Le suspense autour de la désignation fiévreusement attendue du nouveau Premier ministre avait crispé les esprits aussi bien dans la sphère politique singulièrement mise en black-out que dans le reste du public, de sorte que l’annonce du candidat nommé a surpris bien d’observateurs

Mercredi dernier après-midi, alors que la rumeur enflait dans la capitale et que des SMS étaient échangés à titre confidentiel sur la désignation imminente d’un formateur, d’aucuns l’annonçaient pour les journaux télévisés de la soirée - la plupart des collaborateurs les plus proches du Premier ministre sortant et de ses principaux lieutenants affichaient leurs téléphones fermés depuis le matin. Le fait était si inhabituel et le black-out si surprenant que ce qui passait pour un embargo qui ne voulait pas dire son nom était rapidement interprété dans plusieurs rédactions comme une volonté de cacher un événement imminent. Ce n’est pourtant que samedi dans la soirée que le suspense a été levé.
Auparavant, jeudi toujours dans la soirée, le chef de l’Etat avait adressé un message à la nation pour appeler à une mobilisation générale face à la résurgence de la guerre dans l’Est et pour annoncer la nomination imminente d’un nouveau Premier ministre. Ainsi, aux termes d’une ordonnance signée samedi par le chef de l’Etat, c’est ce que la plupart des analystes sérieux avaient annoncé qui s’est produit : Adolphe Muzitu, ministre du Budget sortant, était désigné Premier ministre.
Une nomination verrouillée
Comme Le Phare n’avait cessé de le dire : le Président de la République n’a pas voulu se dédire. Bien au contraire, face aux soubresauts dans l’Est et à la nécessité de garder pied dans cet Ouest qui ne cesse de poser des questions et d’exprimer des demandes, Joseph Kabila ne devait que prendre l’option de la stabilité en respectant les engagements contenus dans l’accord AMP-Palu du 30 septembre 2006. Ce faisant, il gardait un regard sur l’horizon 2011 et se ménageait un réservoir important des voix, de même que la possibilité de conclure d’autres alliances tout aussi fructueuses. Il fallait donc, face à la loyauté du Palu, répondre par une autre loyauté et démonter dans la foulée, qu’un homme d’Etat est celui qui sait respecter sa parole.
Il est vrai que le chemin avait été déblayé et balisé depuis la démission d’Antoine Gizenga Funji le 25 septembre. Parmi toutes les voix qui comptent au sein de la Majorité présidentielle, aucune, en effet, ne s’était élevée pour remettre en cause l’accord AMP-Palu réservant la Présidence de la République à l’Amp et la Primature au Parti Lumumbiste Unifié.
A l’exemple, notamment, des députés AMP réunis les 30 septembre et 2 octobre au Palais du Peuple. Trois conclusions majeures s’étaient dégagées de leurs réflexions. Un : existence de l’accord AMP-Palu réservant la Présidence de la République à l’AMP et la Primature au Palu. Deux : appel au respect des engagements pris dans le cadre de cet accord. Trois: nécessité de faire la différence entre la classe politique de la IIIème République et celle de la IIème qui ne respectait jamais ses engagements.
Dans le sillage des députés de l’AMP, leurs collègues originaires du Kwilu consolidaient l’option dans une déclaration rendue publique le 3 octobre et exhortant le Président de la République ainsi que les composantes de la Majorité présidentielle à assurer la succession, du Patriarche. Antoine Gizenga dans le respect des prérogatives constitutionnelles de chaque Institution, par une consultation politique responsable devant tenir compte du Protocole du 30 septembre 2006, sans pour autant altérer une approche pragmatique dictée par des évidences politiques et de gestion efficace de l’Etat.
Les députés du Kwilu mettaient en même temps en garde “ tous ceux qui, pour des raisons inavouées ou à cause des ambitions démesurées, adopteraient toute attitude quelconque tendant à créer un nouveau foyer de tension politique inutile et inacceptable. Ils rappelaient, pour terminer, comme une sorte de cerise sur le gâteau, à la contribution exemplaire des fils et filles du Kwilu pour le devenu de la patrie, particulièrement depuis 1960. Dans des termes presque identiques, les députés du Palu et de l’Udemo appelaient eux aussi, à l’issue de leurs concertations, au respect des engagements souscrits en septembre 2006.
La nomination du successeur de Gizenga semblait donc, au minimum encadrée, au pire verrouillée. Il ne restait plus que le nom. Deux noms étaient les plus cités comme figurant sur les tablettes d’Antoine Gizenga Fundji, aux termes de ses rencontres, qualifiées alors de mystérieuses, entre le Président de la République et le leader du Palu. D’abord Godefroid Mayobo, l’âme même du cabinet du Premier ministre sortant. C’était la voix de son maître tout au long des années difficiles de la transition. Il avait dirigé la délégation du Palu à tous les rounds de négociation, au point même d’avoir été cité comme candidat Vice-président de la République après le dialogue intercongolais, au cas où ce poste réservé à l’opposition avait échu au Palu ministre près le Premier ministre, il a entretenu des rapports jugés francs avec le cabinet du chef de l’Etat, dont beaucoup de collaborateurs ont salué la chaleur et l’efficacité. Godefroid Mayobo aurait été désavantagé par ses rapports tumultueux avec certains cadres du Palu qui ont récemment cherché à lui faire la peau, au point d’exiger son limogeage auprès d’Antoine Gizenga. Sa nomination, estime-t-on, peut profondément diviser le Palu alors que le Président de la République compte énormément sur ce parti dans la perspective de 2011.
Très cité aussi, Adolphe Muzitu, dans le style technocrate et plutôt manager. Grand organisateur, homme de contact et communicateur, sa compétence a été remarquée par les experts des institutions financières internationales. Ses qualités humaines ont également été saluées par les organisations sociales tout au long de difficiles négociations impliquant les étudiants, les médecins, les enseignants, les fonctionnaires, etc. C’est en sa faveur que le chef de l’Etat a tranché, répondant ainsi au vœu d’Antoine Gizenga, dont la déclaration reconnaissant au Président de la République la prérogative constitutionnelle de désigner le Premier ministre -entre les candidats qui lui avait été proposés - avait parfois été interprétée comme une renonciation.
(DN/Th/GW/Yes)Kenge Mukengeshayi/Le Phare
Last edited: 14/10/2008 17:04:45