware, de l’autre, les milices locales sans oublier les Mbororo, les Lra et les Fdlr. C’est trop lorsqu’on sait qu’aucune de ces forces ne compte parmi les invités de la Rdc. Les pays voisins se saisissent de la situation pour justifier leur agression contre la Rdc. Kampala met sur le compte de la Rdc le trop plein de ses contradictions internes qui débordent sur la Rdc. Il en est de même avec Kigali. Et pourtant la Rdc a aussi des mouvements rebelles. Aucun de ces mouvements n’est allé élire domicile sur le territoire des pays voisins.

La raison simpliste avancée à ce sujet, c’est que les autres pays ont su instaurer l’autorité de l’Etat à leurs frontières. C’est peut-être vrai, mais la vérité c’est que la Rdc est le seul pays de la région qui n’entretient pas des rébellions contre les Etats voisins. Et pourtant, ce pays est plus d’une fois et toujours accusé d’insécuriser ses voisins. Passé maître dans ces accusations, le régime de Kigali. La communauté internationale à travers la Monuc est au Congo depuis des années. Certains Etats dont les Usa ont ouvert des consulats à l’Est de la Rdc. Aucun témoignage n’a été fait sur le moindre soutien de la Rdc sur ces groupes armés qui se sont invités dans ce pays. Pour justifier la présence de l’Apr aux côtés du Cndp, Kiglai crie à la présence de dangereux génocidaires sur le sol congolais.

Les efforts de Kinshasa ignorés

Les efforts de Kinshasa de voir ces forces rentrer au Rwanda ne sont pas pris en compte parce qu’on veut protéger Kigali qui ne veut pas de ce retour des ex-Far et autres Interahamwe. La raison officielle c’est sans doute parce qu’il s’agit des gens qui ont provoqué une forte émotion dans le monde avec le nombre de personnes tuées pendant le génocide. Kigali en rajoute au quotidien en faisant de ce génocide un vrai fonds de commerce. Kinshasa subit. La communauté internationale à travers le protocole de Nairobi, mais apparemment la coopération de Kigali n’est toujours pas garantie. C’est pourquoi, pense-t-on, il est temps que la Rdc se prenne en charge. On se souvient qu’il était déjà arrivé que les Fardc et la Monuc s’engagent au rapatriement forcé des Fdlr.

Malheureusement,  l’opinion était ahurie de constater qu’au lieu de pousser les Fdlr vers le Rwanda, on les aidait à s’enfoncer davantage dans les profondeurs de la Rdc. Cette opinion a crié au scandale et aussitôt s’imposait la thèse du rapatriement volontaire. Une chose est vraie, c’est que cette opération de rapatriement volontaire ne peut avoir lieu sans la coopération du pays qui doit les accueillir. Les officiels congolais ont fait des missions de sensibilisation des Fdlr afin qu’elles regagnent le Rwanda. C’est à compte-gouttes que les bonnes volontés se manifestent. A ce rythme on n’en finira jamais. On a même parlé de la délocalisation. En chat échaudé qui craint l’eau froide, la population congolaise refuse d’accueillir ces rebelles rwandais. On ne peut plus compter sur une province congolaise qui accepterait d’accueillir les Fdlr.

La Force

Etant donné que les Fdlr elles-mêmes refusent de se montrer reconnaissantes de l’hospitalité congolaise, elles ne sont plus les bienvenues dans ce pays. Car, elles se permettent des exactions sur les populations locales au point de devenir une force d’occupation. Il ne reste que le recours à la force. Pourquoi faire ? Si c’est pour les exterminer, la communauté internationale doit donner son aval. C’est ce qui rend l’option militaire difficile, sinon impossible. L’Etat- major général des FARDC, apprend-on de bonne source, demande aux Fdlr de rejoindre sans délai le processus de Nairobi. Peut-on comprendre que l’armée prend le relais des politiques ? Peut-on y voir un ras-le-bol ?

Il serait non seulement compréhensible,  mais aussi légitime. On ne peut pas comprendre que cette armée se trouve sur plusieurs fronts avec des guerres de différents types. La demande de l’Etat-major des Frdc est ouverte.  Ou les Fdlr se font rapatrier ou elles vont en exil. Exil dans quel pays ?  Le protocole de Nairobi ne dit pas dans quel pays seront exilées les Fdlr qui refuseraient de rentrer au Rwanda. La connaissance de ces pays receveurs, peut constituer un stimulus au regroupement. Sur ce point encore une fois, la communauté internationale a pris des demi-mesures.

Le risque de la répétition

Dans le cas où les Fardc seraient obligées de durcir le ton, elles se retrouveront devant le même problème. La force pourquoi faire si Kigali ne veut pas coopérer ? Les Fardc comptent sur la Monuc. Car, l’action contre les Fdlr en cas de réticence au rapatriement volontaire, sera menée en synergie avec les forces de la Monuc. Comme nous l’avons souligné plus haut, ce recours à la force par la Monuc et les Fardc ne sera pas une première. C’est du déjà vu. A moins qu’on nous rassure que des dispositions ont été prises pour que l’on ne retombe pas dans les mêmes erreurs d’autrefois.

Il nous revient qu’en attendant, les populations du Nord-Kivu assistent aux patrouilles mixtes Fardc-Monuc. Dommage que cette collaboration s’arrête là. Les deux forces, nous fait-on la leçon n’ont pas la même mission. Si les Fardc sont obligées de faire la guerre pour créer les conditions de retour de la paix, la Monuc elle, croit à la paix comme un don. Les patrouilles mixtes ne constitueraient qu’un trompe l’œil. Car, si pendant la patrouille, il y a attaque ou embuscade, la Monuc va se défendre (légitime défense) alors que les Fardc devront avoir comme mission d’anéantir l’ennemi.

Selon, le colonel Léon- Richard Kasonga : " S’agissant des groupes armés rwandais, Fdlr et autres, l’état-major général des FARDC de la République démocratique du Congo, avec le précieux appui logistique de la Monuc, a déjà déployé à ce jour dans les provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu, 11 bataillons de nos Forces armées, en vue de restaurer l’autorité de l’Etat et de mettre en œuvre le plan militaire contre ces groupes illégaux ". Le bilan est maigre. Depuis décembre 2007, seulement un millier de combattants Fdlr et leurs dépendants ont été rapatriés volontairement au Rwanda. A ce rythme, lorsqu’on parle de plus d’une dizaine de milliers de ces combattants sur le sol congolais, on risque de ne jamais atteindre les objectifs fixés dans le cadre du protocole de Nairobi.

(SL/Th/GW/Yes)

JDG/L’Avenir