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Comme jadis, la reprise de Mushake avait servi de stimulus pour persuader le gouvernement congolais à négocier dans le cadre de la Conférence de Goma. Rumangabo a été voulu comme signal fort pour obliger Kinshasa aux négociations directes que réclame le Cndp. La situation à l’Est de la Rdc est claire. Mais, tout est fait pour que rien ne soit clair. Kigali joue justement pour que rien ne soit clair dans une certaine communauté internationale. Parmi les ingrédients que le Rwanda met dans son plat afin qu’il n’ait plus un goût précis, c’est la menace des Interahamwe. Quand le Rwanda est pris en flagrant délit en Rdc, il se trouve vite une explication à son attitude va-t-en guerre. Il enfourche son cheval de bataille sur la prétendue participation des Interahamwe aux combats dans les rangs des Fardc. Kinshasa se tait souvent, minimisant l’impact d’un tel mensonge dans l’opinion internationale. Et pourtant, il serait plus facile à la Monuc de vérifier et de dire la vérité sur la prétendue présence des Interahamwe dans les rangs des Fardc. Pourquoi la Monuc le ferait-elle si ce n’est pas à la demande expresse de la Rdc ?

Les enjeux de Rumangabo

Les derniers combats au centre de Rumangabo permettent de voir un peu plus clair dans les enjeux de cette reprise des combats et surtout sur l’occupation et le retrait de Rumangabo. Selon l’information en notre possession, les troupes du Cndp se seraient retirées volontairement. La question que l’on se poserait, c’est celle de savoir pourquoi le Cndp avait-il attaqué Rumangabo au moment où les Fardc avaient réaffirmé leur profession de foi sur le programme Amani. Et que à ce sujet, les gestes concrets ont suivi, dont le désengagement à la demande de la facilitation internationale. On se demande, s’il faut faire foi aux déclarations du porte-parole du Cndp.

Pourquoi ce mouvement s’est-il retiré quelques heures seulement après l’occupation de Rumangabo ? Il est vrai que ce retrait ne s’est pas fait de bon gré. Le Cndp avait sur lui des pressions réelles. Dans une guerre, lorsqu’on gagne des positions, on doit s’assurer que l’on saura les protéger. Ce qui n’était pas évident à Rumangabo pour le Cndp. Outre le fait que les Fardc tenaient toujours le bout de la localité, le Cndp était certain que l’armée nationale, après s’être réorganisée, ne tarderait pas à réagir. En outre, d’une source indépendante, il nous revient que l’armée rwandaise avait perdu beaucoup d’hommes à Rumangabo.

Des preuves palpables, armes, cartes militaires, documents d’identité, pris sur des cadavres sur le champ de bataille, témoignent de la participation du Rwanda dans les combats dans cette localité de Rumangabo. Ces preuves ont été présentées aux membres du programme Amani à Goma. Aujourd’hui, il n’y a plus de secret. Même la communauté internationale est édifiée sur la responsabilité de Kigali dans la guerre au Nord-Kivu. Une chose est de reconnaître la participation du Rwanda dans la déstabilisation de la Rdc, une autre est d’agir pour le mettre hors d’état de nuire. Il est temps que Kagame paie pour le drame humanitaire à l’Est de la Rdc.

Eviter l’enquête de la Monuc

L’autre pression est venue de la réaction du gouvernement congolais accusant le Rwanda d’apporter au Cndp un concours en armes, en hommes et en munitions. La Monuc a promis de procéder à une enquête dans la région. La base la plus avancée du Cndp était justement Rumangabo. Si la Monuc devrait faire une quelconque enquête, elle devrait commencer par ce front le plus chaud, à savoir Rumangabo. Car, la trace des Rwandais dans ce centre était encore fraîche. Il n’était pas question d’y rester quelques heures de plus au risque de mettre à nu ce que le Rwanda entend cacher, mais qui n’est qu’un secret de Polichinelle.

L’attaque, la prise et le retrait de Rumangabo, démontrent les limites de cette guerre qui n’a de motivation que les caprices prédatrices d’un régime bâti sur le pillage et le mensonge. On ne le dira jamais assez, la relative prospérité de Kigali que d’aucuns, de façon exagérée, mettent sur le compte de la prétendue bonne gouvernance, (bonne gouvernance qui ne reposerait que sur le musellement politique et social de la population), on la doit au pillage des ressources naturelles de la Rdc. Tout cela ne devrait pas durer. Et les signaux sont là. La manne des dons qui accompagnaient les larmes versées sur le génocide, ne tombe pas comme jadis. Kigali ne peut plus se permettre d’une part utiliser les ressources pillées en Rdc pour faire la guerre et d’autre part soutenir sa frêle économie. Kigali est certes dans une voie à cul-de-sac.

Mais, comme tout régime délinquant, il n’est pas évident que Kigali s’empêche de mettre fin à son aventure. C’est ce qui arrive souvent aux dictateurs. Ils endurcissent leur cœur jusqu’à se faire terrasser par la force. Comme le Rwanda n’est pas seul dans cette affaire, sachant jouer au maître chanteur, il peut embarquer tous ceux qui sont avec lui dans le jeu. Cela peut constituer une source de financement, même si elle ne peut être que limitée. Il n’est pas exclu que Kigali soit lui aussi à la recherche d’une issue honorable, maintenant qu’il ne sait plus mentir à la perfection.

Rumangabo pour des négociations directes

Comme jadis, la reprise de Mushake avait servi de stimulus pour persuader le gouvernement congolais à négocier dans le cadre de la Conférence de Goma, Rumangabo a été voulu comme signal fort pour obliger Kinshasa aux négociations directes que réclame le Cndp. Pour le Rwanda, ce serait du temps gagné. Si ces négociations pouvaient “ déclasser le Cndp ”, tant mieux. Kigali aurait le temps de prendre les autres et recommencerait. Cette logique de la permanence dans le changement a permis la succession d’événement sanglant au Kivu avec des acteurs différents. Pendant ce temps, ce serait le statu quo. Le drame humanitaire dans cette partie du Congo serait un verbe qui se conjuguerait désormais au quotidien.

Le porte-parole du Cndp n’a pas fait mystère des intentions de son mouvement. Pour le CNDP, le retrait du camp de Rumangabo est un geste de bonne volonté. Il ne s’arrête pas là. Il estime que par ce geste, le Cndp renvoie la balle dans le camp du gouvernement qui doit trouver un nouveau cadre pour poursuivre les discussions. En termes clairs, le Cndp demande au gouvernement de se soumettre à ses caprices. Quand il quitte le programme Amani, le gouvernement doit lui offrir un autre cadre.

Cette fois, il se veut interlocuteur direct du gouvernement. Il ne veut donc plus se mettre autour de la même table avec les autres groupes armés. Et pourtant, tout au long du processus Amani, le Cndp n’avait jamais dit ce qu’il reprocherait aux autres groupes armés. La preuve c’est que le représentant du Cndp avait apposé sa signature sur l’acte d’Engagement de Goma. Rappelons que le gouvernement et les facilitateurs internationaux, dont les Usa, l’Union européenne, l’Ua et autres, avaient également signé cet acte que le Cndp considère aujourd’hui comme un chiffon et veut d’autres négociations.

La légende des armes lourdes emportées

Rumangabo, c’est également un alibi pour le Cndp. C’est une façon de protéger le Rwanda. Au moment où on accuse le Rwanda de soutenir le Cndp en armes, ce mouvement veut démontrer qu’il combattrait avec les armes qu’il prend sur l’adversaire. Il s’était servi à Mushake, il se serait également servi à Rumangabo. C’est le sens de la déclaration du porte-parole du Cndp au sujet des armes qui auraient été emportées. Pour lui, une importante quantité d’armes lourdes auraient été emportées par le Cndp. Pour justifier cette déclaration, il dit à qui veut l’entendre que la base de Rumangabo disposerait d’un arsenal important. C’est vague. Ces déclarations sont démenties par les sources militaires congolaises qui ont repris position de la totalité de Rumangabo. Il nous revient que les éléments du Cndp ont emporté quelques armes individuelles, des munitions et des armes défectueuses. Il y avait dans ce lot des gros calibres en mauvais état et qui étaient entreposées en vue d’être réparés.

La même source indique que les troupes du Cndp s’étaient retirées de Rumangabo le jeudi vers 17h locales. Comme on devrait s’y attendre, les éléments du Cndp ont pris la direction de Bunagana à la frontière Rd-congolo-ougandaise. On note qu’une dizaine de véhicules personnels des officiers congolais ont été vandalisés. Criblés de balles, ces véhicules ont eu des pneus crevés. Si le Cndp a eu le temps et la liberté d’emporter des armes lourdes, on s’étonne qu’il ait laissé et vandalisé des véhicules qui pouvaient pourtant lui servir de moyen de transport des biens emportés, butin du pillage systématique des résidences des habitants de Rumangabo. Il nous revient également que le Cndp a emporté la ration destinée aux Fardc.

(SL/Th/GW/Yes)

JDG/L’Avenir

Last edited: 11/10/2008 14:19:02

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