Plusieurs défis attendent le nouveau Premier ministre Adolphe Muzito à qui n’est pas donné beaucoup de temps pour convaincre et subir une rapide et impitoyable censure publique au regard des vives attentes des populations congolaises anxieuses pour leur avenir

Exactement comme l’avaient prédit tous les analystes sérieux. Un : la sérénité dans laquelle la démission d’Antoine Gizenga Fundji est intervenue ne pouvait avoir d’autre signification. A savoir que le scénario était ficelé et que chacun des partenaires dans la majorité connaissait par cœur la partition qu’il devait jouer. Deux : en dépit des ruades de quelques têtes brûlées qui ont voulu jouer leur va tout,: personne n’a effectivement remis en cause l’accord signé entre le Palu et l’AMP. Trois : il était évident que l’intérêt du chef de l’Etat lui recommandait de respecter les engagements pris en septembre 2006, à la fois pour assurer la stabilité dans l’ouest du pays et surtout pour préparer les échéances de 2011, dont le succès n’est envisageable qu’à la condition de nouer des alliances solides, elles-mêmes tributaires du respect de celles d’aujourd’hui.
Le Président de la République a donc fait le choix de la continuité, de la loyauté et de la stabilité. Un succès incontestable pour le Parti Lumumbiste Unifié et son leader historique qui réussissent un véritable coup de maître en alignant deux Premiers ministres successifs, sans anticiper ce qui pourrait advenir d’ici la fin du mandat.
Il n’empêche que, pour les observateurs, la désignation du nouveau formateur ne pouvait tomber dans un pire contexte, avec le coup de tonnerre de la prise de Rumangabo, suivie de sa restitution par le CNDP du général dissident Laurent Nkunda Mihigo. Une manière quelque peu inédite de rappeler au Premier ministre l’un des principaux défis sur la base desquels son action sera jugée. Quant aux autres défis, ils ressortent des priorités définies à grands traits par le Chef de l’Etat tout au long des consultations qu’il a eues avec les principaux ténors de la majorité et qu’il a rappelées dans son message à la nation (Lire article Muzitu en mission) Outre l’insécurité persistante dans l’Est, il s’agit de la bataille pour la croissance, de la réhabilitation et de la construction des infrastructures, du démarrage des cinq chantiers, de la décentralisation, etc.
En attendant d’analyser le format et le profil de l’équipe gouvernementale à venir, ainsi que les grandes articulations du programme qu’elle aura à défendre devant le Parlement, on peut donc parier que le mandat d’Adolphe Muzitu s’inscrira dans la continuité. Un des principaux collaborateurs du Patriarche Antoine Gizenga depuis l’aube de l’opposition post-démocratisation, ce financier de formation et de profession a connu les vicissitudes du combat sous la dictature, durant laquelle il a appris le sens du sacrifice et du don de soi. Il a accompagné son leader sur tous les fronts où se négociait la paix en RDC : Gaborone et Addis-Abeba en 2001, Sun-City en 2002 puis Pretoria en 2003 pour ne citer que ces échéances, ce qui lui a permis de pénétrer et de partager les valeurs qui ont fait de Gizenga un véritable monument vivant.
Maniant la dialectique de la lutte des classes, Muzitu avoue volontiers à ses amis en avoir gardé cette sensibilité qui lui permet de rester constamment à l’écoute des préoccupations des masses laborieuses sans jamais perdre la mesure des réalités. Notamment les dures réalités économiques d’un pays post-conflit qu’il a appris à maîtriser tout au long de son mandat de 20 mois à la tête du ministère du Budget. Un exercice certes difficile, mais que le pays ait franchi pour la première fois le seuil de trois milliards de dollars pour son budget annuel ne pouvait pas manquer d’être salué.
Interlocuteur des institutions financières “ internationales ” dans le cadre du Programme Economique du Gouvernement, Muzitu a également été au front des négociations sur la plupart des avancées sociales de deux dernières années comme la bourse des étudiants, le premier palier de Mbudi, l’harmonisation des salaires dans la Fonction publique, l’accord avec les médecins. Et last but not least, Muzitu s’est retrouvé au centre de la délicate question de la décentralisation, avec ses arbitrages budgétaires non moins délicats sur la retenue à la source et ou la rétrocession, ainsi que sur l’urgence de la mise en place d’une caisse de péréquation.
Différence
Bref, si différence il devrait y avoir entre Adolphe Muzito et Antoine Gizenga, c’est donc moins dans les valeurs que dans l’approche, la jeunesse, la vigueur et l’audace. Mais sans doute et surtout dans l’aptitude à la mobilité et à la communication. Pourvu que le gouvernement dit parallèle lui en laisse l’occasion. Quant à l’opinion, il est incontestable que c’est aux actes qu’il jugera.
(DN/Th/GW/Yes)Kenge Mukengeshayi/Le Phare
Last edited: 14/10/2008 17:12:45